Amérique du Sud

2018 - Retour en Patagonie

Mardi 6 novembre 2018 - Stress pour l'avion ...

Demain, embarquement à Toulouse pour un premier avion jusqu'à Madrid. Puis deuxième avion jusqu'à Santiago du Chili. Puis troisième avion jusqu'à Puerto Montt. C'est du déjà vécu, donc cool ! ... Sauf que les conditions des compagnies ont changé. Si les deux derniers avions c'est avec LATAM, la compagnie chilienne, le premier avion est avec Air Nostrum filiale d'Iberia. Par habitude, je précise toujours que j'ai un vélo à transporter, avant l'enregistrement. Par habitude aussi lorsqu'il y a plusieurs compagnies, j'avertis toujours la première compagnie car c'est au premier avion qu'on fait l'enregistrement pour les trois vols. Donc, coup de fil à Iberia (Air Nostrum) qui me dit que l'avion de Toulouse est petit ... J'ai beau dire que je connais cet avion que j'ai déjà pris et que le carton-vélo entre dans la soute sans difficulté, l'opérateur refuse d'inscrire que j'ai un vélo, et que, de plus, comme c'est LATAM qui fait le plus long trajet entre Toulouse et Puerto Montt, je dois m'adresser à LATAM avec ... récupération du vélo à Madrid - s'il entre dans la soute - et ré-enregistrement du vélo chez LATAM. Patience ! Je réussis à joindre LATAM par téléphone qui me dit de suite que je dois voir avec Iberia au premier enregistrement de Toulouse, et que, de toutes façons, je devrai récupérer le vélo à Santiago du Chili pour le ré-enregistrer pour le vol de Puerto Montt. ... Tempête sous un crââne ! 

A l'aéroport de Toulouse-Blagnac, un seul guichet pour tous les opérateurs mais la réponse est qu'ils ne peuvent pas mettre sur mon billet électronique le carton-vélo. "A voir le jour du départ" me dit-on.

Donc, ce soir j'en suis là (las !). Je me dis que l'important est que, quelles que soient les modalités d'enregistrement des compagnies, le vélo arrive à Puerto Montt en même temps que moi. Normalement, c'est faisable car j'ai pris cinq heures de battement entre les changements d'avion. Mais c'est tout de même anormal que les employés des compagnies soient si peu informés des conditions de transport des vélos, d'autant que les modalités changent souvent avec un prix de transport des vélos qui augmente fort tous les ans ! 

Il est 17h. Le Mulet est démonté bien calé dans son emballage cartonné d'Air France (dernière fois certainement que j'utilise un tel carton car Air France a décidé de fermer son comptoir à Pau). Les sacoches sont bouclées. Le tout est dans la voiture, entré avec l'aide amicale d'Elie. Demain, je file donc chez mon fils Thomas à Aigrefeuille où Gérard Cabessut me rejoindra pour me conduire à l'aéroport de Blagnac. La solidarité entre cyclistes est totale. Gérard et son épouse Gisèle ont remonté en vélo la Carretera Austral. Le cheval mécanique restera bien sage chez mon fils Thomas jusqu'au retour.

Mercredi 7 novembre 2018 - on pense à tout ...

sauf au téléphone portable qu'on oublie dans la ... voiture ! La guigne ... Gérard Cabessut était pile à l'heure du rendez-vous chez le Fiston à Aigrefeuille. Il me conduit avec le 3008 à l'aéroport, sans embouteillage. C'est alors que le portable est resté au pied du passager. L'enregistrement du vélo se passe plutôt bien avec un long calcul des hôtesses pour faire payer le moins cher possible. Je m'en tire, à titre exceptionnel, avec 45 euros pour le carton-vélo (dans le sens du retour avec les mêmes compagnies ce fut ... 200 euros en 2007 !). Sympas ! Mais elles ne savent pas si je dois récupérer les bagages à Santiago du Chili : "faudra voir avec l'hôtesse de l'avion". Curieux de voir que le personnel ad'hoc n'est pas en mesure de préciser les choses ... Je suis en attente de l'avion pour Madrid.
Le vélo est entré en soute à Toulouse, avec pas mal de précautions de la part des manutentionnaires.


Peut-être ont-ils vu que je les prenais en photos ... Madrid a un aéroport nouveau sans fin. Des centaines d'hectares cimentés pour joindre au bout d'un bon quart d'heure d'avion roulant, le terminal 4 puis le terminal 4S. Là encore tout est faux pour la réservation de billets que j'avais faite : au lieu du T4 prévu je dois aller au T4S. Heureusement que je n'ai pas à me trimbaler le carton-vélo ! Une bonne "salade de montagne" (salade oui beaucoup, fromage de chèvre pas mal, pelures de jambon ... à chercher) avec un joli verre de vin rouge, ça rassure ! et puis ... si je n'ai pas de téléphone, j'ai du réseau ici ...


Mon prochain avion pour Santiago du Chili est à 23h55. Enormément de monde dans cet aéroport. A peine croyable de voir ainsi comment les espagnols ont tordu le cou à la crise de ces vingt dernières années !

Jeudi 8 novembre 2018 - L'avion c'est toujours un peu long surtout quand il y en a plusieurs ...

Finalement j'ai dû tout récupérer de mes bagages en soute à Santiago du Chili. Mais avant ... il a fallu passer la police : une queue de plus de 300 personnes pour se faire tamponner sur le passeport l'entrée au Chili. Après, je récupère carton-vélo et sacoches. C'est la première fois que le carton-vélo est encore à peu près en bon état mis à part deux déchirures d'une trentaine de centimètres. Mais j'avais prévu en emportant en cabine un gros rouleau de collant. Je rencontre Fabien et sa compagne qui recousent tant bien que mal les déchirures faites à l'emballage de leur vélo. Ils fileront de Puerto Montt vers la Terre de Feu.
Ascenseur pour monter au troisième étage et là ... encore une kyrielle de personnes qui doivent embarquer sur LATAM. Quelles que soient les destinations de LATAM, il y a guichet unique. Quel est l'intérét pour moi d'un nouvel enregistrement pour Puerto Montt alors que que les étiquettes sont collées depuis Toulouse pour que tous les bagages arrivent à Puerto Montt ? Aucun, car le passage en douane s'est fait sans aucun contrôle ni aucune nouvelle formalité, et l'enregistrement LATAM s'est fait en regardant simplement ce qui m'a été donné à Toulouse. Bravo Blagnac ! Du bon boulot avec "juste" 45 euros de paiement pour le vélo. Le vélo est parti avec un employé qui m'a dit qu'il savait que c'était fragile ...
Commence alors la course à la carte SIM pour le téléphone nouveau que j'ai dû acheter à Madrid sous la forte insistance de mes enfants. Achat de carte Sim possible mais fonctionnelle juste au Chili et non en Argentine où il faudra une carte SIM spécifique. Je cours d'un opérateur à l'autre et finis par aboutir à un marchand qui vend un peu de tout et qui veut me vendre un forfait en promotion bien sûr pour 7 jours. Ils ne vendent pas de cartes SIM opérationnelle en Argentine. Elles sont à acheter en Argentine. C'est là que ça se complique. Car je passerai la frontière Chili-Argentine le deuxième jour de vélo mais avec une traversée dans la pampa sans aucun magasin quelconque, et ce durant au moins trois jours. C'est seulement arrivé à El Calafate que je vais pouvoir espérer trouver la carte idoine pour que je puisse pour les jours suivants envoyer des sms à la famille.
L'attente de l'avion pour Puerto Montt est longue mais finalement les cinq heures d'intervalle entre les avions m'ont été nécessaires. J'ai pu changer euros pour pesos chiliens avec apparemment un bon taux : 732 pesos pour 1 euro alors qu'à Toulouse on proposait 632 pesos pour 1 euro.


Envol de Santiago du Chili

 

Volcan Villarica au premier plan et volcan Osorno en arrière-plan

Arrivée à Puerto Montt dans la crasse et la pluie alors qu'il faisait un temps magnifique depuis Santiago. J'ai pu admirer la chaine andine et même reconnaitre le volcan Villarica dont quelques fumerolles s'échappaient du cône enneigé. Le vélo est remonté, le carton laissé chez Maria Zulema qui m'accueille avec son mari et son fils venu me chercher à l'aéroport avec un gros Dodge. Pas fâché quand même d'être arrivé !
Croisons les doigts pour que demain le bateau parte puis je rejoins Puerto Natales au Sud après 4 jours de bateau pour ensuite tout remonter en vélo (je l'espère ! ...) jusqu'à Puerto Chacabuco d'où je reprendrai un autre bateau pour Puerto Montt. Mais ça c'est le film que je me suis fait avant de toucher du doigt la réalité du terrain. Donc pas de wifi donc de possibilités de liaisons sur le site avant Puerto Natales dans 4 jours.

Vendredi 9 novembre 2018 - Le grand bazar de l'embarquement Navimag

Lever de bonne heure ce vendredi matin pour bien ranger les affaires dans les sacoches prévues. C'est toujours la même disposition (arrière gauche vêtements, arrière droit couchage, pharmacie, devant gauche nourriture boissons gamelle, devant droit protection froid et pluie, sous selle outillage, sacoche-guidon argent papier photo, sous guidon réchaud essence).
Maria a préparé un petit déjeuner. Photo du départ par Alfredo le mari de Maria. Rendez-vous pour le 12 décembre au soir. Ciao !
La pluie s'est un peu calmée. Je file vers l'Hôtel Holiday In pour l'enregistrement Navimag la compagnie qui fait le trajet ferry jusqu'à Puerto Natales. Hôtel de luxe avec pas mal de personnel à l'entrée, pour vous renseigner (c'est au 2ème étage donc au 1er chez nous), et vous dire avec un beau sourire que ce n'est pas ouvert ! mais ... que le personnel vient dans une heure. Ouf ! L'enregistrement est juste une formalité pour probablement faire au passager les recommandations d'usage (heure d'embarquement, lieu, rendez-vous aux bureaux de l'embarcadère, sacoches enlevées ...). On me donne un papier attestant que je suis bien passé et que je suis bien sur la liste. Dans le hall d'entrée de l'hôtel, mon vélo a été précieusement gardé par le réceptionnaire de l'hôtel. Des japonais partent avec de grosses valises. Le récepitonniste leur ouvre grands les portes avec un magnifique sourire. Lle chauffeur du minicar s'affaire pour caser tout le bardas nippon.
Je quitte les lieux vers 10h30. Petit tour à la casa de cambio pour changer euros contre pesos argentins. La curiosité est qu'on change d'abord euros en pesos chiliens puis pesos chiliens en pesos argentins. On doit y perdre pas mal mais c'est ainsi. Puis je pars à la recherche de mes quelques vivres de survie. Un jeune fait la quête pour la Croix-Rouge devant un supermercado. J'en profite pour lui confier mon vélo le temps de faire quelques provisions. Il est tellement content qu'il me donne plein de bonbons en remerciement. De mon côté, je lui ai un peu alourdi sa boite métallique ronde qu'il agite d'une poignée saccadée pour bien attirer l'oreille des passants. Classique mais efficace.
Je file sous un petit crachin intermittent sur la route qui conduit à l'embarcadère Navimag (14,5 km selon l'employé Navimag de ce matin). Une cote très sévère m'a surpris à Angelmo avec obligation de démultipler au maximum. Des camions et des voitures sont derrière. Je dois zigzaguer pour faire passer le tout petit plateau, je glisse de la roue avant mais finis par me rattraper d'un sérieux coup de rein. La route devient un peu plus large et le camion finit par passer sa deuxième vitesse. Le haut de la cote est là mais quelle suée subite ! Le Mulet s'est régalé.
A l'embarcadère, l'Evangelistas n'est pas amarré. Les bureaux Navimag sont 500 mètres plus loin. J'apprends que le ferry a eu du retard, qu'il appareillera non pas à 16h mais à 21h, et qu'il arrivera à Puerto Natales lundi non pas à midi mais vers 17h. Donc, plus d'hésitation pour moi. Lundi soir je dors à Puerto Natalès.
L'aire de chargement Navimag est un immense parking où les camions et les voitures se font peser et mesurer. Devant, d'énormes bigbags de plus de 2,5 tonnes attendent alignés. Un employé me dit que c'est de l'alimentation pour les ... saumons, non pas chiliens mais chinois ! Le commerce mondial n'est pas très compatible avec le produire et consommer local !

De l'alimentation pour les saumons ... de Chine !

L'Evangelistas, le ferry Navimag de Puerto Montt à Puerto Natales

Le chargement des deux niveaux du ferry est très long : beaucoup de grandes semi-remorques sont poussées à reculons avec une dextérité de conduite qui force l'admiration. Et ... le Mulet a été conduit à l'arrière quillé tout seul la roue avant plantée dans d'énormes arceaux métalliques. Pas bon ça Mulet ! J'alerte vite le régulateur en chef de l'embarquement qui compatit et fait rentrer le vélo bien à l'abri. Le départ de l'Evangelistas finit par se faire un peu après 21h.

 

Samedi 10 novembre 2018 - Magnifique canal Messier
Nuit somme toute tranquille sur le ferry. Je suis allongé dans un lit au creux d'une banquette confortable. Ces banquettes sont alignées de part et d'autre d'un long dédale de couloirs à angle droit. Le matelas assez large, très long, avec un lit de draps et de couverture qui ne sentent pas le refuge de montagne, d'un oreiller tout doux, l'ensemble fermé par un rideau qui isole bien du couloir. Le tout est agrémenté d'une lampe de chevet suffisante. Tout pour bien dormir.

Le jour se lève sur le golfe de Corcovado. Les montagnes volcaniques défilent à l'Est. Le soleil est présent, mangeant peu à peu les nuages blancs accrochés aux flancs des sommets.

La causette finit par se faire avec quelques français et espagnols intrigués par ce bipède déguisé en cycliste. Le Mulet est le seul vélo emporté sur le bateau. Le paysage défile, magnifique et varié : des flancs de montagne tapissés de forêts probablement impénétrables, de la neige sur les hauteurs. Attention cette nuit où le ferry est obligé de joindre l'océan Pacifique. Ca risque secouer un peu.

Dimanche 11 novembre 2018 - Canal Messier -1000 m

Excellente nuit ! L'océan Pacifique a été de bonne humeur. Quasiment pas de roulis ni de tangage. "Exceptionnel" nous a dit le commandant. Ce matin, on se réveille dans le golfe de Penas, énorme bassin qui sert de transition entre le Pacifique et les fjords. On est entré dans le canal Messier (un français) qui est une fosse pouvant atteindre plus de mille mètres de profondeur bordée par deux chaînons montagneux parsemés d'îles toutes inhabitées.

On louvoie à l'intérieur d'un chevelu de fjords. L'éclairage matinal accentue le relief sous le ciel bleu naissant. Beau temps ! Inespéré ! Le cargo Léonidas enfourché dans une épine rocheuse se présente comme une sculpture mécanique rouillée qui résiste à l'usure du temps. Sa cargaison de sucre aurait constitué une enveloppe d'eau douce qui aurait permis la croissance de quelques arbres dans sa coque. Les feuilles vertes apparaissent tout à côté des déjections de guano maculant les cheminées du bateau rouillé.

Le Captain Leonidas

Une visite de la cabine de pilotage nous informe des instruments principaux qui aident aux manoeuvres : suivi cartographique avec positionnement GPS en continu du ferry, contrôle directionnel par un volant d'une précision à la minute, profondeur en continu avec limite de navigabilité à -10 mètres, vitesse en noeuds (on navigue à 15 noeuds soit environ 25 km/h). Et une surprise : deux téléphones jumelés. L'un avec indication "baleine", l'autre avec indication "dauphin". Est-ce un procédé de communication de l'Office du tourisme ? Aucun cétacé vu pour le moment.

Puerto Eden, un village (le seul du canal Messier) de 250 patagoniens accessible seulement par voie maritime. On largue l'ancre à 800 mètres du bord. Deux petites barques à moteur prennent le ravitaillement pour le village. Une passagère descend ici. Ce serait la dernière implantation indigène. Les habitants vivent de la pêche artisanale. Aucun tourisme.

Puerto Eden

Le ferry est relativement petit (120 m de long pour 25 mètres de large, 5 mètres de tirant d'eau, trois niveaux pour passagers). Il est quasiment plein avec 125 personnes. On fait rapidement connaissance. Pas mal de francophones (français, suisses, belges). Mais, unique, aucun chinois, aucun japonais. La traversée ne doit pas être assez rapide ... Comme souvent, le monde étant très petit, je fais la connaissance de collègues universitaires, de pyrénéens ... et même d'un anglais qui a habité Montory (tout près d'Oloron-Sainte-Marie).

Lundi 12 novembre 2018 - Puerto Natales, fidèle à la tradition ...
Horizon bouché ce matin, nuages très bas, vaguelettes blanchies par l'écume. Le ferry avance, sûr de lui dans la suite en zigzag du cheminement vers Puerto Natales. Le jour se lève à peine. Dans la cuisine, le personnel du navire s'active pour nous préparer un petit-déjeuner fumant. On supporte la polaire et le reste. La vision semble s'élargir sur les flancs des montagnes. La grosse boule du soleil n'arrive pas encore à percer. De la pluie intermittente, et ... du vent ! On semble payer le très beau temps de navigation d'hier. L'anémomètre m'indique des rafales fréquentes de coups de vent qui empêchent d'avancer. Je mesure 85,7 km/h.

Un petit bateau de pêche nous croise à vive allure comme un hors bord, dans l'autre sens du vent, celui qui pousse dans le dos. Le ciel semble pourtant augmenter de volume.

Les hauts des montagnes bordant le fjord apparaissent, mais se recouvrent tout aussi vite. La neige est fixée sur les fausses tours du Paine dont le tiers inférieur est visible du ferry.
La navigation se fait dans le brouillard, la pluie, les rafales de vent entre de multiples îles. Le bateau se faufile bien. Dans une étroiture, des parois jaunâtres un peu surplombantes. Trois condors s'envolent !

Ce sont les seuls rapaces que nous aurons vus. L'arrivée à Puerto Natales se fait à 14h30 dans un embouteillage de vents contraires et tourbillonnants. Le ferry a attendu deux bonnes heures avant de pouvoir accoster. Il faisait des ronds dans l'eau.

Puerto Natales

Une fois amarré, le ferry a d'abord libéré tout le premier niveau de chargement de véhicules avant de faire basculer la rampe pivotante du deuxième niveau. Ns bagages sont descendus avec une nacelle. Une bonne heure d'attente. On est enfin libéré vers 17h30. Bilan : excellent voyage avec Navimag, une qualité de service digne des croisières les plus chères. Seul bémol : la rusticité des pratiques de chargement/déchargement des bagages des passagers.
Ostal Estrellita del Sur est l'auberge que j'avais repérée au cas où ... Car je pensais qu'on arriverait à midi et donc engager le Mulet sur la route de Cerro Castillo. Madame Véronique me propose un lit dans un dortoir partagé. Je fais encore quelques courses pour anticiper mes risques de famine pour les 3-4 jours qui vont suivre. Un bon restaurant et le bonhomme est rassuré. Le temps a l'air encore de tenir sans pluie et sans vent ce soir.
Pas de réseau wifi jusqu'à El Calafate soit d'ici 3 à 4 jours.

