Maroc 2011 - 1

Maroc 2011 - 1

Marrakech point d'atterrissage classique pour touriste mais oh ! combien agréable ...

J'étais venu là pour aller porter mes skis au Toubkal  il y a quelques années. Mes amis universitaires Brahim et Allal m'ont convaincu qu'un petit tour en vélo serait opportun en ces mois printaniers. J'atterrirai donc avec mon bon brave Mulet (le vélo pour ceux qui ont une courte mémoire) le 27 avril pour deux semaines de balades vers l'est.
Pas d'itinéraire précis mais un axe général Marrakech - Mhamid avec pas mal d'options possibles dont le grand et beau secteur des gorges du Dadès et de Thodra, au nord de Ouarzazate. La carte ci-dessous donne quelques indications.

Les liaisons informatiques rapides ne semblent pas possibles partout. Ce sera la surprise (peut-être bonne)... Donc, ne pas s'attendre à ce que j'envoie quotidiennement un petit billet. Mais j'aurai toujours plaisir et intérêt à lire les messages et le dialogue sur le tchat.

Mon vélo a pas mal souffert en Amérique du Sud l'an dernier, notamment avec le sel et la poussière qui se sont  insinués  dans les moindres recoins des roulements et des gaines de freins. Mais ... Il n'a pas dit son dernier mot.!

Avant le départ ...

Il y a toujours un Avant !

Stupeur ce dimanche de Pâques lorsque j'écoute les plaintes de mon Mulet : la roue avant grince un peu. J'écoute bien : le Vélo doit être ausculté. Je démonte, et me rends compte que les billes de roulement sont ... rouillées ! Sacré Salar d'Uyuni, tu m'as sacrément secoué le Mulet ! Je sors toutes les billes, en faisant bien attention à ne pas en perdre ... évidemment, deux billes disparaissent dans la belle herbe de Manteyer. Un quart d'heure de recherche à plat ventre ... en vain ! Heureusement, j'avais mon ancien vélo qui m'avait conduit dans les cols alpins et pyrénéens. Je démonte la roue avant de l'Ancien, extrais les billes qui brillent toutes avec un éclat éblouissant. Je démonte Pierre pour habiller Paul. Mais, là c'est l'urgence. Je mets une belle graisse à roulement toute blanche (?). J'enchasse les 10 billes d'un côté puis les 10 billes de l'autre côté. J'enfile l'axe permettant de coincer le tout. Reste à remettre la roue sur la fourche. Et là, la finesse du réglage se fait à l'oreille : un peu trop serrée et la roue renâcle voire se bloque, pas assez serrée et la roue flageole. Ecrou et contre-écrou doivent être parfaitement ajustés mais pour cela une clef plate spéciale (très étroite) est nécessaire : je ne l'ai pas. Je fais à la main et à l'oreille. Après quelques essais, je pense avoir trouvé une solution acceptable. La roue tourne sans jeu mais avec un tout petit peu de frottement. Ca ira : je règlerai définitivement mardi après-midi après avoir acheté la clef à cône de 15 mm. Puis, ... le compteur ne fonctionne plus ! Je le changerai encore mardi après-midi avant l'encartonnage du Mulet pour l'avion. 

Lundi de Pâques : test du vélo retapé et chargé "comme pour le Maroc" dans la montée de Ceüze à Manteyer. Ca me fait tout drôle de retrouver le balancement latéral à maîtriser sans trop bouger le guidon. Ca monte bien, ma réparation semble tenir. Pour la descente, je mets le casque au cas où ... Pas de surprise. Tout semble bon.

Mardi 26 avril : Voyage de retour de Manteyer dans les Hautes Alpes à Léguevin près de Toulouse, sans souci. Arrêt à Intersport de Labège pour trouver peut-être la clef à cône qui me manque. Elle y est ! Un embout de rayon pour le compteur : ça marche ! J'achète également au Vieux Campeur à côté, une lampe frontale très légère et très performante (jusqu'à 200 heures d'éclairage avec 3 piles AAA). A Léguevin, chez Laure, la clef à cône d'un côté, la clef à molette de l'autre et ... enfin, mon roulement à billes de la roue avant ne bronche plus !Ouf ! Tout semble être en ordre de marche.

