Andes Argentine Chili 2012 - 1

 

Andes Argentine Chili 2012 - 1

Boucle en vélo Salta / Paso de Jama / San Pedro de Atacama / Paso Sico / Salta

6 septembre - 5 octobre 2012

Lorsque, il y a deux ans, j'avais imaginé relier Lima à Santiago à vélo, j'avais choisi l'option de la côte Pacifique à la sortie de la Bolivie. Mais j'avais longtemps hésité car l'option par l'Argentine était très tentante aux dires des connaisseurs. Les quelques 3500 km faits pour rallier San Pedro de Atacama m'ont fait prendre une décision qui me paraissait plus sage. Mais le haut de l'Atacama chilien et toute la région argentine de Salta restaient drôlement tentants ... J'ai donc imaginé une boucle Salta/Salta pour découvrir ces immensités. Un aperçu de la carte indique déjà que l'altitude est souvent très inhabituelle (une très grande partie se trouvant à plus de 4000 m), avec de nombreuses "bosses" à grimper (18 dont 16 à plus de 4000 m), plusieurs centaines de kilomètres sans goudron, des points de ravitaillement possible très limités (pour la nourriture mais aussi et surtout pour la boisson), des possibilités de communication souvent absentes (téléphone et internet).

Les nouveautés dans ce périple saute-mouton ...

Salta, joli nom pour amorcer du saute-mouton ! Le Mulet est un peu plus chargé, ce qui m'a obligé à raccourcir les distances journalières. Le périple se décompose en deux : jusqu'à San Pedro de Atacama en passant la frontière Argentine-Chili au Paso de Jama, puis de San Pedro de Atacama à Salta en passant la frontière Chilii-Argentine au Paso Sico. Une très grande partie se déroule dans des zones désertiques à plus de 4000 mètres ce qui veut dire : pas de village donc plusieurs jours de nourriture à prévoir, et surtout pas de source d'eau potable (les lagunas sont salées).  Obligation donc d'emporter alimentation et boisson pour plusieurs jours avec réchaud, essence, couchage, vêtements pour le froid. J'ai pris l'option d'avoir une réserve d'aliments lyophilisés, et de pouvoir charger jusqu'à 13 litres de liquide. La montée à 4000 mètres se fait après Purmamarca à deux jours-vélo de Salta. Le petit-petit pédalage a été adopté pour se fatiguer le moins possible, la raréfaction de l'oxygène devenant là la principale barrière à dépasser.

Et ... le Vélo ?

De retour d'Afrique, le Mulet claudiquait pas mal. J'ai entrepris une grande visite de toutes les pièces. Le sel du Salar d'Uyuni traversé il y a deux ans (http://etchelec.free.fr/index.php/bolivie lundi 17 mai 2010), a fini par faire beaucoup de dégâts même dans les parties dites étanches. Le moyeu du pédalier enlevé, j'ai trouvé ... des cristaux très acérés (de sable, de sel ?) qui avaient pas mal rayé le moyeu. Je comprends mieux les craquements en Afrique lorsque je pédalais ! J'ai fait monter un moyeu en céramique par Pascal Berrote, réparateur de cycles à Oloron-Sainte-Marie. J'ai changé quelques billes du roulement de la roue avant qui étaient rouillées puis j'ai finalement fait changer le roulement avant. La jante a été remontée avec des rayons neufs, plus solides m'a dit Pascal Berrote. J'ai changé les pignons, les plateaux, la chaîne, démonté et nettoyé toutes les pièces du dérailleur. Les câbles de frein étant toujours d'origine, j'ai remplacé et les patins et les câbles et les gaines : le freinage est devenu étonnamment doux. Pour le reste, le Mulet est en forme, prêt à en découdre à nouveau ... mais ... avec cette fois un poids plus conséquent sur le dos.

Comment y aller ?