Mardi 13 novembre 2018 - un peu de vélo béquille ... Tapi Aike
Estrellito del Sur c'est pas mal pas cher mais beaucoup de monde avec 3 personnes par chambres. Dortoir partagé ! Réveil à 5h30 ce matin pour un petit déjeuner rapide. Puis une photo du cycliste en situation par la tenancière ravie de voir un français. Puerto Natales est encore endormie quand j'enfile le dédale des rues à angle droit. Pas de souci pour prendre les sens interdits. La route est pavée d'énorme carrés de béton. C'est assez roulant avec tout de même quelques bosses.

Massif du Paine

65 km après, Cerro Castillo est un hameau carrefour pour aller aux Torres del Paine et pour rallier l'Argentine à 7 km de là. J'ai eu un petit creux : je commande deux oeufs brouillés qui me requinquent. Sympa sauf le prix : l'équivalent de 5,50 euros. Je dis au patron que c'est trop cher. Il me fait 20% ...

Difficulté à la police. Je n'ai pas le papier attestant du passage à l'immigration. Il a dû rester à Puerto Montt. Il faut le refaire à ... Puerto Natalès ! Je fais le désespéré, m'excuse et ... le tampon de sortie est mis ! Ouf ... La route pavée s'arrête à la frontière. Après c'est le ripio. Le tampon argentin est rapidement apposé sur le passeport. Je file espérant gagner Tapi Aike. Je ferai ainsi deux étapes prévues en une. Le ripio est désormais le seul chemin possible. Le Mulet a l'air assez content. Je pique une bonne suée quand même avec petite vitesse tout à gauche pendant quelques kilomètres. C'est la ... pampa comme on peut se l'imaginer. Rien seulement quelques rares brebis dont le pelage se confond avec l'herbe, quelques taureaux bien montés, trois nandous qui s'échappent vite dès que je veux les prendre en photo, un lièvre énorme qui détalle comme s'il avait eu la peur de sa vie, quelques volatiles qui s'apparentent à des oies mais dont le pelage dénote une espèce très différente de nos oies. Et puis un animal curieux apparaît sur la route que je n'avais jamais vu et qui s'est avancé vers moi. Il avait la corpulence d'une marmotte, avec un pelage superbe noir et blanc.

Zorrito

C'est un "Zorrino" d'après Damien, l'ouvrier en poste à l'Equipement de Tapi Aike qui m'accueille et me propose gratis un matelas dans une caravane de chantier, et une douche chaude.
Deux cyclistes français en couple arrivent, deux jeunes partis pour 6 mois de Ushuaia et qui veulent atteindre Cuzco au Pérou.
Bonne étape aujourd'hui. Je suis arrivé à Tapi Aike sans trop de vent contraire. Mais j'ai quand même fait un peu de vélo béquille - un terme qui m'est venu dans la tête en pédalant appuyé sur le vent de côté et qui me tenait penché à gauche tout en allant à peu près droit.
Demain pas sûr que ce soit les mêmes conditions ... Donc normalement pas de wifi avant El Calafate.

Puerto Natales - Tapi Aike 112 km   +814 m  -913 m 6h30-16h30

Mercredi 14 novembre 2018 - Un ripio très en relief ... El Cerrito

(J'écris sous ma tente un peu préservé du vent violent)
Dormir dans un conteneur de chantier au milieu des poules, du chat, du coq qui pousse la chansonnette plus tôt que prévu, n'est pas si terrible que ça !

Damien m'ouvre la porte de sa maison. Il a déjà mis l'eau à chauffer. Le café est vite prêt. Riz au lait, banane, empanada, et je quitte les lieux de Tapi Aike. Le vent est presque inexistant. Profitons-en ! Le ripio est très bien compacté, un peu trop même.

Les cailloux qui pointent font très mal aux pneus. Il faut viser les plus ronds et louvoyer au plus facile. La vision sur le massif du Paine à ma gauche m'accompagnera durant trois bonnes heures, des heures de cahots, de sursauts, de dérapages plus ou moins voulus. La piste est roulante mais sans cesse piégeuse car ça ... secoue dur ! On a intérêt à avoir un vélo solide. Un vent latéral mais dominant du sud-ouest allège les poussées lors des cotes et fait oublier les plats. Ca souffle fort. L'anémomètre indique des rafales à plus de 50 km/h. Cela dure une bonne quarantaine de km. Pas mal de fois j'ai eu le zef de trois quarts dans le nez. Alors, on devient forçat de la route.

Une seule maison fermée sur 70 km, quelques brebis qui semblent égarées dans des prairies sans limites, une petite troupe de guanacos, ... pas un seul arbre, pas un seul abri, pas un point d'eau. La pampa est un désert vert.
Les 20 derniers kilomètres paraissent sans fin. C'est droit, tout droit, toujours tout droit. Un gentil guanaco m'a accompagné durant plus de trois kilomètres : il courait 200 mètres puis s'arrêtait, me regardait, attendait que je sois à sa hauteur, re-courait, s'arrêtait, me regardait ... Au bout d'une dizaine de fois, le guanaco a fini par traverser la piste.

Guanacos

Une vision à l'horizon : un camion traverse le paysage de droite à gauche. C'est le carrefour attendu avec la route pavée qui joint La Esperanza à El Calafate. C'est le lieu-dit El Cerrito où se trouve une autre bâtisse des services de l'Equipement. Mais c'est la seule. Je suis autorisé à mettre la tente un peu à l'abri du vent qui souffle ... de plus en plus fort.

J'arrive à midi pile. Je voulais continuer un peu vers El Calafate mais le vent souffle juste en plein dans l'axe de la route et ... dans le mauvais sens. Je vais donc attendre demain matin en espérant que ça se calmera un peu.
Tout l'après-midi, le vent a soufflé de l'ouest. L'anémomètre indique régulièrement une quarantaine de kilomètres par heure.
Tapi Aike - El Cerrito 71 km +497 m -306 m 7h15-12h

PS : Accueil déplorable de l'employé pensionnaire de la maison de l'Equipement où je suis. Alors que la maison fait plus de 300 m2 avec une énorme salle à manger et cuisine, il a jeté dehors le couple de jeunes cyclistes français qui sont ensuite partis faire du stop pour El Calafate. Alors qu'il fait un vent violent permanent, j'ai pu mettre ma tente à côté de la niche du chien. L'employé, chaque fois qu'il entre et sort de la maison ferme à clefs. Aucune proposition de sa part pour ne serait-ce que donner un peu d'eau chaude. Comme quoi, le même jour, je rencontre Damien généreux et accueillant, et je rencontre un bizarre bipède.

Jeudi 15 novembre 2018 - Fureur du vent ... EL Calafate
Nuit très tourmentée dans ma tente contre la niche du chien de l'employé de l'Equipement. Le vent est toujours en furie. Même protégée par les murs, la toile de tente claque dans tous les sens. Des chenilles viennent se réfugier. Attention où l'on marche ! Le repas du soir est écourté car le réchaud à essence est trop léger pour rester stable face aux rafales de vent qui emportent réchaud et gamelle ! La boite de thon fera l'affaire. 

5 heures du matin, les premières lueurs de l'aurore arrivent. Mais, surtout, le vent est inexistant. Vite, il faut ranger, rouler et compresser le duvet, s'habiller en cycliste pour le grand froid, remettre de l'ordre dans les sacoches qui ont servi d'arrimage à la tente posée sur le ciment. Adios, bonhomme mal élevé qui n'a pas compris que l'accueil était une vertu cardinale dans ces lieux où il n'y a rien mais rien de rien.
L'aurore est superbe mais qu'est ce qu'il fait froid ! Je mets sur moi tout ce que j'ai avec la cagoule, les gants, les moufles, la polaire, l'anorak. Et je commence à pédaler sans ... le vent ! Miracle ! ... Pas très longtemps ! Je n'ai pas fait cinq cents mètres que la soufflerie se met en branle. Je vais l'avoir en permanence de 5h30 du matin à 12h. Mais pas par derrière, non, d'abord de trois quart gauche puis plein pot de face. Ce sera la journée galère du forçat de la route ! Pas très agréable dans ces conditions de pédaler d'autant que le paysage est toujours la pampa argentine.

Le trafic sur la route asphaltée est quasi nul jusque vers 9h. Mais il y a beaucoup plus de véhicules venant de l'Ouest donc de direction opposée. Quelques pick up venant de l'Est me croisent sans même un regard vers le cycliste blafard qui pousse son engin avec beaucoup d'énergie pour non pas lutter contre le vent qui est en pleine forme, mais pour essayer de ne pas dépasser une dépense énergétique supérieure à 75% de ses possibilités.
37 km passent. Et là, une cuesta est signalée. Après, c'est la descente ! On va se régaler ! ... sauf qu'il faut toujours appuyer sur les pédales, mettre les petites vitesses pour avancer ! Et là, en descente, les conditions deviennent dantesques. Non seulement il faut pédaler pour avancer en descendant, mais le vent met un malin plaisir à vous regarder droit dans les yeux et à vous faire trembler de peur. Les manches de l'anorak claquent comme un drapeau dans le vent, le guidon va de droite à gauche comme une boussole qui a perdu le Nord, le cycliste commence à perdre l'équilibre. Rien ne va plus. Un coup de frein rapide stoppe le Mulet.

Pause lucidité : j'ai fait 55 km depuis 5h15 ce matin. Il est environ midi. Il reste encore 45 kilomètres pour atteindre El Calafate mais avec le vent qui forcit et les rafales en plein nez, la dépense énergétique du bipède qui appuie sur les pédales compte tenu que cela fait deux jours que ledit bipède mange en survie, ne saurait faire oublier au cerveau que la balade n'est pas finie, que le périple doit durer encore près d'un bon mois. Aussi, décision est prise de continuer à pédaler mais en levant le bras dès lors qu'un véhicule me double. Très vite, au premier signe, un camionneur s'arrête. Le vélo est chargé à l'arrière d'une énorme remorque. Le conducteur est ravie de rendre service. Le tracteur Renault est un excellent véhicule selon lui. Pour donner une idée de la puissance du vent alors que la route est presque plate, la consommation instantanée est de 52 litres pour 100 km alors que sans vent, me dit le conducteur, elle est de 32 litres.
Arrivée à El Calafate, direction l'hôtel "El Calafate" où j'ai décidé de passer deux nuits pour, demain, récupérer de cette journée terrible.
El Cerrito-El Calafate 55 km en vélo, 40 km en camion +729 m -1123 m 5h15 - 13h

Vendredi 16 novembre 2018 - El Calafate, regards croisés
Pour les touristes, la ville de El Calafate est quasiment idéale. Aéroport avec accès international via Buenos Aires, sites mondialement réputés moyennant quelques petites heures de bus tout confort : glacier Perito Moreno qui, chaque jour, relargue des bribes de son glacier qui, à la différence de la plupart, augmente de volume ; massif des Torres del Paine au Chili à trois quatre heures de bus, massif du Fitz Roy avec ses sommets uniques au monde et son climat très capricieux, les glaciers continentaux immenses et peu fréquentés. La ville d'El Calafate a un choix d'auberges, d'hôtels, de restaurants qui peut satisfaire les clientèles les plus diversement fortunées. Tout est fait pour le touriste. Sans compter sa situation très abritée des terribles vents patagoniens en bordure du lac Argentino à la couleur vert émeraude étincelante. Paysage de carte postale ... Le touriste est bien.
Mais, quand on essaie de parler avec des habitants des lieux, la réalité est tout autre. Certes, on reconnait le caractère exceptionnel de la géographie locale : la Nature reste la principale attraction. Les gens arrivent à El Calafate sac au dos, valises roulantes, motos aux sacoches bien gonflées, sacs énormes de voyage. Les cars et les petits bus se suivent quasiment à la queue leu leu pour cueillir les touristes à leur hôtel, à leur auberge, à leur lieu de villégiature, pour les mener aux sites habituels classiques et merveilleux à la fois. Mais, en dehors de ce regard du confort touristique, la réalité quotidienne pour les habitants permanents n'est pas si iddylique. Une constante : les travailleurs de El Calafate sont venus là pour le travail. Enorme avantage peut-être du fait de la manne touristique mais pas très satisfaisant pour vivre là à l'année. Ces travailleurs d'El Calafate sont pour beaucoup étrangers (non argentins de naissance et/ou de culture).

Je suis frappé d'avoir entendu aujourd'hui deux témoignages qui vont dans le même sens. La tenancière de l'hôtel "El Calafate" remarquablement organisé, qui est polonaise et qui espère pouvoir retourner très rapidement dans son pays car ici à El Calafate quand on aime le cinéma, il n'y a pas de cinéma, quand on veut avoir des divertissements culturels, il n'y a que la Nature, quand on aime faire du vélo, il y a ce vent épouvantable qui inhibe toute envie de pédaler pour se promener. Il y a encore ce restaurant tenu par des chinois, de facture culinaire remarquable par la fraicheur des produits proposés, par la qualité gustative de ses viandes. Et pourtant, là encore, le chinois tenancier avoue que la Chine lui manque, même après vingt cinq ans de vie en Argentine : la cuisine n'est pas la même, la culture n'est pas la même. Seul le travail les maintient encore là à El Calafate.

Et pourtant, le touriste est très bien à El Calafate. Cité quasi idéale pour lui : confort, attractivité de sites prestigieux d'accès aisés, coût de la vie quotidienne abordable. Paradoxes de ces regards croisés ...

Samedi 17 novembre 2018 - Tranquilo sauf la fin ! ... La Leona
Soucieux du temps et surtout du vent, ma nuit fut entrecoupée de regards à la fenêtre. Ce matin malgré les annonces météo d'averses, il fait beau et il fera toujours beau tout le long du trajet jusqu'à La Leona. Mais en Patagonie le beau temps sur les photos ne veut pas dire pas de vent. Bon, ce matin en partant de l'hôtel El Calafate (à recommander), les sacoches sont pleines (trop) avec de la survie pour plusieurs jours. Joindre El Chalten est très évident - il n'y a qu'une route - mais très incertain pour le cycliste du fait d'Eole qui est imprévisible. Je caracole dans la ville encore tout endormie, monte aux trois ronds-points pour prendre l'unique route desservant l'aéroport et le reste de l'Argentine. Très peu de circulation, je roule avec bonheur. Comme c'est facile quand Eole est encore endormi ! 35 km pour arriver au carrefour de la Route 40 qui mène à La Leona puis à El Chalten après. Les bus petits et grands pointent le nez avec la cargaison de touristes pour voir le massif du Fitz Roy, ce sommet magnifique que Lionnel Terray avait grimpé pour la première fois en 1952.

Après ce carrefour, la route sinue plein Nord. Le paysage reste bien sûr la pampa mais avec de très belles fenêtres sur le lac Argentino et la chaine andine enneigée à l'Ouest.

Haut de El Calafate

Lago Argentino

Lago Argentino

Fitz Roy

Tout est clôturé partout avec des barbelés soigneusement cloués sur des piquets tous les mètres. Mais quasiment aucun bétail. Quelques rares chevaux, des vaches avec leurs veaux, quelques moutons. Et, vision surprenante, un gros animal de pelage beige emprisonné sur une clôture de fils de fer barbelés. Je m'approche pour essayer de le libérer. C'est un Guanaco qui, malheureusement pour lui, s'est fait cisailler l'arrière-train en essayant de sauter la clôture.Tout le corps est entier sauf la tête dont il ne reste que les os. Un peu plus loin, un autre guanaco mort le ventre ouvert. Le Puma a cette habitude de ne dévorer que l'estomac.
Les kilomètres défilent sans problème aucun jusqu'au 80ème. Et c'est alors que Monsieur le vent a souhaité encore souffler fort en travers, de face, dans tous les sens. Me voilà encore à faire du vélo béquille et du 5 km/h pour contrer le vent de face. J'ai décidé d'aller jusqu'à la Leona, tétu comme une mule, quoi qu'il vente. Les 30 kms restants ont été faits cahin caha en essayant d'optimiser l'énergie dépensée : pas d'à coups, enrouler les mouvements, faire le dos rond, éviter les cisaillements de guidon ... Je me rends compte que les trois repas mangés à El Calafate où je me suis goinfré de très gros morceaux de viande, ont été très efficaces pour me redonner la pèche.
La Leona est en réalité un hôtel de campagne, classé historique aujourd'hui en Argentine. C'est un relais étape pour les cars qui vont à El Chalten. Il y a quelques chambres et un camping. J'ai pu avoir une chambre tout confort. Idéal pour bien récupérer pour demain. Car demain l'étape peut être la plus problématique de ce que j'ai fait. Sans vent, pas de difficulté hormis le kilométrage. Mais avec le vent dans le nez (la route est principalement orientée Ouest) ce sera quasiment impossible (120 km dont 95 avec le vent violent de face). Je verrai bien ...


6h30 - 15h 111 km +717 m -618 m El Calafate - La Leona

Dimanche 18 novembre 2018 - Insupportables rafales de vent ... El Chalten

La Leona, un parador qui est cet hôtel de campagne classé, c'est isolé dans la pampa argentine à cent kilomètres à la ronde, mais c'est très confortable. J'ai eu droit à un petit déjeuner spécial puisque partant à 5h30. Toute la nuit, les tôles de la toiture ont grincé. Les rafales de vent ont persisté toute la nuit. Ce matin, le drapeau argentin pité à dix mètres claque. J'harnache le Mulet qui a maintenant plus de 4 jours de vivres. Le départ se fait sur du ripio très pentu mais on est vite sur le goudron. 25 km pour atteindre la bifurcation vers El Chalten puis 95 km de ligne droite Ouest pour atteindre le Chamonix de la Patagonie, El Chalten.

Le vent forcit avec le lever du jour, puis devient vite insupportable dès lors qu'on prend la direction Ouest. C'est alors tout un travail intérieur pour la pensée qui refuse de voir les coups de boutoir reçus par le vent, mais qui régule l'énergie à mettre dans les coups de pédale avec l'aide précieuse des changements de vitesse et de plateaux. Optimiser la dépense énergétique donc faciliter le pédalage malgré l'ennemi extérieur qui vous oblige à vous adapter.
Cela dure ... 80 kilomètres.