Mais, il faut démonter un peu le Mulet pour le mettre dans l'emballage carton qui dépasse les dimensions prescrites pour le transport des vélos chez Royal Air Maroc, mais ... je ne peux pas faire autrement : le Mulet aura droit à une bonne place en soute ... j'espère ! Le guidon est baissé, retourné, tordu pour être aligné le long du cadre ; la selle est enlevée et mise entre les pattes du Mulet ; la roue avant est démontée pour être enfoncée entre selle et guidon ; la fourche avant est raidie par un tube PVC de 32 scié de deux encoches pour recevoir les deux bras de la fourche avant (sinon ... la fourche peut être tordue dans les manipulations de transbordement). Le scotch super costaud est fixé aux endroits stratégiques du portage. J'ai également protégé la béquille pour éviter qu'elle pointe trop le carton et le déchire. J'ai enfin mis une plaque offset d'imprimerie, un peu rigide, entre le dérailleur et le carton là encore pour faire en sorte que le carton ne se crève pas à cet endroit. Toutes ces précautions pour essayer de ne pas commettre l'erreur de mon trajet Paris - Tashkent où je n'avais pas renforcé les points susceptibles de crever le carton, et ... puis je voudrais récupérer le carton pour le retour de Marrakech.

Mercredi 27 avril 2011

Ultra lente la connexion. Je serai bref. Ce matin, Laure m'a porté à l'aéroport. Le mulet était bien emballé. A l'enregistrement, surprise (bonne !) pas de supplément pour le vélo ... Mais ... pas d'avion à une heure alors qu'on devait partir à 13h30. Motif : grève des pétroliers, puis on annonce l'avion qui vient de Marrakech et se pose à 14h. Les voyages forment la ... patience. Très beau survol des Pyrénées : on a pu voir une très belle vallée d'Ossau avec le Pic du Midi trônant comme il se doit. Puis les Mallos de Riglos ... Pour un peu il aurait pu faire escale à Eysus pour me prendre ! Gibraltar ... tout étroit, tout petit : photo de l'Espagne et du Maroc sur le même cliché. Atterrissage à Marrakech sans encombre : 25 °C. Le carton est un peu déchiré mais bon ... il est récupérable pour le retour avec force scotch. Une pancarte à mon nom. Le copain de Brahim a bien fait les choses. Il m'amène à l'hôtel Imilchil de très bonne tenue. Ils peuvent me garder le carton (et quelques vêtements inutiles en vélo). Je remonte le vélo sans encombre devant une pléiade de dames qui faisaient le linge ... Je suis allé m'approvisionner un peu pour tenir trois jours en survie. Et, ... je trouve un cybercafé mais lent !!!....

Demain matin à 6h30 petit-déjeuner puis direction le col de Tizi-N-Tichka que je ne devrai franchir qu'après-demain. Au fait, il y a deux heures de décalage avec la France : pour 19h au Maroc, il est 21h en France.

Jeudi 28 avril 2011

Départ matinal de l'hôtel Imilchil à Marrakech. La circulation est tranquille à cette heure. Je prends la route de Fès puis, au bout de 10 km, prends à droite la direction Ouarzazate. Avancée tranquille et calme dans le matin mais avec encore un cheminement un peu plus long que nécessaire. Les sorties de ville ne sont pas mon fort !Tiens, une cigogne pitée sur une cheminée dans un nid énorme ! Je suis frappé par le nombre de Dacia et de Logan, par les marques françaises qui sont très présentes au Maroc. Ait Ourir semble être un très important point de repère. La campagne est peuplée de ... riads à la périphérie de Marrakech. Peut-être y a-t-il celui de notre futur président de la République, de sa femme plutôt. Du blé, quelques cultures mais surtout de la petite agriculture. Puis une pancarte coopérative de femmes "culture bio d'huile d'Argan". Je m'arrête et discute avec cinq femmes qui font un travail pas possible en cassant une par une les noix d'argan, puis tourne à la main la presse qui fait l'huile. Photos très instructives. Des ramasseurs de champignons ont profité de la pluie et proposent des morilles. Taddert, un double village coupé en deux. Je prends une excellente grillade de côtes de mouton avec du ... thé à la menthe succulent. Je voudrai monter le plus haut possible vers le col de Tizi-N-Tichka ce soir mais le temps n'est pas beau. Je vois même des sommets magnifiques enneigés. A 10 km du col, je me décide à poser ma tente. Sans que je le demande, un marchand berbère de cristaux de roches en bord de route me propose de mettre ma tente entre deux maisons. Inespéré. Je monte ma maison d'un soir, puis le thé m'est proposé avec force discussion sur le foot, la France, l'argent, l'emploi et ... une remarque d'un sage qui préfère être là, pauvre mais au grand air, qu'à Marrakech mendiant. La journée fut bonne, agréable, surtout après avoir pu répondre à Thomas que j'étais toujours encore là puisque parti apparemment avant les explosions de Marrakech. Bonne nuit ! ...