Les compagnies aériennes font payer de plus en plus cher le transport des vélos. Pour un trajet aérien Toulouse-Salta , Air France mais aussi KLM, Lufthansa, Alitalia, demandent un coût supplémentaire pour le vélo de 200 euros par trajet, soit un total de l'ordre de 2000 euros aller-retour. En cherchant un peu, quelques compagnies n'appliquent pas encore cette pénalité. Aerolineas Argentinas acceptent deux pièces de 23 kg en soute en tolérant qu'une des deux pièces soit un vélo dans un carton. Mais, ... tous les aéroports ne sont pas possibles. Ainsi, le billet que j'ai pris est un aller-retour Barcelone (Espagne) - Salta avec changement d'aéroport à Buenos-Aires. La tarif est de 1223,93 euros (Havas Voyages Oloron-Sainte-Marie). Il m'a fallu trouver une solution pour aller et revenir de Barcelone avec le vélo encartonné. Les copains ... bien sûr ! Elie et Michel se sont libérés pour me conduire d'Eysus à Barcelone le 6 septembre. Ross et son épouse se sont proposés pour me récupérer le 4 octobre. C'est bon les copains ! Merci !

Mercredi 5 septembre 2012, veille du départ

Etat fébrile ... c'est toujours comme cela à la veille des départs. Tout est ficelé. Le carton-vélo a été savamment pesé pour ne pas atteindre la barre des 23 kg. Les sacoches ont été enfournées dans un sac plastique très solide en apparence ceinturé de sangles plates : deux sont réellement pleines. Les autres sont aplaties sous une grande poche contenant tout le petit matériel de cuisine, de dépannage. Le tout fait 18 kg, donc c'est largement bon pour l'acceptation en soute des deux colis de 23 kg. J'ai eu du nez de tester ma petite bouteille thermos car ... elle ne garde plus la chaleur. Pourquoi ? Bizarre. Apparemment il n'y a pas de trou à l'intérieur. J'avais eu un pressentiment lorsqu'en la remplissant d'eau chaude, j'avais constaté que mes mains chauffaient en tenant le bidon. Pourtant, il doit y avoir du vide entre les parois ! Je me passerai donc de ce petit luxe le matin où je n'avais plus qu'à ouvrir le bouchon et à verser l'eau encore chaude sur la poudre de café.  Le carton-vélo a été enchâssé dans un bâti en bois que j'ai fabriqué pour éviter que les lanières n'écrasent le carton puisque le carton-vélo va voyager demain fixé aux barres de toit de la voiture jusqu'à l'aéroport de Barcelone. Michel est venu m'aider à monter l'ensemble. Les batteries sont rechargées pour le téléphone, la lampe frontale, le GPS, l'appareil de photos. J'emporte finalement mon capteur solaire. Depuis quelques jours, je profite de la moindre chose (alimentaire) en trouvant que tout est ... excellent ! Je sais que c'est le plus mauvais moment : être là mais avoir la tête là-bas déjà tout en n'y étant pas encore ...

Jeudi 6 septembre 2012

A 7h45, Elie et Michel sont à la porte de la maison Baigt. La voiture est prête, chargée la veille. Je finis les dernières inspections : volets fermés, lumières éteintes, gaz fermé. réfrigérateur vide, poubelle emballée ... La vallée d'Aspe est remontée tranquillement. le tunnel du Somport est franchi autrement mieux que le tunnel d'accès au Tadjikistan depuis l'Ouzbekistan ce mois d"août ... Jaca dort encore, Sabinanigo est contournée, Huesca est dépassée par la rocade nord, Lérida est franchie puis on entre dans la campagne Catalane à l'agriculture très industrielle. Les pains de sucre de Montserrat sont en vue, à portée de jumelles. C'est l'heure pile du casse-croûte. Tout semble avoir été prévu, même un banc et une longue table devant le très beau panorama de l'envers de Montserrat. L'aéroport de Barcelone est atteint une heure après. Difficile de se garer. L'emballage est promptement défait. Le vélo est dans le carton parfaitement à l"aise ... sauf que lors de l'enregistrement il est un poil trop gros ! L'employé force un peu pour le faire rentrer dans le tapis roulant mais ... niet, trois cm de trop et ... le carton se déchire. Je rafistole puis porteur spécial ensuite pour le Mulet qui a ... disparu. Michel et Elie sont partis visiter Barcelone. Attente à l"aéroport que j'ai trouvé à la fois agréable et un peu désert, L'heure de l'embarquement arrive. Un vieil avion à quatre petits réacteurs, un intérieur dur avec peu de place pour les jambes. Les petits écrans individuels ne fonctionnent pas. Mais ... la nourriture a été correcte. Au lieu de treize heures d'avion, on en a fait quatorze car, au décollage, une seule piste fonctionnait, et ... il a fallu laisser atterrir au moins vingt cinq avions avant de décoller. A raison de trois minutes d"intervalle, on a l'explication.