Massif du Fitz Roy

Fitz Roy

Massif du Fitz Roy

On n'apprécie plus le paysage du beau lac Viedma lui aussi vert émeraude. On roule tellement lentement (entre 5 et 10 km/h maxi) qu'on mémorise pas mal de petits détails qui intriguent parfois. D'abord l'énorme quantité de criquets (ou sauterelles) qui se font trucider sur la chaussée, ensuite la curieuse même direction empruntée par les chenilles (les mêmes que celles que j'avais vues à El Cerrito) pour traverser la route : toutes prennent la direction Sud-Ouest. Elles sont isolées pas en file indienne. Parti à 5h30 je n'ai fait que 80 kilomètres à 13 h. Les rafales m'ont parfois totalement déporté de la chaussée. A plusieurs reprises, j'ai été éjectée sur le bas-côté droit avec même une fois un déport total du vélo (sur lequel j'étais) de 40 cm comme si on avait poussé avec une facilité déconcertante vélo et bonhomme !
Des véhicules passent tout en respectant le cycliste qui essaie de rester sur la partie droite de la chaussée. Un 4x4 aménagé avec une cellule de couchage à l'arrière s'est arrêté sur le bas-côté droit. Un couple de jeunes français de la Drome prend une photo du Fitz Roy qui se trouve à 50 km. Le bipède français cycliste les intrigue. ls sont partis pour un an de congé sabbatique. Ils me proposent de me porter à El Chalten ! J'avoue que j'ai été très content de la proposition car, à l'évidence, gagner El Chalten avec les conditions de vent qui persistaient devenaient quasiment impossible.
Les sommets sont exceptionnellement enneigés avec des corniches énormes. A croire que c'est de la neige tombée très récemment ! El Chalten grouille de marcheurs, sacs au dos, batons au pas cadencé. Le site est exceptionnel c'est vrai mais la petite cité d'El Chalten est un agglomérat de constructions plus ou moins finies, sans aucune conception urbaine d'ensemble. Les hôtels sont quasiment tous plein. J'ai beaucoup de difficultés à me loger, mais j'ai fini par une excellente adresse au confort irréprochable : le Puma. Après cette journée éprouvante, la récupération sera ainsi assurée. Un malin a cru très intelligent de me dégonfler le pneu arrière quand je m'enquêtais d'une disponibilité hôtelière. Je pensais que c'était crevé, donc j'ai changé la chambre à air après avoir dû enlever sacoches, tente, matelas. Pas sympa le mec qui m'a dégonflé le pneu ...

5h30 - 15h   120 km dont 80 km en vélo et 40 km en voiture,  +599 m  -506 m La Leona - El Chalten

Lundi 19 novembre 2018 - El Chalten sous la pluie c'est comme Chamonix sous la pluie
Pas terrible !Tout est bouché, l'horizon se limite aux maisons proches. On a un peu l'impression d'une ville far-west où tout le monde peut faire ce qu'il veut comme il veut, et cela sans aucune régulation collective ni schéma cohérent d'infrastructures. El Chalten serait le parfait contre-exemple pour des étudiants en aménagement du territoire.
A travers les vitres de la fenêtre, on voit passer des sortes de somnambules marchant vite pour raccourcir le temps à passer sous les gouttes. Engoncés dans des doudounes, le capuchon ou le bonnet qui laisse à peine dépasser le nez, un énorme sac à dos avec les chaussures de montagne qui pendouillent de chaque côté du sac, le duvet roulé sous le sac, la tente accrochée tout en haut de cet assemblage qui brinquebale au rythme des pas, et un petit sac à dos ventral. Beaucoup dévorent en marchant un énorme sandwich, et tiennent dans l'autre main une grande bouteille d'eau. Tout ce petit monde se dirige vers la gare routière dont la salle d'attente, trop petite, sert de refuge. Sans doute en ont-ils marre des conditions météorologiques d'El Chalten !
J'espérais pouvoir photographier les énormes corniches de neige que j'ai vues hier en arrivant ! Que nenni ! La montagne est restée cachée toute la journée.
Demain, les prévisions météo sont encore plus mauvaises avec même une possible neige annoncée. Je vais donc filer vers le Chili par une succession de vélo, bateau, camping, vélo cross (passage obligé de 7 km de sentier montant en forêt) piste, bateau, piste pour atteindre Villa O'Higgins. Cela en deux jours si tout va bien c'est-à-dire si je suis à l'heure pour le bateau de 16 h demain mardi, et si la navigation est possible (tributaire de la hauteur des vagues). J'ai donc pris les billets pour les deux bateaux de mardi soir et de mercredi soir à El Chalten, voulant partir de ce piège doré (car je suis très bien logé) d'El Chalten. En fait, dans ces lieux, c'est bien le beau temps qui reste exceptionnel ...

Mardi 20 novembre 2018 - Objectif atteint mais ... des cataractes

De nombreuses coupures de courant à El Chalten durant la nuit. C'est El Viento qui fait des siennes. Je n'ai pas beaucoup dormi car les deux jours qui arrivent sont une succession d'épisodes qui se complètent, qui sont très différents, et que je dois absolument accomplir. Le petit déjeuner est rapidement ingurgité.

A 7 h, le poncho enfilé, les sur-chaussures pour la pluie collées aux pieds, polaire, anorak, cagoule, gants, moufles mis, le Mulet chargé à mort met les sabots dans l'eau. Le départ est rude. Il ne faut pas se tromper de chemin : direction le Lago del Desierto à 38 km. Pas beaucoup de distance certes mais des conditions de pire en pire. Aux grands classiques de la Patagonie : pluie avec bourrasques, vent tourbillonnant et rafales déstabilisantes. s'ajoute aujourd'hui de la neige tombée cette nuit mais heureusement pas sur la piste que je prends, très caillouteuse et pas mal dégradée par les 4x4 et les bus qui conduisent les touristes au ... désert. J'ai calculé que je devrais être à l'heure pour prendre le bateau qui me fera traverser la Lago del Desierto sous réserve d'aucun ennui mécanique ou de crevaison. Avec le vent dans le nez (aujourd'hui la météo a prédit une vent venant du Nord donc je le reçois en pleine figure), j'ai calculé 8 heures pour les 38 km ce qui me ferait arrivé à 15 h pour le bateau à 16h30. En réalité, je suis arrivé à 11 h malgré la piste très cassante pour le vélo. L'explication est assez simple : la grande majorité des passages se situaient en forêt avec des courbes multiples. Là, le vent était considérablement diminué alors que dans les passages très ouverts je recevais tout en pleine poire. Je suis donc arrivé tôt mais trempé !

La gendarmerie a un avant-toit sous lequel j'ai pu m'abriter un peu. Au bout de deux heures à faire le planton, les gendarmes m'ont fait entrer pour me réchauffer. Vient l'heure du casse-croûte gendarmesque. J'ai été invité à partager leur repas : sympas les gendarmes argentins (ceux-là au moins) : une assiette de pâtes mélangées à de la viande et un petit coup de vin rouge. Du coup, je leur ai fait du café avec les dosettes Carte Noire que je m'emporte toujours.

Le temps passe. Quelques petits groupes encapuchonnés partent avec un guide faire un tour en bateau (il tombe toujours des seaux d'eau). Vient l'heure de mon bateau. J'étais vraiment tout seul avec le pilote et l'employé de service (pour l'accostage, le positionnement des passagers, la sécurité, le nettoyage.) Le catamaran file sur les vagues, très stable. On n'y voit Rien ! Tout est bouché. Les cataractes continuent de tomber.

Lago del Desierto

Accostage à la pointe Nord du Lago del Desierto. La police des frontières argentine est là. En Argentine, ce sont les gendarmes qui assurent aussi la douane du moins là. Je réussi à fair tamponner la sortie d'Argentine avec la date de demain parce que j'ai dit que je partais à 6 h. Et j'ai demandé si je pouvais me mettre sous un abri vu le ciel qui était entrain de nous tomber sur la tête. Après un refus catégorique, je dis au commandant que j'avais déjeuné avec Juan, le commandant de la gendarmerie de la pointe Sud du Lago del Desierto. Résultat : je suis dans une cabane en bois mais avec un toit étanche. Mon matelas et le duvet sont allongés à mes pieds sous le linge des gendarmes qui essaie de sécher.

Demain étape cross au réveil avec 7 km de sentier de montagne à grimper avec mon vélo puis 15 km de piste normalement roulante pour prendre un autre bateau à 17 h (3 heures de navigation) puis une piste de 7 km pour joindre mon havre du jour Villa O'Higgins.

El Chalten - Lago Desierto : 37 km (7h - 11h) ; Lago Desierto Pointe Sud - Lago Desierto Pointe Nord : bateau (17h - 17h30)

Mercredi 21 novembre 2018 - Programme chargé mais tenu ... Villa O'Higgins

(J'écris à Candelario Mancilla. Il est 14h. J'attends le bateau qui doit me conduire après trois heures de traversée à Villa O'Higgins au terme de ces deux jours assez exceptionnels depuis El Chalten).

Dans la cabane en bois de la gendarmerie argentine, j'ai dormi comme un loir au point que je n'ai pas entendu la sonnerie du réveil. Je voulais partir à 6 h ! J'ai ouvert les yeux à 6h15. Rapide petit-déjeuner : yaourt, fruit, amandes au miel, eau. J'ai une journée assez exceptionnelle physiquement. Le sentier dans la forêt est très pentu durant 7 km, La pluie a cessé mais les abats d'eau de ces derniers jours ont transformé le sentier avec passages de ruisselets sur branches et troncs d'arbre (très fréquents), avec des acrobaties sur torrent et sur marécages. Inutile de dire qu'on peut péter les plombs facilement dans ces conditions avec la nécessité de transbahuter un vélo de 50 kg.

Mon objectif est ce matin d'arriver à l'heure pour le bateau (17 h). Le ciel s'est pas mal dégagé dans la nuit. Mais frayeur lorsque j'ai ouvert la porte de la cabane : la neige est tombée très bas au point que je me demande si je vais pouvoir franchir le col transfrontalier ! Je n'ai eu que de l'eau, pas de neige.

Mais l'horizon est resté bouché, alors que l'on voit habituellement avec le ciel dégagé le magnifique Fitz Roy. Je n'ai pu saisir en photos que quelques sommets proches saupoudrés de neige.

Je me suis préparé mentalement à ce passage de 7 km. Interdit donc d'exploser car, en plus, il n'y a pas un bipède alentour. Les quelque 50 kg du vélo suscitent pas mal d'efforts de poussée et de levage. Souvent, le sentier passe sur d'énormes racines qui constituent autant de marches à franchir, quand ce ne sont pas des troncs d'arbres tombés qu'il faut enjamber. La concentration et le dosage de l'effort quand on ne peut faire appel qu'à soi, sont impératifs. Pour les deux tiers des 7 km de grimpette, je fais trois aller-retour par tronçons de 200 m à 500 m : les deux sacoches avant, puis les deux sacoches arrière, puis le vélo. Ceci pour les portions les plus pentues ou les plus délicates à franchir (troncs sur torrent, canaules trop étroites pour passer vélo avec sacoches).

Je n'ose pas regarder ma montre. Je suis tout concentré sur cette fichue montée que je dois impérativement gravir. La pente finit par s'atténuer mais le sol est maintenant gorgé d'eau. Le sentier a disparu. Tout est marécageux. Impossible de passer en une fois avec vélo et sacoches. Il faut un peu ruser en plaçant les vieux morceaux de branches et de troncs trouvés sur place pour éviter un maximum de mettre les pieds dans l'eau.

Je n'ai plus grand chose de sec. J'ai tout de même réussi à ne pas trop mouiller mes seules petites chaussures Millet. Je crois en avoir terminé avec ce fichu sentier ! ... Que c'est long 7 km dans de telles conditions. Mais il ne pleut pas et il n'y a pas un souffle de vent : merci le Ciel. La forêt se fait plus clairsemée, un éclat de soleil, et bientôt les panneaux frontaliers.

Et ... côté Chili, une piste, une vraie, large avec certes plein de gros cailloux et de trous énormes mais au moins je peux monter sur la selle et pédaler ! Ma montre indique 11h. Finalement, j'ai mis moins de temps que j'avais estimé. Il me reste une quinzaine de km pour atteindre Candelario Mancilla, la police et la douane chilienne. La descente de cette piste est très cahotique avec de sévères rampes à monter. Je croise trois couples anglais et français qui font le trajet inverse du mien. Au troisième km après Candelario Mancilla, ils s'arrêtent tous les 10 m ou poussent le vélo.

La police des frontières chilienne est très tatillonne. Pas de difficulté pour mettre le tampon d'entrée au Chili. Mais cette police des frontières est très regardante pour les fruits, les légumes, la viande. Alors qu'il me restait une pauvre pomme, j'ai eu droit à une fouille complète de mes sacoches. Un peu énervé par cet excès de zèle, j'ai balancé la pomme dans la poubelle. Et j'ai eu droit à une leçon bien apprise sur les interdictions de produits à entrer au Chili : armes, alcools, légumes, fruits, charcuterie, drogue ... Au bout d'un moment voyant qu'il fouillait jusqu'au fond des sacoches, je lui ai dit qu'il ne trouverait pas de drogue. Du coup, il s'est arrêté et ... m'a souhaité ... la bienvenue au Chili. Attitudes et comportements très différents entre la PAF argentine et la PAF chilienne ! 

J'écris sur le ponton d'embarquement de Candelario Mancilla. L'eau devant moi est verte avec des teintes plus sombres au passage des nuages. La neige tombée cette nuit fond peu à peu. Le rythme du clapotis commence à bercer le cycliste qui attend le bateau de 17 h.

Oies de Patagonie

Lago O'Higgins

Lago O'Higgins

(Je complète depuis Villa O'Higgins)
Le bateau "Robinson Crusoe" est pile à l'heure. Il revient d'une virée aux glaciers continentaux. Embarquement du Mulet à la force des poignées après une descente d'escaliers sur le ponton. Le moteur se met en route.

Lago O'Higgins

Lago O'Higgins

Ca y est, je vais pouvoir atteindre Villa O'Higgins ce soir. C'était prévu mais presque inespéré. Après trois heures de navigation sur le lago O'Higgins, l'accostage se fait un peu laborieusement. Je dois remonter quatre jeux d'escaliers avec le vélo et prendre une piste en montagnes russes de 7 km pour atteindre le village. Je finis par trouver l'auberge El Mosco où je prends une chambre confortable pour deux nuits. Il est 21 h. Journée remarquable pour moi, bien remplie.

Pointe Nord Lago del Desierto - frontière Argentine Chili : 7 km vélo cross (6h30 - 11h) ; Frontière Argentine-Chili - Candelario Mancilla : 20 km (11h-13h) ; Bateau Candelario Mancilla - Puerto Bahamondes (17h-20h) ; Puerto Bahamondes - Villa O'Higgins : 7 km (20h-21h)

Jeudi 22 novembre 2018 - Le cocon El Mosco ... Villa O'Higgins

Journée récupération. Un très bon lit (merci El Mosco, l'auberge classique des cyclotouristes), une nourriture abondante et qui cale bien, de la boisson multiple ... Ce matin j'ai flâné et ... j'ai trouvé une carte Chip (Sim) pour le tout nouveau téléphone acheté à Santiago ayant oublié le mien dans la voiture à Toulouse. Alors qu'à El Chalten, pas de connexion possible en raison du téléphone qui n'avait pas quatre bandes, ici pas de problème. On met 4000 pesos (en gros 5 euros) et ça marche pour SMS, téléphone, internet durant 15 jours, renouvelable. 
Villa O'Higgins est un village un peu far-west avec des bâtisseurs de la débrouille qui utilisent beaucoup le bois non dégrossi pour réaliser charpente, menuiseries, murs. On trouve tous les goûts avec une impression de vrac où tout semble possible. Une piscine d'une centaine de mètres barre une des rues principales, l'eau tombée ces derniers jours ne parvenant pas à s'évacuer. Le centre-bourg est pavé. Une plaza de armas est monumentalisée par des galeries aériennes couvertes en bois et disposées en étoile. Une petite église est accolée elle aussi tout en bois (on dirait "bardeaux de bois" ou "tavaillons" en France) avec un autel fait en bois massif. C'est un village du bout du monde.

C'est la fin de la classique Carretera austral qui relie Puerto Montt à Villa O'Higgins. Après,, au Sud, c'est le grand lac O'Higgins qui, en bateau, permet d'explorer les glaciers continentaux et d'accoster à Candelario Mancilla puis de gagner la frontière argentine par la piste que j'ai empruntée hier.
Beaucoup d'auberges, hostel, cabanas s'y trouvent du fait de l'attractivité que constituent cette carretera austral et les glaciers continentaux. Mais c'est loin de l'attractivité d'El Chalten et de El Calafate. Les habitants sont très accueillants. Ainsi une épicière a passé au moins trois quarts d'heure pour rendre la carte chip de téléphone opérationnelle. Lorsqu'un commerçant n'a pas ce que vous lui demandez, il vous indique chez qui vous pouvez trouver ce produit. On ne sent pas de concurrence mais plutôt une entraide mutuelle. Beaucoup de bricolage quand même associé aussi à une certaine inventivité peut-être artistique diraient certains. Néanmoins, tout ne marche pas toujours. Ainsi, le compresseur de gonflage des pneus de l'unique station service est en panne sans que l'employé n'indique ni ne cherche à réaliser une réparation ... 
Beaucoup de cyclotouristes français et québécois à El Mosco, dont Dominique que Patrick m'avait indiqué sur ce site comme un cycliste que je devrais rencontrer sur mon chemin. Les "cyclos" se connaissent d'abord et surtout par les relations écrites de Voyage forum ou de sites particuliers sur des voyages faits à vélo.
Demain, départ assez tôt pour espérer atteindre Rio Bravo ou mieux Puerto Yungay après la traversée en ferry entre les deux lieux-dits à 19 h. La tenancière m'a assuré qu'elle me préparerait le petit-déjeuner pour 6h30. Rien donc de bien exceptionnel aujourd'hui sinon un peu de répit, de repos, de récupération, de respiration. Le tout dans une ambiance calme et détendue. Au fait ... bourrasques de pluie bien sûr. Demain, il faudra encore s'équiper en zombi de la tête au pieds pour jouer la grenouille ...

Vendredi 23 novembre 2018 - Le Mulet n'a plus que 3 vitesses (sur 27) ... Puerto Yungay

Ce matin à 6h30, mon petit-déjeuner était prêt, le feu allumé dans le poêle. El Mosco est très bien tenu. Dehors c'est moins gratifiant. Départ avec poncho et le reste pour supporter la pluie. En revanche, le vent n'a plus du tout la même force qu'en Argentine. Je file en direction de Rio Bravo pour espérer prendre le dernier ferry de 19 h afin d'atteindre Puerto Yungay. La piste est très caillouteuse mais tassée. Seuls les pneus trouvent très sévère de rouler sur des cailloux assez gros et surtout parfois très pointus. Le paysage traversé aujourd'hui est assez unique par l'étendue des forêts quasiment inexploitées et des tourbières fantastiques qu'on y trouve. Je borde le Rio Bravo une énorme rivière au débit impressionnant. Mais la piste a parfois des soubresauts redoutables avec au détour d'un virage des pentes à franchir que probablement peu de cyclistes grimpent sans pousser le vélo.