7h - 17h30  +1805 m  - 415 m  103 km

28 avril 2011

André a quitté Marrakech aux environs de 7h du matin donc bien avant les attentats de ce matin. Il a parcouru 103 km et dort sous la tente à 1900 m.

Vendredi 29 avril 2011

Nuit sous tente un peu perturbée par les chiens qui aboyaient lors du passage de tous les véhicules. Il faut dire que j'étais tout contre la route. Un peu de pluie le matin. Désagréable lorsqu'on doit tout emballer mouillé. Mon hôte berbère est arrivé à 7h pour me dire au revoir. Je suis parti sous le crachin, dans le brouillard, pour grimper les dix km qui restent du col Tizi-N-Tichka. Là-haut, toujours le brouillard et le crachin, mais des berbères me disent qu'il y a le soleil plus bas ... J'amorce sans délai la descente. Un faucon me salue au passage. Mais, toujours ce satané crachin qui mouille ... Je décide de rejoindre Ouarzazate mais par une boucle recommandée qui fait passer par Telouet et par Ait Benhadou. Le chemin est plus long mais en vaut la peine sur des pistes et des morceaux de route très très cabossés, avec même pour aller à Telouet une sacrée rampe où l'on est obligé de grimper tout petit petit. Le problème est que c'est archi couru par les tours operators et les berbères sont un peu comme les commerçants de Lourdes et de Gavarnie ... Le circuit est très bosselé et assez joli mais un peu dur à vivre car on est sans cesse harponné par les commerçants et les gamins. Le tonnerre gronde une première fois. Ca ne me semble pas sérieux. Puis, le crachin revient à la charge, puis, le brouillard. Ca monte et ça descend puis, à nouveau, le tonnerre à ma droite, plusieurs fois. Le vent se met de la partie puis ... quelques grêlons. Il faut appuyer sur les pédales pour essayer de gagner l'avancée de l'orage. Je finis par rejoindre trempé la route nationale de Ouarzazate. Il me reste encore une vingtaine de km avec une circulation un peu dense et ... sans bas-côtés ! A moi le poncho, car maintenant c'est du sérieux. Je finis par arriver devant les premiers studios de cinéma de Ouarzazate. Puis, office du tourisme pour y voir un peu plus clair, et un hôtel moyen sur la place centrale d'où j'écris. Bref, la journée fut assez rude avec ce temps et ces coups de vent qui obligent à se concentrer sur le guidon. Je ne croyais jamais arriver et puis, malgré la pluie, le grésil, le brouillard, le tonnerre, les grêlons, le vent, on y est arrivé. Le détour tant vanté depuis le col de Tizi-N-Tichka est à faire mais n'est tout de même pas aussi exceptionnel que l'on peut le lire dans les brochures. Ouarzazate possède une très longue avenue encadrée de réverbères, aussi imposants qu'inutiles.

7h - 16h +1095 m -1805 m

Samedi 30 avril 2011

Ouarzazate n'est pas aussi désagréable qu'on le dit ! La place centrale ou j'ai trouvé un hôtel moyen mais correct est très animée (un peu trop lorsqu'on a la chambre qui donne sur ... la place et qu'on ne veut pas jouer les hiboux). Un souk permanent borde la place centrale. On se perd mais ce qui est sûr c'est que les commerçants restent des commerçants avec le prix de la banane en fonction du client. Diner hier soir avec un couscous aux légumes et au poulet, un peu sec mais avalé jusqu'à la dernière graine de semoule ! Ce matin, le réveil était un peu matinal pour l'hôtelier mais, bon, il a fait un effort pour se lever et me servir un jus d'orange et du café au lait à 7h. La sortie de Ouarzazate s'est déroulée sans trop d'ennuis mais aussi sans panneau de signalisation. L'Office du Tourisme hier m'avait donné un plan sommaire : parfait pour prendre la direction du Nord sur la N10 en direction de Skoura puis El Kelaa M'Gouna puis Boumalne du Dadès, au début des gorges du même nom.