Dans l'avion à peu près plein, surprise ! je vois des chaussures de ski autour du cou d'une jeune fille, puis une autre. Ca parlait français. A côté de moi, un membre du groupe : c'était l'équipe de France de ski féminin avec trois athlètes et le staff accompagnateur dont un entraîneur et un technicien pour les skis (celui qui était à côté de moi) qui était missionné par Rossignol. Avant d'entamer les épreuves en Europe (Super G), ils allaient d"abord au Chili puis vers Ushuaia pour un mois de mise au point.

Vendredi 7 septembre 2012

La nuit fut assez bonne. Atterrissage à quatre heures locales soit cinq heures de plus en France. Galère après pour passer la douane d'abord puis pour récupérer les bagages car un autre avion venant de Madrid est arrivé au même moment. Le matériel de l'équipe de France était monstrueux. Mon vélo a fini par pointer le nez avec pas mal de bosses et de déchirures dans le carton. Au bout d'une demi-heure de tourniquet, enfin je vois mes sacoches sur un autre tapis roulant. Sortie de l'aéroport Ezeiza sous des trombes d"eau. Heureusement la station de bus Tienda Leon est abritée. Une heure de plus, le bus arrive à l'autre aéroport Aeroparque situé à une quarantaine de kilomètres mais de l'autre côté de Buenos-Aires à l"heure des ... embouteillages. Un hollandais m'a aidé pour charger le carton dans le bus, puis discussion intéressante : il habite l'Ardèche depuis vingt ans, va en Uruguay où il a acheté une maison sur les bords de la seule plage de sable au bord du Rio de la Plata car ... il est passionné de planche à voile et, pour lui, c'est un super site.

Arrivée à Aeroparque sous la pluie. Le Rio de la Plata est marron, plein de vagues. Pas mal d'inondations ont eu lieu si l'on regarde les titres des journaux. Le surcoût vélo pour le bus a été de 6 euros. Il me faut des pesos. Aucun distributeur de billets, aucune banque (casa de cambio) ne sont ouverts. Je finis par échanger 50 euros dans une boutique pour pouvoir manger un peu car cinq heures de décalage, ça creuse. Je n'ai jamais payé une pauvre bière de 25 cl aussi cher : l'équivalent de 8 euros. Mais les empanadas étaient vraiment très bons, un peu justes en taille. Des heures d"attente. Passe-temps à regarder le nouvel Ibook d'Apple : une sacré belle bête de 600 g. L'écran n'affiche pas l"avion de Salta. Aîe ! Pour forcer le destin, je vais à l'enregistrement. Ca marche ! Les sacoches partent sur le tapis roulant, le Mulet part. La pluie continue. Finalement, l'avion est retardé d'une heure en raison des intempéries. On se rend en bus sur la piste. Il y a des bagages partout partout sur les chariots roulants. Pas de mulet en vue. On finit par décoller dans un très bel Embraer tout neuf qui ressemble beaucoup à un Airbus, avec de très beaux sièges et ... de la place pour les jambes. L'arrivée à Salta est très belle : on tourne autour des montagnes toutes proches et, surtout, le beau temps semble être là. Petit aéroport pour une ville d'un million d"habitants. Un seul tapis roulant. Dehors des pancartes : je vois mon nom en grand. Luis, de la Casa de Borgoña, a bien fait les choses. Je récupère vite vélo et sacoches. On charge dans un Partner Peugeot. Le chauffeur est un professeur de gymnastique qui doit arrondir les fins de mois. 60 pesos, c'est le tarif prévu (10 euros). L'arrivée à lla Casa de Borgoña se fait à la tombée du jour. Il est 19h, L'accueil est on ne peut plus agréable. Sebastien, employé par Luis, est parfait. La chambre est petite mais le lit est bon. Il y a de l'eau chaude. Les pensionnaires sont un peu sourds certainement pour parler aussi forts, mais c"est l'Amérique du Sud. Sebastien finit par me changer des dollars contre des pesos : ainsi, je peux payer l'auberge et me payer à boire. Je vais manger dans un bistrot proche dans la rue d'Espagne, tipico. Le match de foot Argentine-Uruguay se prépare. Le bar se remplit. Je me couche vite. La journée a été un peu longue.