Très peu de circulation sur cette piste où se croiser entre véhicule et vélo oblige de mordre sur le bas-côté c'est-à-dire à s'arrêter tout net pour éviter de se planter dans la végétation. Deux camions citernes descendent vers Villa O'Higgins. Moi je monte au sens propre du terme vers Rio Bravo. Le croisement m'oblige à effectuer quelques gestes un peu rapides et ... CLAC ! le cable du dérailleur arrière que j'ai actionné peut-être un peu rudement pour passer la toute petite vitesse et ne pas chuter, se rompt ! Ca ne m'est jamais arrivé ! J'ai un cable Shimano de rechange. Le système Shimano Deore XT pour l'enfiler à hauteur de la poignée, paraît simple. Je parviens à fixer le dérailleur arrière mais ... les manettes n'actionnent rien du tout. Apparemment je n'ai pas fait d'erreur de montage. Mais sans doute la tête du cable n'était-elle pas au bon gabarit ? Il faut donc rouler sans pouvoir changer de vitesse ! Je réussis à bricoler pour que j'ai tout de même trois vitesses disponibles. J'ai les trois plateaux qui marchent encore. Donc, j'ai calé la chaîne sur le pignon le plus grand, et ainsi je peux sur les fortes pentes pédaler petit avec le petit plateau et le grand pignon, et je passerai le moyen plateau et le grand plateau pour aller ensuite un peu moins lentement. Ca m'oblige à faire tourner les manivelles très vite, ce que n'aimeront pas trop les fessiers soumis à des frictions inhabituelles. Le système me donne donc 3 possibilités de vitesses au lieu de 27.
Vers le 80ème km je sens un caillou taper la jante sous la roue arrière. Pas bon ... Ca se répète un peu plus loin. Le pneu se dégonfle lentement mais surement. Deuxième problème de vélo aujourd'hui ! La guigne ! Quand une galère arrive, elle n'arrive souvent jamais seule ! J'ai regonflé une bonne huitaine de fois avant d'arriver à l'embarcadère Rio Bravo. Il était 17h30. Le ferry arrivant pour repartir à 19 h, j'ai changé la chambre à air.

Refuge de Rio Bravo


La traversée en ferry jusqu'à Puerto Yungay dure trente minutes, est gratuite. Trois voitures et un vélo ... Le commandant m'offre un café chaud ! Au débarcadère de Puerto Yungay, un refuge ouvert à tous permet de passer la nuit un peu abrité. Mais une petite épicerie, presque cachée, propose des empanadas, des oeufs brouillés. C'est exactement ce qu'il me faut. Et ... je pose la question d'une "habitacion" possible ? Deux motards arrivent, très sympathiques. Nous partagerons la même "casita" chez l'épicière.
Demain samedi, je pensais aller à Tortel mais aux dires de l'épicière il n'y a pas de réparateur cycliste. C'est un village de pêcheurs. Je dois trouver une autre solution.

7h - 17h15 103 km +1010 m -1332 m Villa O'Higgins - Rio Bravo, et traversée ferry Rio Bravo - Puerto Yungay 30 minutes

Samedi 24 novembre 2018 - Le dérailleur me lâche ! solution de repli .... bateau pour Puerto Natales
La nuit porte conseil ? Il me semble avoir eu quelques signes dont je dois tenir compte : rouler avec 3 vitesses au lieu de 27 m'oblige à mouliner très vite les pédales ce qui irrite pas mal les fessiers et provoque une gène qui, avec les répétitions de friction, devient un vrai handicap voire une impossibilité de rester assis sur la selle. Tous les cyclistes ont connu cela un jour. La gène est bien réelle même après une nuit de repos. Or les deux jours qui me sont nécessaires pour joindre Cochrane afin de faire réparer ou changer le dérailleur, se déroulent sur un itinéraire avec des pentes à répétition qui ne peuvent qu'aggraver la gène : facteur pas très favorable pour continuer. Deuxième signe mais moins déterminant : le mauvais temps tempétueux est toujours là et le paysage reste bouché, quelques rares éclaircies exceptés. Et, troisième signe, de Puerto Yungay où je suis, tous les samedi, part un ferry pour Puerto Natales qui passe par des fjords différents de ceux vus à l'aller de Puerto Montt à Puerto Natales. Or, aujourd'hui, c'est samedi, le ferry est bien là, il est amarré et part ce soir à 20 h pour une traversée de 44 h.


Cette convergence d'éléments défavorables (rupture du dérailleur et ses incidences), et favorable (présence du bateau Austral Broom pour Puerto Natales), m'a décidé de prendre le billet du bateau et donc d'arrêter ma progression vers le Nord.
A l'heure où j'écris ces lignes, je suis dans le ferry. Le Mulet est tout penaud à l'abri d'une énorme remorque. J'avais bien prévu cette solution de repli mais c'était la moins attendue ...

25-29 novembre 2018 - Bateau et ... bateau !
Le ferry d'Austral Broom ressemble à un long cigare bleu et blanc. Très rustique, il n'a que des banquettes avion pour passer la nuit.

La nourriture est sommaire. Je me fais remarquer car je quémande un peu plus à manger : on m'octroie une part supplémentaire. Les deux motards chiliens Pedro et Ari Khan m'accompagnent finalement après être allés se faire photographier devant le panneau indiquant le bout de la carretera austral à Villa O'Higgins. Très sympathiques ces deux-là. On échange adresses mail. Au petit matin, c'est la halte à Puerto Eden, ce village indigène patagonien seulement ravitaillé par les ferries.

Puerto Eden

On peut descendre du bateau et arpenter les passerelles qui connectent les petites maisons de bois. Quelques villageois montent pour aller à Puerto Natales, la ville la plus proche.

L'accostage à Puerto Natales est assez rapide. Il est 14h30. Je me mets le premier sur la ligne de départ car je voudrais prendre le seul bateau hebdomadaire qui permet d'atteindre Puerto Montt. Je n'ai que trois heures pour pouvoir acheter un billet. Je traverse la ville pour rallier le Terminal de bus dont les bâtiments tout modernes abritent pas mal de bureaux de compagnies de bus mais aussi l'Office du tourisme et Navimag, la compagnie maritime. Par chance, il y a de la place sur le bateau Evangelistas - le même que celui de l'aller. Le tarif est trois fois plus cher pour les non chiliens comme pour le ferry d'Austral Broom. Le Mulet est gratis. Les formalités d'embarquement étant bouclées, je peux contacter la famille par Whatsapp (via le réseau Intel) et mettre à jour le site. L'embarquement est à 21h. Donc, un peu de temps pour un bon restaurant : agneau patagonien, frites, verre de vin Malbec.
L'Evangelistas est arrivé avec beaucoup de retard à Puerto Natales en raison de conditions météorologiques difficiles. Le déchargement des multiples remorques de camions est un ballet spectaculaire de tracteurs du port maniés comme des bolides de course. J'emménage pour 4 nuits avec l'arrivée vendredi matin 30 novembre à Puerto Montt.

Beaucoup de français dans ce bateau : Kamel, médecin cycliste que j'avais rencontré à Villa O'Higgins et qui, après avoir atteint El Chalten dans le sens Nord-Sud, a pris un bus pour Puerto Natales ; Dominique et Jean-Noël, un couple étonnant qui voyage depuis 2 mois au Chili et qui va repartir très vite au Japon. Il faut dire qu'elle fut guide à Nouvelles Frontières . Son mari est un artiste en photographie et magnifie chaque photo par des choix d'éclairage, de composition, d'angle de prise de vue, de choix de focale.

Les conditions météorologiques semblent s'améliorer. Et ... trois jets d'eau sortent de l'eau !

Baleines de Minke

Trois petites baleines se suivent : toujours magnifiques ces apparitions. Ce sont des baleines de Minke. Pas mal d'albatros recherchent leur pitance. Quelques dauphins font des bonds pour s'écarter du ferry. Mais, peu d'oiseaux.

On croise quelques rares bateaux dont un d'un institut de recherche marine. Le vaisseau rouillé du Captain Leonidas est toujours à sa place.

La baie des Penas marque l'entrée dans l'océan Pacifique avec une houle nettement plus forte qu'à l'aller. On suggère fortement la prise de cachet pour le mal de mer. Kamel, le docteur cycliste, me propose une pilule qui serait très efficace. Je me laisse faire.

Finalement le passage par l'océan Pacifique s'est révélé pas si houleux que ce qui avait été prédit. La nuit fut à peu près normale. Mais le matin ... très mauvais temps !

Comme on est bien dans le bateau ... La journée de jeudi a été un peu longue car pas possible de sortir sur le pont ... Pour passer le temps, on nous a montré la fabrication du maté ... Bôf ! Ca ne supplantera pas le café.

Vendredi 30 novembre - La fête ! ... Puerto Montt
Oui c'est ma fête aujourd'hui. Réveil à 6 h ce matin pour le petit-déjeuner à 7 h. L'Evangelistas a accosté depuis déjà deux heures. Le ballet des norias de tracteurs qui désengorgent le ferry a réveillé tout le monde. Beau temps ! Oui ! à Puerto Montt mais pas mal de vent bien sûr. La sortie du bateau est très encadrée par les mesures de sécurité. Je finis par pédaler (enfin !) sur du bitume avec grande modestie mais avec un mouvement de manivelles qui fait penser à certains coureurs très forts du tour de France, la vitesse maximale atteinte étant ... 15 km/h. L'arrivée chez Maria Zulema ma logeuse se fait avec un accueil toujours très sympathique. Alfredo, le mari de Maria, me conduit de suite chez un réparateur cycliste hors pair. L'atelier est presque net comme une salle blanche ! L'examen de la bête (le dérailleur) est sans appel : le dérailleur doit être changé. Mais, un oeil plus précis du docteur cycliste semble apercevoir un petit bout à l'intérieur du trou de passage du cable. Il faut opérer ! Le boitier de la manette du dérailleur Shimano deore XT est ouvert. Le docteur revient sur son diagnostic : la tête du cable cassé est resté coincée à l'intérieur du boitier et empêche le système des cliquets de fonctionner. Docteur cycliste réussit à extraire le coupable du non fonctionnement du dérailleur. On remonte alors le boitier, on enfile le cable dérailleur, on le fixe à l'arrière. quatre tours de pédales et le cliquetis des neuf passages de vitesse fait un doux bruit aux oreilles de Dédé ! Ainsi est illustrée la leçon qu'un petit bout (de cable) de quelques millimètres peut avoir d'énormes effets (sur des ... km).

LATAM, la compagnie aérienne a-t-elle une officine à Puerto Montt ? Je veux anticiper mon retour en France. Seule l'île de Chiloë m'est inconnue et est réputée pour les quantités de pluie qui l'arrosent. J'ai pris assez d'eau et de vent. Un peu d'apaisement fera du bien au bipède. J'avance mon retour au dimanche 2 décembre pour arriver à Toulouse le 3 décembre en fin d'après-midi. Ce soir, avec quelques français du bateau, on dîne ensemble à Puerto Montt.

Finalement, pédaler même dans les pires conditions, ce n'est rien par rapport à la fatigue psychologique. Je ne crois pas avoir commis d'erreurs dans ce voyage un peu bizarre au vu des conditions météorologiques et de cette impression que j'ai eu de souricières à répétition dont il fallait trouver le moyen de se sortir. C'est quand même un peu rageant de voir qu'une petite tête métallique de quelques millimètres coincée dans une manette de dérailleur ait pu avoir autant d'importance au point d'empêcher la fin du périple initial envisagé. C'est la fable de La Fontaine Le Lion et le Rat, mais ... à l'envers !

1-3 décembre 2018 - De la tronçonneuse au B 787-9

Le retour à Puerto Montt m'a fait retrouver le bricolage. Alfredo, le mari de Maria Zulema qui me loge, a un problème de tronçonneuse. Il y a deux ans, déjà, j'avais dû lui montrer comment elle fonctionnait. Toute neuve alors, elle n'a pas beaucoup servi depuis. La famille Zulema a l'impression d'avoir acheté une machine qui n'est pas d'origine. Je me transforme en docteur Stilh. La chaîne est détendue d'au moins trois centimètres. Je montre comment retendre le support de chaîne. Puis, les réservoirs d'huile de chaîne et d'essence sont vides. Ah ! il faut de l'essence ? Non ... d'un mélange à 3% ... Allons chercher ce qu'il faut. Le pick up Toyota a un volant dur à tourner. Pas de mélange en vente. Il faut se le faire ... et ... l'huile de chaîne n'est pas la même que l'huile du mélange ... Finalement, starter à fond, ça pète une fois puis s'arrête. Starter au milieu : la tronçonneuse démarre. La chaîne ne tourne pas : déblocage de la sécurité. Youpie ! ça tourne, ça fait beaucoup de bruit ... Les yeux d'Alfredo regardent la machine comme si un miracle venait de se produire. Puis, il faut couper de grosses branches qui menacent la toiture et débordent chez le voisin. La machine fait le travail sans difficulté et avec efficacité. Le cycliste est devenu magicien. En réalité, la tronçonneuse est une excellente Stilh avec une lame de coupe de 40 centimètres et un gros moteur.

La maison de Maria Zulema est bondée. Elle me trouve une banquette pour dormir. Le dimanche 2 décembre au matin, Antonio, le fils du ménage, se réveille avec effort pour me conduire à l'aéroport. Le Mulet boudiné dans son carton est fixé aux ridelles du pick up. En route, au revoir Maria, Alfredo ! ... "Tu reviendras ?" ... Peut-être ! Il faut dire que la Patagonie est encore trop synonyme d'envies non satisfaites. LATAM, la compagnie chilienne, me fait payer 100 dollars le transport du vélo. C'était 200 dollars il y a deux ans. A l'aller c'était 75 euros il y a deux ans, c'était 45 euros cette fois-ci, avec exactement les mêmes compagnies (LATAM et Iberia). Allez comprendre la cohérence de tout cela !

Le Boeing 787-9 du trajet Santiago - Madrid est un avion neuf, remarquablement équipé pour le voyageur, très silencieux, mais avec des sièges un peu durs, une nourriture chiche, un service parfait. Un gros avantage : j'avais trois sièges pour moi. D'où une nuit allongée tranquille et reposante.

Toulouse est très encombrée. Pas de gilets jaunes en vue mais des informations radio surprenantes ... Il est 19 h ce lundi 3 décembre. Je ne suis plus en ... Patagonie profonde !

Urubu à tête rouge

Réflexion ...

Pédaler même dans les pires conditions, ce n'est rien par rapport à la fatigue psychologique. Je ne crois pas avoir commis d'erreurs dans ce voyage un peu bizarre au vu des conditions météorologiques et de cette impression de souricières à répétition dont il fallait trouver le moyen de se sortir. C'est quand même un peu rageant de voir qu'une petite tête métallique de quelques millimètres coincée dans une manette de dérailleur ait pu avoir autant d'importance au point d'empêcher la fin du périple initial envisagé. C'est la fable de La Fontaine Le Lion et le Rat, mais ... à l'envers ! 

Le grand moment de ce voyage écourté a été la remontée des 7 km (avec au moins 500 mètres de dénivelée) du Lago del Desierto à la frontière chilienne avec la gestion de la pente, du sentier parfois disparu dans des parties marécageuses, et des 50 kg du vélo chargé. Les trois aller-retour (sacoches avant, sacoches arrière, vélo) ont été une bonne solution. La neige n'était pas très loin mais heureusement le passage du col frontalier a été possible.

Le pire moment de ce voyage a été lorsqu'il a fallu choisir entre continuer depuis Puerto Yungay en pédalant tout petit sur plusieurs centaines de km pour pouvoir éventuellement réparer, ou prendre le bateau qui était à mes pieds. La première solution était possible au plan physique mais non sans risque de devoir abandonner et alors galérer pour trouver des solutions et rejoindre Puerto Montt.

La deuxième option a été la plus évidente : un bateau jusqu'à Puerto Natales (le seul de la semaine et l'unique destination bateau depuis Puerto Yungay) puis un bateau pour Puerto Montt. C'était la solution la plus raisonnable.

Chaînon manquant (en jaune) dans le parcours prévu ... à faire en ... janvier 2020 ! ...

  


Le contexte

Deux voyages dans cette région du monde : un premier en 2016, avec Jean-Pierre Bourgard pour découvrir les grands classiques (Ushuaia, massif du Paine, glacier Perito Moreno, massif du Fitz Roy), un second en 2017 avec le vélo sur la Carretera Austral de Puerto Montt à Villa Cerro Castillo.

Pourquoi revenir ?

La Patagonie est réellement une région du monde exceptionnelle : des paysages grandioses, des étendues sans fin, des massifs montagneux aux lumières magiques, une côte Pacifique ourlée de fjords, des glaciers vivants et croulants sous nos yeux, une météo fantasque mêlant rafales de vent et pluie à des éclairages solaires violets/rouges inconnus dans nos contrées européennes.

Et puis ... je n'ai pas pu boucler la Carretera Austral en 2017, noyé que je fus sous un déluge de pluie et de vent durant 11 jours sur les 13 passés sur cette Carretera Austral. J'avais jeté l'éponge à Villa Cerro Castillo en basculant vers l'Argentine pour trouver des conditions météorologiques plus favorables. J'avais découvert les magnifiques lacs argentins au Nord de Bariloche, et les grands lacs chiliens entre Pucon et Puerto Montt, gravi le volcan Villarica ! Alors ... j'ai imaginé un périple un peu original qui combinera traversées en bateaux et vélo pistes, routes, et ... même une traversée cross obligatoire au Nord du lago Desierto. La boucle "idéale" imaginée est résumée dans la carte suivante :

 

D'abord c'est une longue traversée en ferry de Puerto Montt à Puerto Natales (tracé vert sur la carte). Quatre jours le long des côtes de Patagonie en naviguant au milieu de fjords.

Puis, de Puerto Natales à El Calafate et à El Chalten en Argentine au pied du majestueux Fitz Roy, une bonne semaine de vélo, peut-être la plus dure de tout le périple. On est sur la route 40 avec juste quelques portions goudronnées, le plus souvent du ripio (de la piste) avec un vent quasi permanent et des rafales qui peuvent rendre impossible l'avancée en vélo (exemple d'avancée impossible). Il faudra alors prendre patience, s'arrêter (où l'on peut ...) et jouer avec les accalmies, ou, au pire, trouver un conducteur de pick up qui embarquera bonhomme et vélo. 

Une deuxième partie après, je l'espère, deux jours de repos à El Chalten avec montée au pied du Fitz Roy. D'El Chalten à Cochrane, on doit obligatoirement traverser deux lacs. Facile ! Sauf que la météo peut être exécrable au point d'empêcher toute navigation et ... il n'y a de bateau que deux à trois jours de la semaine. Une redoutable portion de vélo cross au Nord du lago Desierto ... On arrive alors à Villa O'Higgins le tout début de la Carretera Austral mais par le Sud.