Longue route droite longiligne pendant les trente premiers km, avec juste la place de deux véhicules donc ... problème pour le cycliste lorsque arrivent en même temps un véhicule devant et un derrière. Un oeil dans le rétroviseur, l'autre devant la roue pour éviter les trous et les bosses. Du sport vous dis-je ! je me retrouvais un peu au Chili avec les souvenirs un peu cuisants ! Mais ... mon Mulet a émis des bruits bizarres (depuis hier où j'ai un peu forcé la pédale lorsque je luttais de vitesse contre le tonnerre ...). J'ausculte la bête et, oh! problème, je m'aperçois que ce n'est pas la chaine qui craque (je l'ai brossée et huilée ce matin en partant) mais mon pédalier et ... il a un jeu dans l'axe du pédalier ! En gros, lorsque je pédale, je pédale comme si j'avais un hoquet à chaque tour de roue. Je n'ai pas trente six solutions. Il faut que je l'économise si je veux arriver au bout à ... Marrakech ! Donc, ne pas trop pousser sur la pédale droite (c'est elle qui baille !) et enrouler au maximum en douceur. C'est un peu dur comme exercice dans les montées mais ... c'est la seule solution puisque je ne peux pas changer l'axe du pédalier. Le Mulet a donc gémi jusqu'à Boumalne. Je crains un peu pour les jours suivants où j'ai prévu pas mal de ... piste. On va réfléchir ...

La route jusqu'à Skoura n'est pas envoutante. En revanche, à partir de El Kelaa M'Gouna, la culture des roses a pas mal enrichi le pays si l'on en juge par l'importance des kasbahs anciennes et en construction. Très agréable la fin du parcours à partir du 70ème km. Les guêpiers sont présents (aussi beaux que ceux que l'on voit dans les Pyrénées). A partir des roses, on fait beaucoup de produits comme du savon parfumé, des parfums ...

Lorsqu'on change de province, on monumentalise la limite par d'assez belles architectures encadrant la route (sorte de portes d'entrée cossue). Photos. A l'arrivée à Boumalne, on sent l'attraction touristique par les hôtels, les commerces, les marchands du temple. La lecture du Guide du Routard m'a fait grimper après Boumalne pour trouver un hôtel sur le plateau qui domine la vallée du Dadès. Et ... je suis tombé sur un hôtel magnifique, avec un nom évocateur "Hôtel du Soleil Bleu" - qui m'a fait penser à "La terre est bleue comme une orange". Accueil avec du thé, demi-pension pour 17 euros, chambre très propre, grande, douche chaude avec pommeau massant ! Le pied après une journée de pédalage. Et ... internet rapide !

7h30 - 16h  +955 m - -475 m  117 km

Dimanche 1er Mai 2011

Mal donne à l'hôtel Soleil Bleu. La chambre si belle était en réalité à 500 dirhams. alors que le tenancier m'avait dit 170 ... Du coup, j'ai transigé à 300. Ce matin, petit déjeuner tardif. il a fallu réveiller le cuisinier qui avait oublié l'heure pourtant promise trois fois la veille... Départ sous la grisaille. puis, la pluie d'abord, le crachin puis la vraie pluie. Remonter les gorges du Dadès sous la pluie a l'avantage de n'avoir absolument aucune circulation. il faut dire que par endroits il vaut mieux passer un peu vite compte tenu des risques de chutes de pierres ! Le fond des gorges est très vert, très cultivé avec du blé, beaucoup d'arbres fruitiers dont des amandiers reconnaissables avec les feuilles plus longues que celles de l'olivier, des figuiers, des noyers ... et aussi des roses cueillies une par une avec un sécateur par les berbères pour fabriquer les beaux produits de la rose. Le vélo tient assez bien le coup. Je le ménage avec beaucoup de douceur dans l'appui sur les pédales. Mais la pluie devient drue. Le poncho est sorti dès le dixième km et ne me quittera plus jusqu'au bout de la route goudronnée soit jusqu'à M'Semrir. Par endroits, c'est presque un coupe-gorge. Puis, un superbe bâtiment tout là-haut se détache dans le ciel en appui sur la falaise. La route a, là, une inclinaison très forte, beaucoup de lacets (photos). Curieusement une musique se fait entendre : ce sont des jeunes musiciens qui sont dans une grotte de l'autre côté de la gorge et qui prennent plaisir à saluer la pluie et les nuages très bas. Insolite ! Puis on est au-dessus de 2000 m et là, comme souvent en montagne, une espèce de calme pluvieux confère au magnifique paysage rocheux une ambiance surprenante presque irréelle. La route serpente en bordure de falaise qui jouxte de très beaux canyons au fond desquels encore et toujours des cultures, des potagers au bord du torrent. On redescend fort pour arriver à M'Semrir, terminus du goudron. Mais on est encore à 2000 m. Pluie encore et toujours, froid. Aucun camion ne peut utiliser les pistes que j'envisageais de prendre en raison de l'impossibilité de passer à cause des intempéries, me disent les policiers présents puis le tenancier de la seule auberge. Je réussis à trouver une chambre. Je me change et engouffre une omelette berbère, sorte d'oeufs brouillés avec des oignons et de la tomate. Je pense que demain, je serai obligé de rentrer par le même chemin que ce matin pour revenir à Boumalne compte tenu de ce temps pourri qui m'empêche de faire la boucle par les gorges de Todra.