Samedi 8 septembre 2012

Réveil un peu tôt car le décalage de cinq heures n'est pas facile à perdre. Petit-déjeuner à 6h45. Correct. Puis, je vais faire un tour voir le Mulet. Il est tout démonté mais rien d'anormal, sauf un écrou qui manque et pas n'importe lequel : celui qui permet a la selle de ne pas bouger et d'être à la bonne hauteur. Je cherche partout : pas l'ombre de la pièce, Je finis par bien remonter le vélo et trouve une solution provisoire en démontant la béquille pour utiliser un boulon-écrou qui, après un savant vissage, finit par tenir provisoirement la tige de selle. Et, en route pour trouver un magasin de vélo. Salta est une ville classique avec des quartiers carrés séparés par des rues à sens unique. Après un arrêt chez un réparateur de tondeuse, je finis par trouver Manresa, LE magasin de vélo de Salta. On finit par ajuster une pièce qui n'est pas tout à fait identique mais qui assurera j'espère la bonne tenue de la pièce la plus fragile pour un cycliste : l'arrière-train. Après, direction le marché municipal, un marché classique où j'ai pu acheter les provisions manquantes et, bien sûr, me faire servir un excellent poulet frites salade avec, évidemment, la bière locale "Salta", assez douce et pas amère. De retour à la Casa de Borgoña, Sebastien m'ouvre et me présente Aude, son amie, une française photographe qui est venue pour un reportage il y a deux ans, et qui n"est plus repartie. Voilà éclairci pour moi le mystère de l'excellent français des mails échangés avec Luis mais qui comprend bien le français néanmoins.

Dimanche 9 septembre 2012

Quelle ferveur ! Salta est dans une ambiance surprenante avec la célébration annuelle de l'hommage à la Vierge pour les fêtes de la Virgen del Milagro. La Vierge aurait permis d'éviter un tremblement de terre. Les pèlerins arrivent tous les jours par tous les moyens, les plus endurants faisant tout le chemin à pied. Le clou de cet anniversaire annuel est le 15 septembre. Mais, dans les jours précédents, tout Salta est en émoi avec des cars qui viennent même de Patagonie. Un jeune chauffeur qui est à la Casa de Borgoña nous a raconté ce voyage de plus de 2500 kilomètres avec 49 personnes en couchettes à bord. La messe à la cathédrale ce matin était poignante. Des personnes partout, un petit feuillet à la main, la bouche récitant les prières. Des gens de toutes conditions, des cassés de la vie, physiquement et probablement aussi moralement, se retrouvent dans une cérémonie à la fois très simple et très priante. Etonnant le prêtre qui a commencé son homélie en disant en espagnol Comment ça va ? (que tal) et la foule qui répond "bien". Ca fait du bien de voir les gens dans une tout autre dimension que les sempiternels soucis quotidiens. Le pire des mécréants aurait pu voir que finalement le genre humain garde une profonde dimension spirituelle qui s'exprime ainsi. On adhère ou on n'adhère pas. Mais quand on est mêlé à cette empathie, on est heureux finalement de voir que l'homme peut devenir grand intérieurement...