De Villa O'Higgins à Cochrane, c'est une succession de paysages lacustres avec juste un seul village - Tortel - qui a la particularité de n'être accessible que par des passerelles en bois.

Une troisième partie toujours en ripio permet de gagner le lago du General Carrera qui unit Chili et Argentine, un peu comme le lac Titicaca unit Pérou et Bolivie, ce lac que j'avais traversé en 2017 pour m'échapper du mauvais temps chilien. On rejoint alors Villa Cerro Castillo lieu de mon abandon en 2017 puis, par un bitume retrouvé, on atteint la grande ville de Coyhaique et enfin Puerto Chacabuco, un port où je reprendrai un ferry pour, suivant le temps qui me restera, ou joindre l'Ile de Chiloë ou joindre Puerto Montt.

 

Au cas où le bonhomme et le vélo seraient encore en pleine forme et, surtout, dans les temps, je filerai vers l'Ile de Chiloë par une traversée ferry d'une trentaine d'heures. Alors, ce serait un bonus du voyage, une balade tranquille de 3-4 jours avec de beaux aperçus en particulier sur les très originales églises en bois coloré, avant de joindre Puerto Montt. La boucle serait ... bouclée.

 

 

Tout ça ... c'est ce qui est imaginé ! Au total, ce serait de l'ordre de 1600 kilomètres. Mais que vont décider Monsieur le Vent et Madame la Pluie ?  Météo Vent Pluie 

 

Equateur Pérou 2013 - 1

suite de Equateur Pérou 2013 - 1

Equateur Pérou 2013 - 2

25 septembre - Enfin, de la très belle piste ...

Chambre très bruyante à Chao. Les camions prenaient un péage pour passer la nuit dans le grand parking ... contre ma chambre. Toute la nuit, moteur, gaz d'échappement ... Mais, la douche chaude était en parfait état de fonctionnement. Douche électrique comme toutes celles que j'ai eues depuis Quito. La sortie de Mocha est simple : on est de suite sur la panam mais avec seulement deux voies et, de temps à autre, un bout de chaussée possible pour les vélos. Mais ... la circulation des poids lourds et des bus est telle que l'on est obligé de mordre en permanence les cailloux, les saletés, les trous, les bosses. Ca dure une vingtaine de kilomètres avec de nouveau des eucalyptus et toujours des agro-industries "soutenables".

Carrefour à gauche : c'est la piste qui permet d'accéder au village de Chuquicara 60 kilomètres plus loin. Une barrière avec police à l'entrée de cette piste : on entre, d'après le panneau, dans le pays de la liberté ! Quel bonheur enfin de n'avoir quasiment plus aucun véhicule, la piste pour soi tout seul ! Pas tout à fait : je surprends trois cyclos comme moi qui ont campé là cette nuit. Jean, Handy, Eva sont là que j'avais vus chez Lucho à Trujillo. Ils m'offrent le café. Ils viennent du Mexique. La Colombie leur a laissé un merveilleux souvenir, contrairement à la réputation faite par les médias. Ils devraient suivre le même itinéraire que moi par le canyon del Pato. Je file, tout requinqué par le café et cette rencontre. Magnifique matinée, du soleil (pas trop), du vent arrière (un peu), de la piste comme aime mon Mulet. Il est impérial sur ce type de chaussée caillouteuse, sableuse, avec ses gros et larges pneus Marathon. C'est le désert jusqu'au Rio Santa où, là, un grand canal d'irrigation permet de très grandes cultures de maïs et de riz. Très belles rizières avec des petites parcelles tout en courbes. Ma tablette m'a bien servi car plusieurs carrefours peuvent être piégeants. Le fait de savoir très précisément où l'on est avec le GPS intégré à la tablette sur fond de carte Google Maps (et Earth) permet à coup sur de trouver le bon carrefour où tourner. On remonte la rive droite du Rio Santa durant une quarantaine de kilomètres jusqu'à un pont métallique avec de grosses traverses en bois espacées de plusieurs dizaines de centimètres, qui permet de rejoindre la rive gauche du Rio Santa où passe la route asphaltée. La police est là, très présente en général au Pérou dans les endroits stratégiques. Dix kilomètres plus loin, on trouve le tout petit village de Chuquicara. Dix km de trouille cette fois-ci non pas à cause des camions mais parce que la route est taillée dans des dépôts (marins ?) de plusieurs centaines de mètres de haut. Du coup, j'ai roulé tout le temps à gauche (la falaise surplombant parfois même le côté droit de la chaussée). Arrivée vers 14 h : pollo al horno, riz, salade, bière. Chuquicara est situé exactement au débouché de deux vallées dont celle qui mène au Canon del Pato : donc beaucoup de vent en permanence. J'opte pour un abri en dur : une pièce avec un lit sans drap ni eau ni électricité pour 15 soles : cher, mais le propriétaire m'a fait pitié (soi pobre ...). Pas d'internet bien sûr.

Demain, grande journée j'espère. Le plus dur sera la traversée des tunnels les plus longs qui sont en courbe montante et ... pas très larges.

Chao - Chuquicara 87 km 7h - 14h30 +795 m -383 m maxi 522 m

26 septembre - Tape-cul ...

... durant 58 km de piste, caillouteuse à souhait. Sans amortisseur, les reins en prennent un coup. C'est la première partie du Canon del Pato aujourd'hui. 12 tunnels, des gorges aux parois redoutables car immenses et peu compactes. On a l'impression que tout va tomber. Départ de ma chambre d'enfer (avec des cafards !) dès 6h30. Je sais que la journée va être dure. Tranquilo au début : faut bien se réveiller ! Les premiers tunnels - courts - sont bien là, en bordure du torrent tumultueux Rio Santa, tout gris et marron. Deux véhicules ne peuvent pas se croiser. Mais les véhicules roulent avec prudence. Dès l'entrée dans le tunnel, c'est un coup d'avertisseur et tous phares allumés. Dans plusieurs tunnels, je me suis trouvé avec des camions en face. Pas de grosse difficulté pour se croiser : je me plaque contre la paroi, le camion avance, me fait signe de continuer. Todo va bene.

Dure, dure la piste avec ... la tôle ondulée qui vous fait sauter de la selle à chaque demi-coup de pédale. Chaud, très chaud, la chemise à manche longue est enfilée pour éviter les cloques aux bras. Le chapeau est vissé très bas pour essayer de préserver le bout du nez. Soif, très soif, je bois régulièrement pour éviter la déshydratation. Je croise une mine de charbon - ou ce qu'il en reste -, quelques troupeaux de brebis, des cultures de maïs. Pas grand monde en fait dans ces 60 km de gorges. La pente devient rude vers la fin surtout que l'on saute tout le temps d'un caillou à l'autre ... Voilà le village tant espéré : Yuracmarca. Des travaux sont en cours, transformant le village en un nuage de poussières permanent. Soif, faim : un restaurant. Gagné : ici la bière est en bouteille de 63 cl. Il en faudra deux d'ici le dîner. Poulet traditionnel. Chambre très sobre comme hier, sans drap, mais je pense sans cafard ; 12 soles. Un haut-alpin en vélo ! Oui, un accompagnateur de montagne qui prend quatre mois à vélo en solitaire. On va longuement papoter au dîner ce soir.

Chuquicara - Yuracmarca 58 km 6h30 - 15h +958 m -157 m maxi 1450 m

27 septembre - tunnels, tunnels ...

48 tunnels au total (12 traversés hier) pour 110 km de piste pour le Canon del Pato. Un beau morceau à franchir. Hier soir, la soirée a été très sympathique avec le Haut-Alpin d'adoption puisqu'il s'appelle Hervé de Berterèche, et a une maison familiale près de Mauléon dans les Pyrénées-Atlantiques. Hervé a été un jeune retraité militaire, est devenu accompagnateur de montagne, s'est fixé avec son épouse à Chauffayer dans le Champsaur, où ils ont construit une maison en structure bois, ronde, tournant avec le soleil, qui sert de gite. Dominique reconnaîtra bien ce dont il s'agit puisque nous étions allés voir cette maison. Le monde est donc très petit ! Hervé continue son périple vers le nord du Pérou mais en choisissant plutôt un itinéraire plus amazonien que côtier, puis l'Equateur, la Colombie, pour finir à Caracas au Vénézuela. Chaque année, Hervé fait un bout de tour du monde à vélo.

Ce matin, je pars plus tôt car je préfère de loin l'ombre au soleil pour pédaler. Une descente longue d'abord vers Huallanca 12 km plus loin, où se situe une grosse usine hydroélectrique. Puis, une très forte montée dans des pentes où jamais on n'aurait construit de piste en France, les virages se succédant l'un sur l'autre avec des pourcentages qui nécessitent le plus petit développement, et ... surtout à ne pas oublier pour les véhicules : faire marcher son avertisseur ou ... la musique à tue-tête ! Quelques endroits pour se garer car deux véhicules ne peuvent pas se croiser. Ca monte cahin-caha. Le coca se vide très vite, la chaleur devient caniculaire. Les parois du Canon del Pato sont terrifiantes car immensément hautes et profondes, très instables et la piste ne permet jamais de rouler à deux véhicules de front.

On est vraiment petit petit ! Les tunnels sont avalés du 13ième au 48ième, au début avec beaucoup de prudence et de crainte, la frontale allumée ; puis, les véhicules étant toujours plein phares et avertissant, le franchissement devient un jeu car tout le monde est très attentif, le moindre accrochage pouvant vite devenir catastrophique. Lorsque le Canon se termine, la vallée s'élargit, et la route devient ... asphaltée ! Que c'est bon pour le dos de ne plus sentir les coups pointus des cailloux. Les champs font leur apparition avec de la polyculture (avocats, maïs, pommes de terre ...), quelques petits troupeaux de brebis et de chèvres. Longues montées ... chaleur étouffante.

La bifurcation vers Mato est laissée à droite. Caraz, le gros village, but de cette étape, apparaît avec, à gauche, les sommets enneigés du Nevado Pisco et des Nevados Huandoy qui se cachent un peu derrière les nuages. Un très bel Hostal me tend les bras. Je négocie un peu le prix. Deux nuits, ce doit être nécessairement moins chers que deux fois une nuit (2 x 30 = 50 soles, pour ... moi). Soif, faim, douche ... Tout est bien.

Grande étape que ce Canon del Pato, même si, au plan paysager, en accord avec Hervé, ce n'est pas exceptionnel comme par exemple les vallées argentines et chiliennes que j'ai traversées il y a un an. Les 48 tunnels sont vraiment un chantier titanesque surtout lorsqu'on imagine les moyens utilisés pour les creuser. Peut-être le ciel va-t-il me permettre quelques belles photos des cimes enneigées tout là-haut à plus de 5000 mètres, pour rêver ?

Yuracmarca - Caraz 58 km 6h30 - 13h30 +1290 m -350 m maxi 2284 m

 

28 septembre - Caraz ... un feu d'artifice quotidien ..

A Caraz, c'est une réalité. Mais, on ne voit rien. Il y a une entreprise qui fabrique des feux d'artifice. Tous les soirs, la petite ville de Caraz est assommée de grands coups d'explosifs mais sans voir quoi que ce soit. Angoissant lorsqu'on ne sait pas, plutôt rassuré lorsqu'on a vu l'entreprise, pignon sur rue. Caraz est un balcon pour contempler les faces enneigées et glacées des Huandoy.

Ce matin, ciel bleu. La vue est magnifique avec même un aperçu des deux sommets du Huascaran. La petite ville se réveille au bruit des petits triporteurs, ces motos quatre temps équipées d'une banquette arrière avec capote intégrale et porte-bagage arrière qui sert souvent à deux ou trois personnes supplémentaires debouts, ou à transporter des colis hors norme. Quelques voitures-taxis, des collectivos - ces minibus souvent en surcharge, sont en attente de clients dans un parking près de la plaza de Armas. Changement à noter : Caraz est une ville propre, du moins pour le centre. Les rues sont balayées à l'ancienne, avec un balai. Un gros marché se tient près de l'énorme église qui domine la plaza de Armas. Le marché semble toujours ouvert et occupé. Les gringos sont, bien sûr, remarqués et gentiment moqués. Le costume traditionnel est surtout porté par les femmes, toujours très coloré, avec sur la tête - à la différence de l'Equateur - un énorme chapeau très haut qui fait un peu haut-de-forme. Les prix du marché ne semblent pas plus avantageux que ceux des boutiques trouvées dans les rues. Une rue Villar ! Décidément ce nom se trouve dans beaucoup de pays. J'entends mon prénom ! Ce sont Jean et Eve, le couple slovaque qui a suivi le même itinéraire à vélo. Leur ami Handy a déclaré forfait. Je m'en doutais un peu lorsque j'ai vu son vélo équipé de tout petits pneus, et la piste très dure remontée au Canon del Pato. Ils sont fourbus. Pour changer un peu, ils prévoient un trek de quatre jours dans la montagne.

29 septembre - Laguna Paron ... double ration pour le Mulet

Superbes, ces lacs d'altitude à 4000 mètres. La Laguna Paron est de ceux-là. La vue d'une photo truquée (je ne l'ai su qu'après) à l'hôtel Laguna Grande où j'étais, avec la légende "Alpamayo" belle pyramide au fond de la Laguna Paron, m'a vite fait décider de la balade d'aujourd'hui. J'ai prévu de combiner une montée de 19 km en voiture jusqu'au village Paron puis 15 km de vélo tout-terrain puis la descente totale en vélo des 34 km plus une quinzaine de kilomètres asphaltés jusqu'à Yungay. Ca "doit le faire" comme on dit dans les Hautes-Alpes.

Rendez-vous a été pris hier avec un chauffeur de taxi à 6h30. Je regarde bien l'itinéraire (piste ...) de montée du taxi puisqu'il faut que je le prenne à la descente en vélo. Toute la montagne est travaillée : cultures multiples (maïs, pommes de terre, poireaux, choux ..., fleurs !), bétail très varié (moutons, chèvres, poules, cochons, vaches, ânes ...), plantations d'eucalyptus. La pente est toujours aussi redoutable : toute la terre se travaille sans moteur. Les habits traditionnels sont bel et bien portés tous les jours. La voiture s'arrête au bout du village. Une heure de montée. J'ai harnaché le vélo avec le minimum mais c'est quand même quelques kilos, le reste attendant à l'hôtel. Il s'ensuit 15 km de piste d'enfer qui s'enfile en zigzag dans une gorge relativement étroite (la quebrada). Tout roule sous les pneus Marathon. L'équilibre est à la limite car ça monte très fort. Je dois me pencher plus que d'habitude sur le guidon pour éviter que la roue avant se lève. Je fais le point avec ma tablette magique pour savoir si je suis bien sur le bon itinéraire : on attend le positionnement des satellites pendant 40 secondes, puis - milagro - le point bleu du positionnement GPS apparaît, pile sur la piste, avec l'habillage en trois dimensions par les photos Google Earth. Un monument de technologie ce résultat, lorsqu'on connait tous les défis qu'il a fallu résoudre ! Trois heures après, le but est atteint. Surprise, le niveau d'eau de la Laguna Paron a été abaissé d'environ 70 mètres (les couleurs des rochers en attestent) pour éviter une trop forte pression sur la moraine qui ferme le lac, moraine qui prend naissance au glacier du Huascaran Nord. Pas de chance, les nuages (blancs certes) sont de sortie et emmitouflent au trois quarts les pointes des Huandoy et les sommets voisins dont la fameuse pyramide dénommée faussement sur la photo Alpamayo. Le paysage de montée vaut au moins autant que le spectacle de la Laguna. On est ici dans le parc national du Huascaran (ticket de 5 soles).

La descente des 34 km s'est faite freins serrés crissants, le vélo pliant de tout son cadre mais retombant toujours bien sur ses pattes. Costaud le Monsieur ! L'asphalte, mais ... quel plaisir, ça glisse tout seul, le vélo ne dit rien. Rien à voir avec les rétablissements infligés au Mulet pendant cette longue et douloureuse descente. 14 h à l'hôtel de Caraz. Je mets toutes les sacoches. Direction Yungay, quelques 15 km plus loin que Caraz. Un petit clin d'oeil au passage sur ma gauche vers le Huandoy qui apparaît sous un angle différent. Yungay, ville toute neuve, reconstruite après la terrible catastrophe de 1970 qui a fait de 10 000 à 20 000 victimes selon les sources.

Caraz - Laguna Paron - Yungay 72 km vélo +1120 m vélo - 1825 m vélo

30 septembre - Yungay, ville martyre

En 1970, j'étais étudiant à l'Université de Bordeaux. Un Péruvien était dans mon année. On parlait souvent de montagne. En juin, il m'annonça qu'une tragédie s'était abattue dans les Andes, dans son pays, faisant des dizaines de milliers de victimes. Je crus qu'il plaisantait. Aujourd'hui, j'ai visité l'emplacement de l'ancienne ville de Yungay, terrassée par des laves torrentielles venues du Huascaran à la suite d'un très violent tremblement de terre (intensité 7.8) qui eut lieu le 31 mai 1970. Il ne reste rien que des débris apparents dont un bus uniquement reconnaissable par la ferraille, un morceau de mur de l'église. Des croix tombales un peu partout, probablement à l'emplacement des maisons. Tout a été laissé en l'état sans fouilles. La ville a été reconstruite en contrebas versant Nord. Un imposant cimetière a été bâti tout en hauteur, en forme de monument pyramidal circulaire, renfermant les victimes retrouvées, avec un étage par quartier. Le tout est surmonté d'un immense Christ, les bras ouverts, regardant le Huascaran. Emouvante, bien sûr, une telle vision. Mon ami péruvien avait donc dit vrai. On comprend mieux, dès lors, les précautions et la surveillance active des moraines qui retiennent les lagunas d'altitude ...

Des chants et des bruits de pas martiaux : ce sont les apprentis policiers de l'école de Yungay qui arpentent la ville. Mon hôtesse Rusula m'a servi un petit-déjeuner avec un verre de vrai jus d'orange, une tortilla, une marmelade maison, un vrai café "muy rico". Du coup, je vais rester une nuit de plus. L'hostal Gledel que tient Rusula m'avait été recommandé par Hervé de Berteretche. Il accueille pas mal de travailleurs. Dans la famille de Rusula, tout le monde est dans l'enseignement. Je croise des tchèques en camping-car qui viennent du Canada et comptent aller jusqu'à la Terre de Feu ...