8h - 14h  +970 m  -635 m  65 km

Lundi 2 mai 2011

Journée rare ! Après un début incertain (de gros nuages encore au petit matin), la journée a été finalement splendide. Le vélo semble tenir le coup (le pédalier couine bien sûr avec un rythme un peu chaotique à chaque coup de pédale mais ... on s'y fait). J'étais hésitant ce matin devant les inquiétudes de mes hôtes en raison du gros nuage qui semblait très vilain. Au bout d'un moment, je me suis décidé à partir. Mais dans quel sens ? Les deux pistes que je voulais prendre au nord et à l'est pour rejoindre les gorges de Todra étaient, aux dires de mes hôtes et des policiers, totalement impraticables en raison des fortes pluies tombées hier, et ... la neige est descendue à 2200 m. Comme les deux pistes avaient un col à plus de 2700 m, l'affaire était entendue. Je n'avais plus que la solution de revenir par où je suis venu hier c'est-à-dire parcours à l'envers des gorges du Dadès. Ce fut assez magique. Le Dadès sous la pluie et le Dadès avec le soleil et les sommets enneigés : méconnaissable ! Heureusement qu'il a fait mauvais au fond car j'ai pu profiter des gorges presque ... seul sur tout le parcours avec des lumières époustouflantes, une musique de la Nature qui n'appartient qu'aux suites des journées de très mauvais temps comme si la Nature avait alors besoin de souffler, de respirer d'une autre façon avec la senteur très caractéristique de la terre après le gros mauvais temps ! La partie supérieure des gorges du Dadès était digne de grands moments de contemplation. La neige m'a laissé passer, elle était juste 150 m au-dessus. Au fur et à mesure du retour (ça dure quand même 60 km), les véhicules de tourisme ont commencé à apparaître. Les enfants allaient à l'école à pied mais aussi en vélo. Les berbères disaient tous bonjour et levaient le pouce pour certains. Arrivé à Boumalne vers 12h, j'ai eu l'impression que le temps allait se mettre au beau. Sans trop hésiter, je me suis mis en route pour aller tenter de voir les gorges de Todra demain. Donc, en route pour le nord à nouveau, en route pour Tineghir. Après la rude traversée montante de Boumalne, la route s'est enfoncée toute droite à perte de vue dans un désert de pierre. Il ne faut pas trop réfléchir et ... pédaler. La route est excellente et un tout petit peu descendante, ce qui m'a permis de rallier Tineghir à une moyenne impressionnante pour mon Mulet. J'étais toujours à fond sans trop forcer sur les pédales - principe que j'ai maintenant adopté compte tenu du handicap de mon pédalier.

A Tineghir, grosse agitation : c'est jour de marché ! Donc, on doit pouvoir trouver des brochettes ! J'enfile les allées remplies de monde avec mon vélo, et tombe sur un truc qui fume, donc ... peut-être des brochettes possibles ? avec frites (un peu froides mais bon ...) et deux verres de thé. Que c'est fortifiant ! Un jeune berbère fait la traduction français - berbère. Il habite dans les gorges de Todra et vient chaque semaine au marché (15 km à pied, en stop ...). Finalement il me trouve un hôtel (d'où j'écris).

Total, une journée qui requinque un peu : le soleil c'est quand même pas mal quand on prétend voyager ! Elie, à qui j'avais demandé par messagerie électronique de voir Pierre pour savoir comment je pourrai survivre avec mon pédalier un peu boiteux, m'a suggéré une recette avec une ... boite de sardines dont je pourrai utiliser le couvercle pour faire tampon entre mon cadre en acier et mon pédalier en alu. On verra ... mais j'aime bien les sardines ! Le tout sera de trouver la façon dont cette rustine métallique pourrait être insérée ...

Demain, je vais aller voir "les plus belles gorges du Maroc" où l'on a tourné des séquences de films prestigieux comme Lawrence d'Arabie. Puis je reviendrai vers le sud par la route que j'ai prise ce matin mais là, ça montera un peu tout le long ...