Tout est fermé le dimanche. J'ai oublié mon élastique long dans la voiture lors du débarquement un peu précipité de mes affaires à l'aéroport de Barcelone. C'est avec cet élastique que j'attache le sac à dos à l'arrière du vélo sur le porte-bagage. Comment faire ! Je vais devoir m'en passer et mettre matelas et tente coincés entre mes sacoches et le mieux attachés possible, Demain soir peut-être qu'à San Salvador de Jujuy, je trouverai une meilleure solution. Je me suis rendu à la sortie de la ville de Salta pour repérer le cheminement dans les rues demain matin au point du jour. Bien m'en a pris car, évidemment, je me suis perdu. J'ai fini par trouver la route 9 dite de la corniche. A midi, poulet grillé frites, ça n'est pas très varié mais c'est très appétissant et très bon. Le décalage horaire est long à digérer : il est 17h et j'ai sommeil. Un petit tour en ville voir les pèlerins ...

Lundi 10 septembre 2012

Le réveil a été multiple car je craignais de ne pas entendre la sonnerie de ma montre. 7h : c'est bon. Le bonhomme part vite prendre une douche chaude puis engloutit le petit-déjeuner. Les sacoches sont bouclées avec finalement le sac à dos en moins puisque je n'ai plus de quoi l'attacher. Lourd quand même l'ensemble, surtout devant. J'ai tout de même pris trois litres d'eau dans une des vaches, en réserve, et aussi pour m'habituer au poids. Au revoir à Sebastien et à Aude de la Casa de Borgoña. Retour prévu le 1er octobre. J'ai pris néanmoins le numéro de téléphone d'Aude la française au cas où ... Je sors de la Casa de Borgoña en fendant une file de personnes. Le ciel est gris mais il ne pleut pas. Durs les premiers mètres avec ce vélo alourdi. L'équilibre se fait entre les voitures. C'est l'heure où la circulation est assez dense. Je pédale tel un somnambule, reconnais le chemin de sortie de Salta fait hier. Et c'est la quatre voies sur 10 kilomètres. La piste cyclable est bienvenue ! Le vélo est en ordre de marche, le clignotant magnétique fonctionne, l'écarteur est et reste en place. La sortie de la ville se fait à 15 km/h, tranquille. Le nouveau cycliste qui m'habille est, comme tous les habits neufs, un peu serré, mais c'est bon pour le maintien sur la selle. La réparation de fortune pour fixer la selle semble tenir normalement. La sortie de la ville de Salta vers le nord débouche dans des friches agricoles. La route suit le lit très large de la rivière Caldera. A en voir les charriages, elle doit avoir un débit étonnant alors que son débit actuel est tout petit. On extrait les graviers et le sable dans de nombreux endroits. La route devient très très étroite. Pas plus de 4 mètres de chaussée bitumée dans beaucoup de secteurs. Des panneaux recommandent 40 voire même 20 km/h. Evidemment, deux camions qui se croisent et ... le cycliste se trouve dans le fossé. Heureusement ce matin, la circulation est faible. Les virages deviennent agréables. Ca monte un peu mais juste pour se mettre un peu les jambes au parfum pour les prochains jours. Le ciel est très menaçant mais, à la différence des Alpes et des Pyrénées, pas une goutte d'eau. Plutôt frais mais finalement c'est fort agréable de pédaler dans ces conditions. La route est appelée route en corniche. Rien de plus faux. On traverse une très belle forêt. La route court en virages. Quelques fermes bien sûr mais rares, des vaches très belles avec un port de tête très impressionnant parfois, des chevaux, des brebis, des cochons. Rien