Le vélo a été inspecté. Les freins ont pas mal souffert hier. La chaîne a été un peu brossée et huilée. Le dérailleur devient un peu fainéant en réagissant un peu à retardement. Espérons que tout ce matériel qui commence à en avoir vu pas mal, continuera à remplir les services demandés. L'itinéraire classique pour gagner demain les Lagunas Llanganuco m'a été déconseillé par la tenancière de l'Hostal Gledel car trop chaotique pour le vélo. Je prendrai donc l'itinéraire de Rusula demain aux aurores. Mais ... le temps s'est fortement couvert. Je comptais monter en vélo aujourd'hui sur les montagnes d'en face les deux Huascaran (coté Cordillère Noire) pour prendre des photos. Inutile ! La guigne de l'Equateur serait-elle encore active au Pérou ?

1er octobre - Keushu, Llanganuco ... mais le Huascaran est resté caché !

Une belle boucle réalisée ! Et pourtant, je ne comptais pas trop partir. Hier soir, j'étais au lit. On tape à ma porte : "Lluvia !" La pluie se met à dégouliner de partout. Je mets mon vélo dans un coin un peu à l'abri. Ce matin, 6 h, le ciel a l'air assez serein. Des nuages certes mais pas de pluie. Mais, le miracle ne s'est pas produit. Les Huandoy et autres Huascaran n'ont pas daigné sortir leur écharpe blanche de toute la journée.

J'ai finalement fait une boucle comme me l'a recommandé Rusula. La montée s'est faite par le Nord en allant rendre visite d'abord à la petite, toute petite, Laguna Keushu (il n'y a presque plus d'eau), puis en pénétrant dans la Quebrada de Llanganuco, un peu à la façon de la laguna Paron. Péage bien sûr (5 soles soit moins de 2 euros - on ne se ruine pas) à l'entrée du parc national du Huascaran. Puis, longue montée très chaotique - même pour les véhicules à moteur -, sur la rive droite, avec force lacets très ingénieusement tracés. L'arrivée à la laguna Llanganuco Chinancocha se fait à la façon dont on ouvre une fenêtre : enfin ... on respire mieux et ... ça ne monte plus sur ces satanés cailloux et rochers. Seul là-haut, émerveillé par la couleur vert émeraude des eaux, je poursuis un peu le long du lac pour peaufiner les angles de prise de vue. Comme à la Laguna Paron, on trouve les très beaux et originaux petits arbres quenual qui se caractérisent visuellement par un tronc à l'écorce très rouge et très effeuillée.

La montée des 31 km a été très longue, un peu plus de cinq heures de piste. Je redoutais la descente pour le vélo. Les freins toujours serrés, elle a presque duré autant que la montée. Après 10 km, j'ai opté pour la piste classique de montée des véhicules, traversant des villages très typés avec même une fiesta qui m'a permis de boire la chicha, une boisson non alcoolisée à base de maïs : très agréable quand c'est frais. Dans un autre village, des ébénistes refaisaient la double porte d'entrée de l'église : du joli travail de sculpture dans du cèdre. Mais, surtout, au cours de cette descente, j'ai pu bien voir le cheminement des laves torrentielles depuis les pans glacés du Huascaran (Nord) jusqu'à la localisation de l'ancienne ville de Yungay. La piste ne laisse place au béton des rues que dans le centre de Yungay. Tout d'un coup : le vélo ne dit plus rien, la selle devient presque confortable, les mains se relâchent ... On est arrivé ! Une performance correcte avec près de 2000 mètres de dénivelée positive sur piste à 4-6 km/h, et à peu près autant en descente. Curieux : je n'ai presque pas bu et n'ai pas eu soif. Ce soir, je n'ai même pas pris la bière habituelle mais ... le poulet/frites/salade, oui !

Yungay - Laguna Keushu - Laguna Llanganuco Chinancocha - Yungay 63 km +1980 m -1912 m maxi 3900m

2 octobre - Les Huascaran lèvent un peu le voile ...

Je suis parti de Yungay avec un cadeau ! Rusula m'a offert un bonnet tricoté par elle, avant qu'elle ne perde son bras droit. Avec son mari, elle a tenu à saluer mon départ.

La route asphaltée est un régal. Le ciel est toujours un peu couvert, surtout à ma gauche (altitude de +6000 m oblige). Je me mets à maudire ce Huascaran. Un menuisier rabote un montant de fenêtre un peu voilée, sur des tréteaux, dehors. Beaucoup de bétails dans les champs mais en tout petits troupeaux.

Un coup d'oeil à tout hasard vers la gauche : inouï ! Sa majesté Huascaran montre le bout du museau. Avec la chaleur du soleil, la condensation diminuant, les glaces sommitales luisent. Ce n'est pas le grand beau, mais les deux sommets Sud et Nord sont capturés dans le petit boitier Sony. Carhuaz n'est pas bien belle. Cette petite ville est en fête mais l'accueil fut bien meilleur partout au Pérou jusqu'à présent. Ce qui frappe, en y entrant, est le peu de propreté des trottoirs et des caniveaux. Trouver un hébergement n'a pas été commode. Je me suis arrêté à Carhuaz en raison de l'accès à Olimpico, ce passage d'altitude qui vient d'etre totalement réaménagé avec une route goudronnée et un tunnel à 4750 m.

Dernier jour de fête aujourd'hui à Carhuaz. De très nombreuses bandas avec des danseurs très colorés parcourent la ville en tous sens, et se replient ensemble à la plaza de Armas pour s'exécuter dans l'église de la ville, chacune à tour de rôle. Un vaste marché occupe toutes les rues, très surveillé par la police. De gros nuages gris/noirs s'accumulent venant du sud-est. Subitement, c'est l'averse, provoquant une petite panique chez tous les camelots pas très équipés. C'est le sauve-qui-peut dans tous les sens. Pas de parapluie. Les beaux chapeaux de ces dames sont recouverts de sacs plastiques. On ne voit plus grand chose dehors lorsque le tonnerre se met lui aussi à la fête. Heureusement, la pluie ne dure pas trop longtemps. Les rues sont jonchées de légumes et de fruits. Les balais sortent. La musique des bandas reprend. Ce soir, la Plaza de Armas est noire de monde.

Yungay - Carhuaz 30 km 8h - 11h +391 m -219 m maxi 2515 m

 

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(en fonction de votre connexion il faut baisser la qualité de la vidéo en cliquant sur la petite roue en bas à droite)

3 octobre - Paso Olimpico, le plus haut tunnel du monde !

Il faut se l'attraper ce tunnel. Il est à 4730 m avec une énorme pancarte prétendant que ce serait le tunnel le plus élevé en altitude. Partant de Carhuaz (environ 2500 m), il faut monter la différence sur 53 km. J'ai gambergé pas mal pour savoir s'il était raisonnable de tenter le diable. Hier soir, le ciel était couvert de gros nuages, avec de la pluie puis les grondements du tonnerre. N'est-ce pas un peu long ? 53 km, c'est juste la montée ; il faut revenir. Combien de temps durera cette montée ? ... Ce matin, à 6 h, le ciel avait l'air de me faire signe de partir. J'avais repéré la veille la sortie de Carhuaz mais ... j'ai voulu prendre un raccourci et suis tombé dans une espèce de bidonville qui puait l'urine. La route est trouvée. En piste pour essayer de grimper les 50 km qui mènent à ce tunnel. Mais, avant ... normalement, belle vue sur le profil Sud-Ouest des Huascaran, si ... les écharpes de nuages sont sorties.

Chance ! Est-ce la pluie et le tonnerre d'hier soir ? Ce matin, je peux voir les deux Huascaran dégagés bien que pas très éclairés - il est entre 6 h et 7 h. La route est magnifique : asphaltée, pente régulière, très peu de trafic. Et ce sera comme cela jusqu'en haut, sauf ... 8 km à hauteur de plusieurs villages qui se touchent dont Shilla. Difficile de comprendre que l'on ait fait une route superbe sauf pour les portions habitées où, là, on retrouve les vieilles pistes caillouteuses avec toutes les déjections qui dégoulinent de partout. Sinon, cette toute nouvelle route tracée avec des pentes raisonnables (6-8% la plupart du temps), asphaltée, deviendra à n'en pas douter, une classique des courses cyclistes au Pérou.

La montée m'a fait penser au Galibier versant sud. Après les villages, on entre dans une quebrada exactement comme pour les lagunas Paron et Llanganuco, avec passage au contrôle du parc national du Huascaran. Puis, la vallée s'élargit pour donner naissance à ce que dans les Pyrénées on nommerait des oulettes - grandes prairies d'altitude façonnées par les glaciers avec un torrent qui déambule. Beaucoup de bétails (vaches, ânes). On laisse derrière soi les Huascaran pour grimper le dernier raidillon, une kyrielle de lacets sur 10 kilomètres, plus impressionnants à voir que redoutables. J'arrive à 13 h soit tout de même 6h30 de montée.

Un bout de biscuit, une banane, un petit coup de Coca cola, la descente est vite entamée car, toujours au Sud-Est, les nuages commencent à devenir vilains. Un quart d'heure plus tard, les premières gouttes. Poncho ? Il y a du vent donc ça ne devrait pas durer. Au fur et à mesure de la descente d'altitude, le temps devient meilleur. Descente roulante car le trafic est quasi nul. Un peu de gymkhana dans les pistes des villages. Je me fais surtout remarquer par les freins qui couinent. Les sommets sont à nouveau dans les nuages. Arrivée à Carhuaz à 15 h. Inespéré !

Carhuaz n'était pas une cité très engageante. La fiesta est finie. Elle devient presque sinistre. Pas un restaurant digne de ce nom. Pourtant, il faudra bien manger ce soir après cette étape qui sort un peu de la norme !

Carhuaz - tunnel du Paso Olimpico - Carhuaz 106 km 6h30 - 15h   +2012 m  -1949 m   maxi 4130 m

4 octobre - En petite vitesse pour Huaraz

Pas fâché de laisser Carhuaz. La route qui mène à Huaraz, loin pour moi d'être tranquille, est très étroite. Comme d'habitude, bus, collectivos, camions vont à fond de train. Les chiens ont toujours besoin de prouver qu'ils gardent bien leur patron. On longe toujours le Rio Santa (qui alimente le Canon del Pato). Beaucoup de flemme ce matin. Tous les prétextes sont bons pour s'arrêter : village perché, église, une photo de plus des Huascaran un peu endormis, relief de crêtes lointaines au soleil levant et, plus insolite dans ces lieux, un aérodrome avec une vraie tour de contrôle mais sans avion.

Je profite de ma flemme aiguë pour mettre de l'huile sur la chaîne qui ne cesse pas de couiner. Même le vélo n'a pas très envie de rouler : les vitesses ne passent plus que par deux et en net retard. L'entrée dans Huaraz se devine, il n'y a pas de panneau. C'est bien une très grande ville (plus grande que l'agglomération de Pau !) tout en longueur. Je cherche Jo's hotel dans Independencia district que m'avait recommandé Hervé des Hautes-Alpes. Personne ne connait. Je file à la Plaza de Armas pour interroger l'Office du tourisme. Carte en main, la direction est claire : six quadras tout droit au Nord, deux quadras à l'Est.

Une porte métallique, un tout petit trou pour passer la main et ouvrir la porte, une sonnette à 2 mètres. L'accueil est très agréable mais ... beaucoup de cyclistes sont là dont au moins trois que j'ai déjà rencontrés : le couple suisse et Handy, celui qui a dû déclarer forfait au Canon del Pato. Il n'est toujours pas très bien et rejoindra Lima en bus. J'en profite pour faire laver mon costume de pédalage, puisque je reste là deux nuits. Je paierai en partant m'a-t-on dit, combien ? je ne sais pas. La rue principale (qui prolonge la Panam) est bouclée par la police. Surprise. Le vélo passe bien sur. Une manifestation en musique et chansons : ce sont des enfants avec leurs maîtres qui, pancartes dressées, clament qu'il faut protéger l'eau, que l'eau c'est la Vie. Le centre-ville est propre, à la différence des quarante kilomètres de route entre Carhuaz et Huaraz. Devinez ce que j'ai mangé ce soir ? ... de la vraie purée !

Carhuaz - Huaraz 45 km 7h - 12h +498 m -119 m maxi 3090 m

 

5 octobre - Huaraz, la fourmilière

Même la nuit, ça tonne de tous cotés. Renseignement pris, les petits villages à l'entour de Huaraz, sont en fête et tirent des charges creuses qui explosent comme le feraient des feux d'artifice ... à n'importe quelle heure de la nuit. A 6 h, les bandas arrivent. La musique résonne dans la ville jusqu'à la nuit tombée. Vers 10 heures, c'est une nouvelle manifestation des élèves des écoles, de la grande maternelle au collège, avec costumes spécifiques à chaque école, pour vanter les bénéfices du sport. Tout cela se passe dans une ambiance bon enfant.

Le marché central est sous abri, organisé comme souvent par commerces du même type. Mais c'est la rue centrale qui reste la plus fréquentée avec, et c'est assez original, des arcades de part et d'autre sur des centaines de mètres qui donnent accès aux boutiques les plus variées, dont de très nombreuses agences de trekking proposant toutes sortes de combinaisons (de la visite en voiture aux grandes courses d'alpinisme ou aux treks de quelques jours avec les ... ânes). Beaucoup de mendicité mais aussi des personnes qui viennent se poser sous les arcades pour essayer de vendre leurs quatre biscuits faits maison à un prix ... nettement supérieur à ceux des pâtisseries. On a l'impression de faire une bonne action en achetant ainsi.

Passage chez le coiffeur ! Ca commençait à peser sur le vélo ! Les coiffeuses étaient curieuses comme des pots de chambre avec les questions classiques adressées au gringo. Au total, les Français restent des gens sympathiques d'après ce que j'ai pu entendre. Mon nez et mes cuisses pèlent fort ! Plus que quelques jours sous le ... soleil, comme dans le Sud-Ouest (de la France) semble-t-il !

A la plaza de Armas, la cathédrale est en construction depuis une quinzaine d'années, m'a-t-on dit. En attendant, les cérémonies ont lieu dans l'église juste à coté. Le musée d'Archéologie était ouvert. On se rend compte de la diversité des cultures (civilisations ?) qui ont marqué le Pérou, bien avant les Incas.

Préparant les "vivres de course" pour demain, j'ai voulu acheter trois bananes à une marchande de coin de rue : ce n'était pas assez ! Je suis allé voir la voisine, toute contente de vendre trois bananes et quatre pommes. Journée de repos. J'ai à nouveau huilé un peu la chaîne. Demain, dernier grand jour d'altitude.

6 octobre - Caramba ! ... quelle saucée j'ai pris !

Je coyais qu'il n'y avait que dans l'Oreille cassée de Tintin que ce mot existait ! Non, je l'ai entendu aujourd'hui à Recuay dans la bouche d'un Monsieur qui m'interrogeait sur mon parcours, et qui a lâché "Caramba" comme nous dirions "Ca alors !". J'étais arrêté devant ce qui serait normalement une salle dans une grotte avec stalactites et stalagmites, mais qui, là, était à ciel ouvert, comme si on avait une carrière sculptée. Surprenant ! Le Monsieur Caramba m'a dit avoir envie d'aller à Lima à vélo ...

Journée très, très humide pour atteindre les 4050 m de la Laguna Conococha tout au bout de la Cordillère Blanche, au Sud. C'est dimanche, donc le trafic n'a pas été dense, heureusement. Le poncho a été de sortie une nouvelle fois, mais cette fois ce n'était pas pour rire comme disent les enfants. Même le tonnerre a été plusieurs fois de la partie. Le ciel était gris-noir. Le plafond des nuages se rapprochait au fur et à mesure que je montais, et ... j'ai fini par y plonger dedans.

Conococha, c'est aussi un tout petit village (4105 m) qui surplombe l'immense lagune. J'ai du m'y arrêter car, non seulement, il pleuvait dru mais il a grêlé et même un peu neigé ! J'ai eu juste le temps de mettre un tout petit peu mon vélo à l'abri lorsque la grêle puis la neige sont tombées. A 4000 mètres, ce n'est pas trop surprenant. Une soupe m'a réchauffé un peu, mais pas de chambre possible à Conococha. Il faut descendre à Santa Rosa, m'a-t-on dit. Descendre, oui, car c'est le grand saut vers le Pacifique maintenant : 4000 mètres de dénivelée négative depuis Conococha. Un régal, sauf que, là, il grêle, il neige, il pleut : la totale. Que faire ? Rester bloqué là-haut ? impossible même de planter la tente quelque part par ce temps. Donc, j'entreprends par force de descendre à ... Santa Rosa (15 km environ) tout encapuchonné.

Le vélo était déjà trempé, ce sera maintenant les chaussures. Le poncho, c'est bien mais totalement inefficace pour les jambes et les pieds. Les freins ... pas terribles du tout avec ce temps : il faut anticiper beaucoup car impossible de s'arrêter. Ils font un drôle de bruit à l'arrière. Santa Rosa ... aucune chambre possible. La guigne ! Avec ce temps pourri. Je continue, trempé pour trempé, quelques kilomètres de plus. Ca descend fort maintenant dans une vallée très étroite. Pas de ville avant le Pacifique. Je finis par voir un Monsieur tout dégoulinant qui me dit avec l'assurance d'un employé d'office du tourisme que, bien sûr, il y a des chambres dans le village un peu à l'écart, Mayorarca. J'arrive vers l'église et bute rapidement sur la fin des maisons. Deux dames papotent, un peu abritées dans la rue boueuse à souhait : "Une chambre ?" "Là, en face". Pas très engageant, mais au moins je serai à l'abri.

Le vélo est remisé au rez-de-chaussée. Je monte des escaliers quasi verticaux en terre cuite, passe sur des planches, me fais saigner le crane en franchissant une porte très basse (j'avais toujours le poncho ...) et trouve une pièce avec un lit, au sec. Ce sera mon cinq étoiles d'aujourd'hui ! Dehors, il pleut comme jamais ! ... J'inspecte les freins. Les patins à l'arrière sont usés jusqu'au métal. Le fer du patin touchait la jante. Pas bon du tout. Heureusement que j'ai un jeu de patins de remplacement. Ca me rappelle ma traversée de Thonon à Nice où, lors de la descente du col de la Bonnette dans des conditions semblables, j'avais tellement dû serrer les freins que le fer du patin arrière avait fini par découper la jante ...

Je suis maintenant définitivement en-dessous des 4000 mètres. Est-ce que demain la pluie aura cessé ? Vu comme c'est bouché partout, ce n'est pas gagné d'avance. Il me reste à voir si je peux trouver à manger. Sinon, j'ai toujours ma boite de thon en réserve depuis ... Quito.

Huaraz - Mayorarca 105 km 6h30 - 16h +1265 m -1043 m maxi 4105 m

7 octobre - La descente vers le Pacifique, ça sèche !

Grand beau ce matin ! Inespéré. Finalement les sacoches ont bien tout préservé malgré les pluies diluviennes reçues hier. Le problème, ce sont les chaussures. Impossible de faire sécher, donc chaussettes mouillées et chaussures mouillées ce matin. Photo souvenir de mon hôtesse qui avait mis son costume traditionnel pour honorer mon départ.