8h30 - 16h  +605 m  - 1255 m  121 km

Mardi 3 mai 2011

Todra ...bôf ! Les louanges des guides sont-elles excessives ? Réponse claire : oui. Revenons au réveil ce matin. Petit-déjeuner tardif (la machine à café mettait du temps à se mettre en pression, le boulanger n'était pas encore ouvert ...) mais copieux et excellent : toujours le verre plein de jus d'orange pressée, quatre magnifiques crêpes, des gâteaux semoule qui tiennent au corps avec de la confiture et du beurre, le traditionnel café au lait. L'occasion aussi, dans l'attente, de discuter avec des français qui parcourent le Maroc en quads et qui, aujourd'hui, allaient à Merzouga dans les dunes de sable pour faire des "sauts" ... Comme je vais dans les gorges de Todra pour revenir ensuite et rejoindre Boumalne, j'ai demandé à laisser tente, matelas, deux sacoches arrières. Plus léger, le Mulet doit apprécier, non ? Je file alors monter la route qui mène aux fameuses gorges mondialement réputées, les plus remarquables du Maroc. La route est bordée de kasbahs monumentales, un peu kitch tout de même. Plein d'attrape-touristes. Les gorges se font désirer. De rudes montées laissent entrevoir la magnifique palmeraie en contre-bas. La route devient extrêmement bosselée, chaotique ; les taxis foncent, les camions itou (il faut dire que cette "route" n'est pas un cul-de-sac et rejoint, après les gorges, Agoudal puis toutes les grandes nationales). On imagine de temps à autre un décor de cinéma à la Lawrence d'Arabie. C'est beau mais sans être exceptionnel. Puis, descente vers la droite sur une route cimentée. On y est, les gorges du Todra sont là ! On s'enfonce entre deux parois d'environ 200 à 300 mètres de haut (magnifique terrain d'escalade) et on pénètre dans un boyau minéral mais ... jonché de vendeurs qui mettent là des stands à touristes et ... un énorme hôtel sous la voute rocheuse surplombante qui apparaît dans la pénombre et qui est alimenté électriquement par ... un générateur diesel qui fait un bruit pas possible. On est dans les gorges du Todra, oui ! Ces gorges, en fait, sont longues d'environ 500 m. On sort à l'autre bout dans une vallée qui remonte avec la route qui continue. Todra serait l'exemple-type pour enseigner aux étudiants comment réhabiliter un Grand Site. Bref, c'est à voir bien sûr, mais ce serait à totalement repenser dans l'organisation de l'aménagement. Il faut détruire l'hôtel dans les gorges, supprimer le groupe électrogène, redonner une naturalité retrouvée au site. Qu'à l'entrée et à la sortie on ait des marchands de souvenirs, pourquoi pas pour les retombées locales. Dommage tout de même car malgré tout le Site est magnifique. Les marchands du temple ont eu gain de cause, semble-t-il ! Le retour en vélo fut agréablement éclairé par le soleil. La journée a été très ensoleillée (le Maroc, quoi ...). Une huppe faciée a traversé le ciel. On trouve à Todra de la vigne plus les autres cultures habituelles et, bien sûr, une immense palmeraie qui donnent des dattes. Je fus de retour vers 11h30 à l'hôtel de Tineghir où j'avais laissé mes sacoches:. Un solide remerciement et, direction Boumalne à nouveau par la même et seule route que j'ai prise hier. Toujours les mêmes longues lignes droites mais les sommets du Haut Atlas sont encore plus enneigés (a-t-il neigé la nuit ?). A ma droite, c'est une longue ligne blanche qui borde cette immense vallée désertique. Dromadaires, ânes sont toujours là pour manger ... je ne sais quoi ! Arrivée à Boumalne sous le cagnard (mais j'ai mis pantalon long et chapeau) pour trouver un hôtel différent du Soleil Bleu qui m'avait fait voir rouge. Un hôtel très correct avec un tarif que j'ai fait baisser un peu. Douche délassante, recharge solaire de la batterie de l'appareil photo sur la terrasse au panorama magnifique, thé avec le patron, internet dans ... son bureau d'où j'écris. Demain je voudrais rejoindre Ouarzazate pour rester là-bas deux nuits et voir si je peux trouver un réparateur de vélo pour me dire que mon vélo va ... tenir la route jusqu'à Marrakech sans ... problème !

8h30  +730 m  -465 m  86 km

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