de bien original, sinon que de temps à autre, on voit sortir sur la route des cavaliers chapeautés d'un couvre-chef rond et très large. Un premier lac de barrage puis un deuxième réalisé en 1912 pour l'alimentation en eau potable. Beaucoup de chants d'oiseaux avec des espèces aux parures inconnues pour moi. Difficile de les identifier, sauf lorsqu'il s'agit à l'évidence de rapaces. Les conducteurs des rares voitures croisées m'ont tous fait un petit signe amical. Un gros chien arrive sur la route. Un molosse avec sa laisse qui traîne. Il l'a donc arrachée. Je fais comme avec tous les chiens : je lui parle doucement. Ca marche si bien qu'il me suit sur plus de 10 kilomètres, à la course. Il a la santé quand même ! L'arrivée à San Salvador de Jujuy se fait par une quatre voies qui devient alors très fréquentée voire dangereuse pour le bipède à deux roues. Mais celui-ci a été vacciné on ne peut mieux au Chili, en particulier entre Valparaiso et Santiago. Pas d'affolement. Une grosse station-service à ma droite, un monsieur me fait signe. Je m'arrête pour lui dire ce qu'il veut savoir (d'où je viens, en combien de temps, où je vais ...). J'en profite pour lui demander un service. Je veux remplir mon bidon d'essence du réchaud. Il hèle un pompiste apparemment connu de lui. Le bidon se remplit : perfecto. Mais il veut savoir comment ça marche. Alors, je lui fais la démonstration avec le pompage puis le préchauffage puis le brûleur à fond. Il appelle tous les autres pompistes pour voir. La démonstration est vite terminée car je dois garder le carburant jusqu'a San Pedro de Atacama. Service contre service : le monsieur a une vieille 504 hors d'âge, et il veut que je le pousse pour démarrer. Je m'exécute avec un autre bonhomme, et ça démarre (c'est une peugeot, bien sûr!). Trouver la Casa de Bicicleta dans le centre-ville n'a pas été une petite affaire, d'abord parce qu'il faut accéder au centre-ville - et pour un cycliste, jongler avec les quatre voies est assez déroutant car les signalisations sont assez grossières voire fausses. Pas mieux que de demander à un policier. Inconnue la Casa de Bicicleta. Je finis par trouver un hostal "Club Hostel" qui fait un prix correct mais en dortoir. Bof ! L'important n'est-il pas d'être à l'abri, dans un lit avec si possible une douche chaude ? En plus j'ai internet gratuit. Vendu 60 pesos avec le petit-déjeuner (soit 11 euros). Je ne vais pas plus loin. Mais ... un petit creux à combler au bistrot du coin : un habillage de viande dans on ne sait trop quoi, avec du riz et un verre de rouge. Ca suffira pour ce midi. Le soir, je reviens comme convenu au bistrot du coin. On ouvre pour moi. J'ai droit à une succulente préparation de viande avec des pâtes, un verre de rouge, du fromage avec une espèce de délicieuse pâte de fruit (dont le nom m'échappe), le tout devant le superbe match de tennis Djokovitch contre Andy Murray médaillé d'or aux jeux olympiques de Londres. En discutant, je finis par connaître toute la famille : la maman, le fils qui cuisine, le petit-fils qui aide. La doyenne m'offre gratis deux empanadas contre une photo, car elle voulait avoir une photo de ce curieux bonhomme qui fait les Andes à vélo. Je lui donne même l'adresse du site etchelec. Toute la famille a l'air contente. Moi, j'ai l'estomac bien plein. Retour au dortoir. Nuit très correcte. Réveil à 7h et petit-déjeuner à 7h30 (ils ont avancé d'une demi-heure pour moi). Très bonne adresse.