Beaucoup d'ouvriers attendent sur les bords de la route le passage du bus ou du camion qui les transportera jusqu'au lieu de travail. Que la montagne est belle, éclairée pour faire mieux apparaître ses reliefs ! La vallée du Rio Fortaleza est ponctuée de villages. Plus on descend en altitude, mieux apparaissent les immenses étendues désertiques. Seuls les abords du Rio sont verts. Beaucoup d'irrigations très intelligemment conçues conduisent l'eau à une vitesse maîtrisée vers les prés, vers les champs, vers les jardins potagers. A noter qu'il n'y a pas d'irrigation par aspersion, le système par ruissellement étant de loin plus efficace.

En arrivant sur la plaine côtière, le système de culture change totalement avec d'immenses étendues de maïs et de canne à sucre. Mon vélo présente un peu de fatigue dans le freinage (malgré le changement des patins à l'arrière, hier soir) et dans les passages de vitesse. Par précaution pour la machine, je suis descendu à l'économie sur les 40 premiers kilomètres puis le "solde" (quelques 80 kilomètres) a été parcouru tranquilou pour d'abord joindre la panaméricaine, ensuite bifurquer vers Barranca, une assez grande ville proche de l'Océan Pacifique. Plus que d'autres jours, les chiens ont essayé de me faire peur. Ils ont réussi en partie lorsqu'ils s'y mettaient à trois. Sinon, la technique est de leur faire face, d'attendre qu'ils approchent un maximum pour leur flanquer un coup de pied dans la gueule. C'est hardi, mais ça marche.

Pas fâché de descendre au niveau de la mer après ce long mois de vélo. Quatre jours de vélo-pépère m'attendent pour joindre Lima.

Mayorarca - Barranca 125 km 7h - 14h +96 m -3174 m maxi 3200 m

8 octobre - Caral -2000 à -2600 avant J-C

Des piles d'assiettes en forme de pyramides ... Je ne pouvais pas ne pas aller voir ce qui a été identifié comme le témoignage de la première civilisation américaine. Le site archéologique de Caral comprend six pyramides qui présentent un dernier étage plat. La visite approfondie ne peut se faire qu'à pied, dans le sable. On a une vision panoramique dès l'entrée sur le site qui se trouve dans une zone désertique. Ainsi, au lieu des 45 km prévus, j'en ai fait 107 aujourd'hui dont 62 km de piste. Parti de Barranca, on prend la direction Sud vers Supe puis, plein Est, une piste pour atteindre le village de Caral, et, de là, une nouvelle piste qui se termine dans le sable. Impossible de poursuivre en restant sur le vélo. Dès l'abandon de la voie goudronnée, on entre dans la culture irriguée à grande échelle : canne à sucre, maïs, mais aussi asperges et fraises.

Les fouilles sont en cours. Peu ou pas d'indications pour guider les gens, même aux bifurcations obligatoires. Assurément, ce site de Caral est promis à un bel avenir touristique. Retour par la même piste très chaotique, puis panam jusquà Huacho.

On trouve, comme au Sud de Lima, beaucoup de propriétés privées en bordure de l'océan Pacifique dont des exploitations industrielles de volailles. A Huacho, grande ville, j'ai eu la chance de tomber dans un hôtel où le propriétaire est un amoureux de la petite reine. J'ai eu droit à une portion très avantageuse de chicharons de calamars et de poulpes. J'en aurai pourtant mangé le double. Plus que trois jours de pédalage pour atteindre Lima, trois étapes normalement plutôt courtes. On lève un peu le pied ...

Barranca - Caral - Huacho 107 km 7h - 15h +548 m -590m

9 octobre - Désert, propriétés ... privées

J'ai eu du désert de sable durant les trois quarts du parcours Huacho - Huancay, avec des montées insidieuses. Ca montait très peu, mais avec les plus de 100 kg à transporter, la moindre pente à trois degrés pousse à l'humilité : 7 km/h et pas plus sinon c'est vite l'asphyxie ! Alors, le désert "presque plat" devient vite une galère, d'autant que la route est toute droite et que j'ai été ... dans le brouillard et le petit crachin typiques de la côte Pacifique.

La sortie de l'hôtel fut rapide. A 6h30, mes sacoches sont prêtes. Je sors de la chambre et dis bonjour à la personne qui assure l'accueil. Pas de réponse mais une moue qui en dit long. Manifestement, le l'ai surprise. Du coup, je comprends qu'il faut que j'évacue vite. Mes sacoches ont été prestement descendues dans la rue par ladite veilleuse de l'hôtel. Adishatz ! 10 km plus loin, juste après le péage, je m'arrête pour manger un peu, en demandant deux oeufs frits : pour toute réponse, je reçois un "dos solares" presque véhément. Du coup, ça m'a accéléré le coup de fourchette ! C'est curieux comme les gens sont vraiment très surprenants parfois.

Le désert de sable de part et d'autre de la route, long, long, tout en ligne droite dans un brouillard qui est devenu du crachin, à petite vitesse : c'est fatiguant ! L'océan Pacifique se devine à peine, à droite, souvent masqué par les énormes installations d'élevage de poulets, pitées dans le sable. On dirait un "mur du Pacifique". Quand il n'y a pas de bâtiments d'élevage, on voit défiler des grands panneaux "concessions minières". On se demande où se trouvent les espaces accessibles au public ...

J'ai avalé la boite de thon achetée à Quito. Je crois que je n'ai pas assez mangé ces derniers jours. Chancay est une ville presque méconnue sur internet, avec pourtant plusieurs dizaines de milliers d'habitants. Direction la plaza de Armas comme toujours. Je trouve un hôtel confortable. Mais les prix augmentent à mesure que l'on s'approche de la capitale Lima ...

Huacho - Chancay 71 km 7h - 15h +571 m -570 m

10 octobre - Corniche Pacifique ... exceptionnel !

Imaginez une dune de sable de plusieurs centaines de mètres de hauteur et d'une vingtaine de kilomètres de longueur, qui longe l'océan Pacifique. Le brouillard ajoute à l'insolite. Une très belle chaussée goudronnée a été tracée, en corniche, dans des pentes telles que des engins de chantier doivent en permanence évacuer le sable pour permettre le passage des ... camions. Et des seuls camions ! Interdits les voitures et les vélos. Situation probablement unique au monde.

C'était trop tentant. J'ai pris cette route avec crachin et brouillard. Exceptionnel ! Mais il vaut mieux regarder vers l'océan que vers les tonnes de sable qui vous dominent. C'est plus ... rassurant. La route épouse toutes les ondulations sculptées par le vent. L'océan écume en s'écrasant en boucles contre la dune. Quelques kilomètres et l'on aperçoit en contrebas un ensemble bâti qui est surprenant au plan architectural par les matériaux, les formes, la composition, et par la population qui l'habite, des végétariens d'après ce que m'a dit Kike. C'est repéré sur les cartes par Eco Yoga villages. L'accès se fait depuis Pasamayo.

En sortant de cette merveille paysagère (mais contresens écologique), on apprend par le péage demandée, que c'est une route sous concession. On tombe alors sur des tanks, des canons de la Marine péruvienne. On est entouré de propriétés militaires. Instinctivement, j'ai enfoncé mon casque un peu plus sur ma tête. Quelques kilomètres plus loin, toujours sain et sauf, j'arrive au village d'Ancon, puis à Santa Rosa où j'ai décidé de me poser. Pas d'hôtel, pas de wifi. Un hospedaje m'accueille. Comme souvent, avant de payer, la douche est toujours chaude ; comme souvent, après avoir payé, l'eau chaude doit arriver ... plus tard ou jamais. Pas fâché d'être à quelques dizaines de kilomètres de Lima. Demain ... l'arrivée !

Chancay - Santa Rosa  40 km  7h30 - 12h  +124 m  -160 m

11 octobre - La terreur de l'entrée dans Lima

Plus on s'approche des capitales andines plus l'adrénaline monte chez le cycliste. Après avoir laissé sans regret ma douce habitation de Santa Rosa, me voilà dans le feu de l'action, non pas pour pédaler (c'est devenu une deuxième nature) mais pour lorgner les dangers potentiels afin de les éviter. La panam s'élargit de plus en plus, le nombre de véhicules croît sans cesse, au fur et à mesure que l'on s'approche de la capitale. Rien de bien original : on arrive à Lima, comme on arrive à Quito, comme on arrive à La Paz, comme on arrive à Santiago du Chili, pour ces capitales que je connais. C'est la guerre, déclarée par le plus faible (le cycliste) au plus fort (les véhicules). Je refuse d'aller toujours dans le sable du bas-coté de la chaussée goudronnée, même si parfois le monstre qui arrive est tellement énorme que je me dois d'y plonger. Résultat : je me fais frôler à de nombreuses reprises mais une fois tellement prêt que le coup de poing est parti dans le minibus. Ouf ! Ca fait du bien même si ça ne sert à rien.

Cahin caha, j'arrive tant bien que mal à l'aéroport international (après trois points GPS cartographiques qui m'ont évité de grosses erreurs) pour confirmer mon départ le 13, comme c'était demandé. L'aérogare est bondé. Je suis un OVNI avec mon vélo harnaché au milieu de tous ces gens. Le comptoir LAN (compagnie chilienne) est en vue. Pas besoin de confirmation pour l'enregistrement, me précise-t-on ; il faut se présenter trois heures avant l'heure indiquée. Et le carton pour le vélo ? Il suffit de le faire emmailloter dans du film plastique. Dehors, on m'indique qu'il y a des jeunes qui font ce travail deux fois moins chers qu'à l'aérogare.

Rassuré, je file chez Kike et Miriam qui m'avaient reçu il y a trois ans lors de mon parcours Lima - Santiago, le meilleur gite jamais trouvé en qualité d'accueil, de confort, de services (à recommander http://www.lima1night.com). Re-positionnement GPS cartographique car Lima est en grands travaux d'infrastructures routières, et, avec la poussière, il est très difficile de s'orienter car les noms des rues affichés dans Google Maps ne sont pas toujours les mêmes que ceux indiqués par les panneaux. Pause midi avec chicharons de poisson (le poulet va finir par être jaloux) et ... avocats en mayonnaise ! Enfin, je me décide à goûter ces avocats qui ont une saveur bien meilleure que chez nous, avec la mayo ! Même pas malade !

Le pédalage est fini. Je retrouve la porte de chez Kike. Accueil très cordial. Je porte une bouteille de vin rouge argentin. Et ... le carton ? On file une heure après avec Kike chez un marchand qui recycle les cartons. Rien ne va. Obligé d'en fabriquer un aux dimensions du vélo comme ceux d'Air France : 1,80 m x 0,80 m x 0,20 m. On papote sur le pas du magasin durant deux bonnes heures. Le carton n'entre qu'à moitié dans la voiture de Kike. Pas de problème : de la ficelle pour arrimer la porte de la malle.

Ce soir, je sens un peu de lassitude. Je dois me persuader que je suis bien arrivé. Les grosses inconnues sont finies puisque le Mulet aura bien son carton !

Santa Rosa - Lima (KIKE) 41 km 7h30 - 11h

12 - 13 octobre - Prêt pour le départ ...

... du retour en France. Deux journées de récupération chez Miriam et Kike : écoute de musiques, siestes prolongées, émissions TV Discovery et matches de foot, bonnes nourritures ... Le bonhomme est refait à neuf.

Débats prolongés (et pas toujours faciles avec l'espagnol) avec Miriam et Kike, et ... emballage du Mulet dans le très solide carton qui lui est dédié. Je l'ai un peu démantelé en lui enlevant la roue avant, flanqué une cale pour éviter que la fourche avant se déforme dans les manipulations aux aéroports, dégonflé les pneus pour éviter que la surpression les fasse éclater, démonté le guidon avant pour le ficher contre le cadre, tenu par du collant, enlevé la selle et sa tige pour les caler dans un porte-bidon, inversé les pédales pour éviter la surlargeur, démonté la béquille. Ainsi, le vélo a triste mine mais lui permet d'être bien sage dans son carton, avec comme compagnons de voyage le casque, le matelas, la pompe, les arceaux de la tente, l'écarteur, une sacoche vide. L'ensemble cartonné pèse 22,700 kg. Comme autre bagage en soute, deux sacoches pleines solidarisées par une élastique pour ne faire qu'un bagage de 9 kg, le total du poids en soute ne devant pas dépasser 32 kg. En bagage cabine, la quatrième sacoche pleine et la sacoche de guidon contenant le netbook. Je suis en limite de charge autorisée avec, normalement, un surcoût à payer pour le vélo de 60 à 75 euros ou dollars. Wait and see ... car tout dépendra de l'état mental du moment de l'employé(e) à l'enregistrement. Bisous à tous. A ... demain en France !

14 octobre - Le retour en France : bien arrivés ...

... et moi et le vélo ! Bravo LAN Chile et merci pour l'absence de surcoût à payer pour le vélo. A la différence de l'aller où j'avais dû payer un surcoût vélo de 75 euros. Pourquoi cette différence de traitement alors que le billet était aller-retour ? ... Ca fait toujours partie des mystères des compagnies ou plus exactement de la plus ou moins grande mansuétude de l'employé(e) qui fait l'enregistrement. A l'aller, j'avais eu une employée qui probablement cherchait à faire du zèle (surcoût d'abord de 100 euros puis, après contestation de ma part, surcoût ramené à 75 euros). A Lima, j'avais pourtant un poids cumulé global en soute de 32 kg, j'ai eu droit à un grand sourire et à "Bon Voyage".

Le changement d'avion à Madrid se faisait avec 3 heures de décalage : suffisant pour que le vélo prenne le même avion suivant que moi. A l'aéroport de Blagnac, tout était en ordre : sacoches intactes, carton-vélo en état. Le fiston Thomas m'attendait. Le carton-vélo dépassait un peu de la Clio. Soirée dans la famille de ma fille Laure. La boucle est bouclée le lendemain, avec mon arrivée à Eysus. Le qashqai laissée durant 40 jours chez ma fille, était probablement tout content de retrouver son chauffeur. A la maison, l'énorme frêne du voisin est tombé avec un coup de vent ... chez moi. Milagro  ... aucun dégât !

Merci à toutes celles et à tous ceux qui m'ont soutenu dans ce périple pas trop facile, par leurs messages ou par leurs pensées.

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Chili 2010 - 1

Lundi 24 Mai 2010 : San Pedro de Atacama, ça requinque ! Très agréable petite ville d'altitude au climat vraiment exceptionnel. Jugez plutôt : il fait beau avec un ciel bleu toute l'année ! Le paysage est splendide avec les volcans enneigés à 6000 m. On y trouve ... beaucoup de français dont un restaurateur d'origine toulousaine chez qui je vais manger le soir. Inconvénient de San Pedro : c'est plus cher que n'importe où ailleurs au Chili. J'ai pu trouver une chambre très calme avec douche chaude, et ... très propre. Du coup, j'ai réservé quatre nuits pour 5000 pesos la nuit, soit 8-9 euros. L'avantage est que je peux aussi faire sécher du linge, mettre toute la journée le capteur solaire en fonctionnement (pour les photos ... ca use !), tout cela grâce à une cour intérieure ensoleillée toute la journée. Tout ce qu'on me proposait était à 20000 pesos la nuit ! Ils profitent en fait de l'engouement des toutous pour ce futur Saint-Trop du Chili. Allez-y vite car ça devient déjà le repaire de pas mal de bobos français. ... Après les secousses boliviennes, San Pedro est un hâââvre de calme et de repos !

Mardi 25 Mai 2010 : Un petit tour de ... vélo. Ce matin, je suis parti pour le Salar d'Atacama, et plus particulièrement le lago de Ceja. J'avais vu sur Google Earth de très belles photos de ce site. Pour y arriver, de l'asphalte sur 20 km puis une piste en ... tôle ondulée et sable mou (une douzaine de km) ! Tous les sites sont payants ici mais je suis arrivé plus tôt que le gardien, donc j'ai des sous pour un gâteau et une bière ! En réalité, le lago de Ceja n'a pas de couleurs exceptionnelles, même avec un soleil rasant comme c'était le cas ce matin. Quelques canards, beaucoup de sel bien entendu, ... bôf ... mieux vaut presque voir les photos dans Google Earth. Aussi, après avoir refait la piste à l'envers, je suis allé voir le pueblo suivant : Toconao, situé à une vingtaine de km. ... Pire que tout ! Un village quasiment mort. J'ai cherché en vain un endroit pour boire un coup ou avaler une petite soupe. Le seul bâtiment qui ressemblait à une gargotte était en réalité la caserne des carabineros. Je me suis approché pour avoir una cerveza ... pero... je me suis vite repris à la vue des uniformes. Du coup, j'ai pelé une pomme devant la caserne et ... directo San Pedro où je suis arrivé vers 14h30 pour ensuite une bonne douche. Le temps est vraiment radieux ...

San Pedro de Atacama - lago de Ceja - Toconao - San Pedro de Atacama 124 km, 7h30 - 14h30, +150m -120m

Mercredi 26 Mai 2010 : Les matins sont assez froids à San Pedro comme vous le voyez avec la température affichée par Thomas sur le blog. Mais c'est aussi le gage du beau temps ... éternel ! Combien rêveraient d'avoir du soleil toute l'année sans être privé ... d'eau (et du reste .... ). Ce matin, direction la vallée de la Lune : joli nom, non ? Je suis parti aux aurores pris en charge par six chiens qui ... m'ont adopté et qui m'ont sécurisé pendant au moins 5 km. Toutes les voitures qui passaient étaient prises en chasse par les six chiens qui revenaient ensuite m'encadrer. Sachez-le, à San Pedro, ce sont les chiens qui assurent la sécurite des personnes ! C'était très mignon en fait ! La vallée de la Lune, c'était l'objectif ce matin, une cinquantaine de km aller-retour, goudron puis piste mais très très beau. Surtout que, vu l'heure, j'étais seul avec le soleil qui se levait. Le relief très tranché par le travail du vent et de la pluie (autrefois ?) est tout à fait surprenant sauf pour ceux qui connaissent un peu les Bardenas par exemple dans les Pyrénées espagnoles. C'est ... minéral ... pas le moindre oiseau qui vive, pas la moindre herbe verte. En revanche, des roches sédimentaires travaillées par le sel, du sable, beaucoup de sable, de grands plaques comme bétonnées par le sel ... Il manquait Michel Clin à mes côtés pour identifier tout ce fabuleux paysage sculpté par les ans. J'ai dû payer 1000 pesos au retour (1 euro et demi) lorsque les gardes ont pris le boulot (à 10h). En fond, toujours le panorama un peu magique de ces volcans frontaliers avec la Bolivie et avec l'Argentine dont le volcan Lascar qui a, paraît-il, un cratère encore en activité. San Pedro, c'est fini ce soir ... Un peu de regret tout de même devant ce lieu assez étonnant par bien des aspects.

San Pedro de Atacama - vallée de la Lune 65 km, 7h30 - 12h30, +220 -210m

Jeudi 27 mai 2010 : "Llanos de patiencia" ... Oh! que oui il m'en a fallu de la persévérance aujourd'hui. Parti normalement à 7h30 de San Pedro, je suis arrivé épuisé à 17h30, après avoir fait une centaine de km ... mais quels km ! Ce n'était pas la Bolivie avec la tôle ondulée mais j'ai commis une faute pour n'avoir pas prévu suffisamment à manger. Depuis ce matin, je n'ai avalé que trois bananes et une pomme. Or, j'ai eu droit à nouveau à un vent en pleine figure sur la totalité du parcours. Pendant les 50 premiers km, cela monte toujours ... à 6 km/h. La route passe tout le temps dans ces espaces (llanos) qui sont des immenses plateaux désertiques dont on ne voit jamais la fin (llanos de patiencia !). Le vent prend un malin plaisir à tourner tantôt à gauche tantôt à droite, mais jamais ... derrière ! Le paysage serait beau ... comme un désert ... mais il est complètement envahi par tout un tas de détritus durant 100 km ... et quand on arrive près de Calama (une ville de plus de 200 000 habitants), c'est horrible car la décharge des ordures de la ville se trouve à l'entrée avec un vent permanent qui arrose de détritus tous les alentours bien au-delà de la décharge. Le Chili n'est pas exemplaire sur ce plan, loin s'en faut ! J'ai mouliné comme un malade, le nez dans le bonnet et le bonnet dans le guidon ! J'ai trop dépensé d'énergie. Même dans les "descentes", j'étais en train de pousser au maximum à 10 km/h. Je m'en suis rendu compte en arrivant : j'étais en hypoglycémie. Vite, quelques biscuits, du coca ... Et dire qu'un camion s'est arrêté à quelque 20 km de Calama pour me proposer d'embarquer ! J'ai refusé pensant que ce foutu vent de face allait se calmer. Idiot que j'ai été ! Sûr que la prochaine fois je monterai dans le camion ! Je commence à en avoir plein le ... nez de ce foutu vent qui semble prendre un malin plaisir à m'asticoter les naseaux. Je comprends mieux maintenant toutes les remarques des cyclos sur le vent d'Amérique du Sud. En arrivant à Calama, j'entends "vous êtes francais ?". Le monsieur connaissait la marque Rando-cycle ! Fort ! Car c'est une marque connue des seuls spécialistes du vélo ... J'ai trouvé une chambre à 8 000 pesos, un peu cher probablement mais j'étais trop fatigué pour chercher. Etape à ... oublier car sans intérêt, sinon pour tester son ... endurance !

San Pedro de Atacama - Calama 112 km, 7h30 - 17h30, +1120 -1250m

Vendredi 28 mai 2010 : Chuquicamata, la  mine de cuivre la plus importante du monde ! Pour y arriver depuis Calama, une belle rampe à deux fois deux voies séparées a été construite il y a vingt ans. Elle est à une vingtaine de km. Le matin pour l'embauche, c'est un balai ininterrompu de 4 x 4 pick up. Impressionnant, le mot n'est pas trop fort pour qualifier ce qui devrait faire la plus grosse ressource du Chili (l'exploitation étant, d'après ce que l'on m'a dit, aux mains des chiliens). Arrivé sur site, on peut voir la montagne totalement tranformée par les décombres miniers qui font des jupes muticolores aux versants sur ... des km ! Tout dans Chuquicamata est organisé dans et pour la mine. On peut y voir bien sûr les énormes ateliers de réparation des engins (allez voir les photos sur Google Earth) mais aussi de très vastes parkings remplis de pick up 4 x 4 rouges (pour l'exploitation probablement) mais aussi d'importants bâtiments dédiés au "développement durable" et aux normes de qualité ISO 9000 et 14000. Les entrées de toutes ces surfaces sont extraordinairement surveillées. Visites interdites sauf en groupe et en bus depuis Calama. La montagne fume un peu à certains endroits, témoignant du travail d'extraction du minerai de cuivre. Quand on interroge individuellement les ouvriers casqués sur, par exemple, le tonnage extrait, la réponse est toujours la même : ils ne savent pas. Ma visite fut donc très courte puisqu'il ne m'a pas été possible d'aller, comme je l'espérais, faire le tour sommital de l'énorme carrière à ciel ouvert. Finalement, voyager par Google Earth dans ce cas est préférable et bien plus instructif puisqu'on peut descendre au fond du trou, visualiser les bas-côtés en 3D, et se promener ainsi sans barrière aucune.

Calama - Chuquicamata - Calama 45 km, 7h30 - 12h, +510 -520m

 

Samedi 29 Mai 2010 : Et c'est parti pour ... Sierra Gorda, un petit bled situé au tiers de la distance pour joindre la ville côtière du Pacifique : Antofagasta. La sortie occidentale de Calama est ... un peu plus propre que l'entrée du côté de San Pedro. On pédale dans une longue et .. morne immense étendue de sable, de roches, sans aucun brin d'herbe ! Le paysage, de jour en jour, se ressemble de plus en plus : el desierto ! Si. La route semble faire la course avec deux pipe-lines et la voie ferrée (le train est passé, tirant des wagons-citernes et des wagons-plats probablement chargés de minerais). Trois machines diesel jumelées en tête ne permettent pas toutefois de dépasser les 35-40 km/h. La route est très étroite sans bande d'arrêt d'urgence ... alors le cycliste est ... une proie assez facile ! J'ai réussi à adapter un écarteur de fortune en piquant un tube fluo qui sert de témoin de bordure de route. Malgré cela, quelques camionneurs un peu endormis m'ont foutu pas mal la trouille. L'étape était courte. Je suis arrivé pour casser la croute. Seulement, le pueblo de Sierra Gorda est tout sauf un village. Il sert de dortoir à pas mal de gens qui travaillent dans une mine de cuivre proche (une quinzaine de km) qui serait, d'après un des employés, désormais plus importante que Chuquicamata. C'est une exploitation privée avec des capitaux américains, japonais, français. Trouver une chambre dans ces conditions n'est possible que dans un ... bidonville. Une chambre noire faite en planches, séparée de la "chambre" voisine par des planches ajourées, sans eau, avec des toilettes épouvantables de crasse... Il a fallu que je sorte mon tournevis pour mettre en marche la lumière ... Le tout est, bien sûr, habité par des jeunes et des jeunes couples avec bébé ! Incroyable ... En plus, c'était la nuit de samedi à dimanche, donc toute la nuit de la musique à fond et les canettes de bière à flot (ça ne s'est calmé qu'à 6h du matin). Bref, le petit cycliste n'a pas trop fermé l'oeil de la nuit.

Calama - Sierra Gorda 73 km, 7h30 - 12h, +45 -670m

Dimanche 30 Mai 2010 : Après une telle nuit, recommencer pareille mésaventure n'était pas recommandé. Je suis donc parti pour joindre directement Antofagasta la grande ville côtière du Pacifique (près de 300 000 habitants), en brûlant l'étape de Baquedano. Mes voisins de chambre m'avaient bien fait monter la moutarde dans les naseaux ... et j'ai pu faire cette belle et longue étape de plus de 150 km. Le vent a été dans l'ensemble assez discret sauf dans les 15 derniers km où le chrono ne pouvait pas dépasser les 7 km/h. Le paysage est toujours le même, très minéral, avec beaucoup beaucoup de détritus partout. La trouille encore et toujours, malgré mon écarteur géant  ... Certains camions n'avertissent même plus comme au Pérou, et vraiment, comme les bas-côtés, lorsqu'ils existent, sont plein de trous, on n'a qu'une solution : rouler le plus au bord de la chaussée pour "voiture" et se balancer dans le bas-côté lorsqu'on entend un gros bruit ... Des exploitations minières partout (le Chili serait le paradis du BRGM !). L'arrivée à Antofagasta se fait dans une plongée sur le Pacifique, avec la configuration classique de ce type de ville : les quartiers bidonvilles à la périphérie sur les hauteurs, la vieille ville en bas près de la mer. Demain, je reste dans cette ville une nuit de plus. L'altitude est finie, l'humidité arrive ...

Sierra Gorda - Antofagasta 156 km, 7h30 - 16h, +205 -1520m

Lundi 31 Mai 2010 : Sacrée araignée ! Voilà trois à quatre nuits que j'ai eu des piqures à répétition à hauteur de l'estomac et de la hanche. Ca démange terriblement ! J'ai lavé tout ce qui pouvait servir de haavre de paix à la mystérieuse inconnue et ... je l'ai trouvée et ... elle a bu une sacrée ... tasse au fond du lavabo ! Terribles ces bestioles ! Ne sachant pas ce que c'était, je me suis mis aux antibiotiques par précaution pour huit jours. Aujourd'hui, un peu de vélo le long de la ville d'Antofagasta qui s'étire sur des dizaines de km, coincée entre l'océan Pacifique et les premiers chainons de la cordillère andine. Autrefois ville minière et important port, Antofagasta reste encore une importante cité industrielle mais peu ou pas de port (hormis quelques petits bateaux de pêche) depuis que Iquique, plus au nord, a raflé le marché maritime. Des loups de mer jouent dans le vieux port sous les regards ébahis d'une dizaine de pélicans ! ... Mais que l'eau et les rivages mériteraient un sacré nettoyage ! Quelques rues piétonnes très animées, des restaurants avec des prix bien plus bas que ceux trouvés jusqu'ici ! ... une vie plus normale quoi, sans trop de touristes. Compte tenu des camions-fous, de la panaméricaine, de l'absence de village sur 400 km, d'un paysage toujours ressemblant à ce que j'ai pu voir depuis Calama, je préfère prendre le bus juqu'à Chañaral. Demain, à 10h, un bus de Tur Bus devrait me conduire avec ... le vélo j'espère (mais ce n'est pas certain ... je n'ai que le billet pour moi, pour le vélo c'est à voir avec le chauffeur) à cette petite ville située en bordure du Pacifique pour, ensuite, le lendemain, aller dans le parc national marin recommandé par Laurent. En attendant, sus aux démangeaisons de l'araignée (... coriaces les morsures de ces petites bêtes !).

Mardi 1er Juin 2010 : Etape de transition aujourd'hui ! En bus d'Antofagasta à Chañaral ... quel confort ! Je ne regrette vraiment pas ces 400 km car, comme prévu, ces km de désert rectilignes avec pour tout occupant le sable, la poussière, les détritus, les camions, sans aucun village hormis deux auberges ... ressemblent à ceux que j'ai parcourus depuis San Pedro de Atacama. Je me suis épargné quatre jours de vélo-galère. Cool le car, très confortable avec les sièges semi-couchettes et, à la différence du Pérou, pas de présentations commerciales avec musiques plein les oreilles durant deux heures ! Le Chili est très bien organisé pour les dessertes par car : très propre (comme en Chine le transport ferroviaire), pas cher (j'ai payé l'équivalent de 15 euros pour les 400 km vélo compris), très fréquent ... presque le rêve ! Pourtant ce n'était pas bien parti ce matin. J'avais acheté le billet hier et ... 10h arrive (l'heure du départ du bus) et ... le vélo ne peut pas rentrer dans le car. C'est un car-couchette à deux niveaux pour Santiago que m'avait réservé la petite dame du guichet de Tur Bus, la compagnie qu'on m'avait recommandée. Je rouspète bien sûr ... Ils finissent par me proposer un car "classico" qui a de plus grands coffres et qui part à 11h30. Perfecto, j'accepte. Mais, à 11h30, le car en question est bondé. L'employé qui a eu pitié de mon vélo à 10h, réussit à me faire passer devant et ... on rentre le vélo de ... force ! Je cris un peu en montrant mes jantes car ... dessus, un autre employé a voulu mettre évidemment d'autres bagages ! Voyant certainement que je n'étais pas très content, ledit employé a prestement sorti les bagages ... Total, je n'ai finalement payé aucun supplément pour le vélo, et j'ai eu les excuses du chef de car (car il y a trois personnes employées par car : le chauffeur, le chef de car et le bagagiste). J'ai gagné 5000 pesos. Mais, mon brave vélo a eu une de ces jupes (garde-boue) un peu abimée ... mais, bôf, c'est un Rando-cycle, il résistera ! Je suis finalement arrivé à Chañaral à 17h30. La nuit venant, il me fallait trouver une chambre : complet, complet, 25000 pesos ... puis 20000 pesos ... trop cher ... J'ai fini par trouver une chambre très correcte avec TV (c'est important la TV pour les sud-américains, semble-t-il) et ... pour la première fois depuis Uyuni en Bolivie ... une selle sur la cuvette des WC, et ... le tout ... propre ! Tout ça pour 8000 pesos la nuit soit 12-13 euros. J'ai pris car je n'avais plus beaucoup le choix. J'y resterai au moins deux nuits car je dois aller voir la bellle réserve marine que m'a recommandée mon ami Laurent.

 

Mercredi 2 Juin 2010 : Flââneries autour de Chañaral et discussions avec des mineurs au ... repos ... une boisson un peu alcoolisée à la main, pour se détendre ! Petit pueblo stratégique dans le passage Nord/Sud Pacifique. Le village est construit un peu sur les hauteurs mais avec des extensions en fond ... Or, quand on voit l'énorme baie, on comprend les panneaux qui indiquent les zones de sécurité en cas de tsunami ! Les mineurs au repos m'ont dit que les plaques de cuivre que l'on peut voir transportées sur les camions venant des mines de Chuquicamata et autres, font chacune 130 kg. L'acide sulfurique servirait, d'après ce que j'ai pu comprendre, à dissocier du minerai brut, cuivre et plomb. Si quelqu'un peu m'expliquer ??

Jeudi 3 juin 2010 : En route pour la piste de 30 km qui rejoint (et traverse) le parc national Pan de Azucar, un parc d'une superficie voisine de celui du Parc National des Pyrénées, avec 43 000 ha dont une partie se trouve sur deux îles. Ces deux îles que je voulais contourner en bateau mais ... pas de touriste autre que moi et ... la barque aurait coûté plus de 50000 pesos, un coût acceptable lorsqu'il est partagé par 50 touristes mais, même si j'avais voulu payer ... pas de proposition de barque ! Je regrette car, sur ces deux îles, se trouvent notamment des pingouins de Humboldt, une espèce endémique mais que je vais pouvoir peut-être trouver un peu plus au Sud dans un autre parc. La traversée de ce parc est très belle avec des paysages aux couleurs splendides : roches noires, orangées, crèmes, sables blancs, jaunes, avec l'océan Pacifique qui débute en bleu turquoise pour virer progressivement au bleu nuit. Plein de bateaux de pêcheurs étaient en action avec probablement beaucoup de poissons si l'on en juge par la quantité d'oiseaux survolant les bateaux. Le soleil rasant du matin et la solitude du cycliste donnaient une ambiance étonnamment paisible. J'avançais ainsi au fil des km jusqu'à tomber sur des cactus ... en boule ! Ah ces fameux cactus, espèce endémique encore, auxquels on a donné, je crois, le nom d'une prochaine ville "Copiapo". Très beaux, en coussinets, et éparpillés à intervalles presque réguliers. Je finis par tomber sur une Maison du Parc avec une exposition un peu fanée par le soleil. Les moyens du parc ne semble pas à la hauteur des besoins. Je discute avec un garde : 14 gardes dont 8 en exercice. Le garde est tout heureux que je lui dise que "son" parc est très beau (c'est vrai au plan paysager au moins) mais il m'indique que derrière la bute, là, dans le parc ... Je vais voir, et effectivement, je comprends qu'il ait eu un peu honte ... beaucoup de baraquements en bois pour "touristes" avec quelques barques de pêcheurs ... Bref, demi-tour, restons sur la bonne impression des premiers km. Des problèmes avec les chiens et les chasseurs notamment pour les populations de Guanacos (tiens, on dirait du déjà vu !). On ne voit pas de réglementation affichée ... Fermons les yeux, je ne fais pas partie des gestionnaires de ce parc ! Retour sommeillant sur la piste du matin ... avec un éclairage différent. Le soleil est plus haut, les bateaux de pêche ne sont plus sur zone. Retour à Chañaral pour une bonne tartelette aux pommes. Un petit coucou sur le blog. Préparation pour demain, le départ pour - peut-être - Caldera, en longeant le Pacifique.

Chañaral - Pan de Azucar - Chañaral 65 km, 7h30 - 14h, +515 -510m

Vendredi 4 Juin 2010 : Faut y aller ! Dur de partir d'une très bonne chambre d'hôtel. Il fait froid ce matin. Les bagages sont prestement mis en place (tout est maintenant bien rodé). La chaîne méritait un peu d'huile (faut la soigner !) ... Pas de petit déjeuner, ce sera pour plus tard la banane traditionnelle. Dans le petit matin, Chañaral s'éloigne. La route longe la Côte Pacifique avec de très beaux dessins de courbe, mais ... pff ! que de montagnes russes ! C'est soi-disant tout plat jusqu'à Caldera, ma destination d'aujourd'hui à environ 100 km. En réalité, tous ceux qui répondent à la question : y a-t-il des côtes ? et qui répondent : No, plano !... n'ont jamais dû prendre un vélo de leur vie. La route serpente assez joliment, un peu comme la route corse qui longe la côte ouest dans la partie nord, mais ... la comparaison s'arrête là. Le potentiel de plages est assez impressionnant avec, à la différence du Pérou, moins de propriétés privées de terrains en bordure de l'océan. En revanche, beaucoup de panneaux partout sur la zone de sécurité en cas de tsunami. Ils ont estimé un tsunami d'une hauteur de 20 mètres, et ont délimité, à partir de cette hauteur, le risque quasi nul. Mais ... évidemment, toutes les "paillotes" se trouvent dans la zone de risque contre la plage. Toujours beaucoup, beaucoup de camions (il y en a un qui a fini par toucher mon écarteur à Caldera mais heureusement sans conséquence sinon un coup de gueule de ma part !) et ... enfin ! des oiseaux. Ca commençait à me manquer. Quatre beaux rapaces (qu'il me reste à identifier) assez gros (entre le cormoran et le vautour) se délectaient d'un cadavre de chien écrasé ... devinez comment ? ... Ils étaient tout noirs avec une caroncule rouge. Après pas tout à fait 100 km, Caldera est en vue. Plutôt coquette avec une grande place centrale, une église du XIXe siècle, la plage pas loin, Caldera a tout d'une petite ville balnéaire. Pas fâché d'arriver tout de même car le vent s'est un peu levé de trois quart après 70 km. Mon mal de crâne est toujours là, effet des antibiotiques, je pense, qui doivent fatiguer un peu. Ce soir, je suis dans une chambre apparemment à l'abri des risques de tsunami : ... le panneau l'indique, alors !

Chañaral - Caldera 97 km, 7h30 - 14h30, +710 -690m