Salta - San Salvador de Jujuy : 8h - 14h, 99 km, +712 m   -633 m   (altitude maximale en vélo : 1553 m)

Mardi 11 septembre 2012

Tout est prêt à 7h45. Départ pour traverser San Salvador de Jujuy (ils disent "rourouilh") par le centre. Longue, froide remontée vers le nord. Bonne nouvelle : j'ai retrouvé l'écrou de selle que j'avais perdu. Avec les divers transports avions et bus, il est tombé et est allé se loger dans un pli du matelas. Ce matin, en prenant le matelas pour le fixer sur le vélo, un petit bruit et ... je l'ai retrouvé le petit bout de ferraille si important. Je finis par rejoindre la route qui file vers la Bolivie à travers une longue vallée que l'on voit bien en mettant la vision 3D sur Google Earth. On fait une quatre voies en sortant de San Salvador de Jujuy mais c'est court. Après, la route serpente avec des pentes assez douces mais longues. La dénivellation positive aujourd'hui m'entraîne pour ... demain où les choses très sérieuses vont commencer. Occupation très faible de cette vallée. Très peu d'exploitations agricoles. Les nuages laissent la place au ciel bleu en remontant vers le nord. Et c'est là que l'on commence à découvrir ce qui fait l'attrait touristique de cette région : les couleurs chaudes des montagnes, avec d'énormes effets érosifs qui laissent apparaître de nombreuses cheminées de fée et ... des énormes cactus, bien dodus. Rien à voir avec les cactus du Salar d'Uyuni. La bifurcation arrive. On laisse la route qui file vers la Bolivie. On prend plein ouest la route du Paso de Jama c'est-à-dire la frontière chilienne. Purmamarca est à une quinzaine de kilomètres de la bifurcation. Les très beaux pans de montagne colorés prennent parfaitement le soleil. Ces formations si particulières sont très anciennes. Un très beau panneau explicatif donne les périodes : précambrien, cambrien, ordovicien, crétacé, tertiaire. Il me reste à trouver un endroit pour passer la nuit. La tenancière du bistrot d'hier, Suzanne Ibañez, m'a dit d'aller voir le directeur du collège secondaire de Purmamarca. Je finis par trouver. Il est absent mais une collègue m'indique une bonne adresse pas chère (car Purmamarca est tellement fréquenté par les touristes que les prix ont explosé). Finalement, je finis par trouver une chambre avec salle de bain et douche chaude, un petit-déjeuner pour 75 pesos - soit 15 euros (mais demain matin il faudra ajouter 20 pesos de plus). Je fais le tour du village pour prendre quelques clichés de ces formations géologiques. Quelqu'un remonte vers le collège à pied. Je lui demande s'il est le directeur : réponse positive. On discute un peu. Je lui transmets le bonjour de Suzanne Ibañez. Il est tout surpris. Ils ont été ensemble à l'école. Le directeur me prend en photo pour l'envoyer à son amie Suzanne. Il me donne quelques renseignements sur les possibilités de trouver de la nourriture avant la frontière chilienne. Chasse au cybercafé pour dire où je suis. 4 pesos de l'heure (0,75 euro) : je m'attendais à beaucoup plus ici. Je fais quelques provisions pour demain soir : rôti de porc froid, bananes, pommes, gruyère, biscuits. Purmamarca est vraiment LA cite pour touristes avec un marché permanent aux tissus et autres souvenirs. Demain soir, ce sera la tente, donc pas d'internet, peut-être un SMS s'il y a le réseau.

San Salvador de Jujuy - Purmamarca : 68 km 7h50 - 13h50  +1202 m  -145 m (altitude maximale en vélo : 2346 m)

Mercredi 12 septembre 2012

7h30 petit-déjeuner surprise. Alors qu'hier tout était OK pour inclure dans le prix le petit-déjeuner, ce matin c'est 20 pesos de plus. Bon, Gilles Fert m'avait averti de ce type de stratagème en Argentine. Il fait froid ce matin, et c'est le test pour moi de la montée à plus de 4000 mètres. Le temps est très nuageux, mais finalement ce n'est pas mal. La route est belle, pas trop de circulation. La pente est uniforme. Je dois passer de 2346 mètres à 4170 mètres, le premier col de ma série qualifié de col A car, curieusement pour nous, les Argentins n'ont pas trop l'idée de nommer les cols. La pente dure 35 kilomètres. Je veille à bien rester sur mes équilibres physiques et mentaux. Quelques cultures rares le long de cette vallée que je remonte. Les guanacos, les lamas et les vigognes me font coucou. Quelques voitures descendent sans doute pour aller au boulot, avec, lorsque le chauffeur me voit, un très beau sourire et le pouce levé très appuyé. Les camions commencent à descendre également, venant du Chili avec plein de voitures à destination du Paraguay, m'a-t-on dit. D'ou viennent les voitures - qui sont d'occasion - du Japon sans doute m'a dit en rigolant un argentin. Un 45 tonnes s'arrête à ma hauteur. Le chauffeur me tend une bouteille de jus de fruits ! Arrive le col A 4135 mètres petit à petit. 14h15. Il m'aura fallu pas moins de 6 heures pour ces 35 kilomètres. La descente sur les Salinas Grandes est un régal. On arrive droit sur le salar, puis, à droite, on traverse le salar. Des exploitations de sel en bordure avec, à un endroit, beaucoup de touristes chaussés comme en ville ! Peut-être y a-t-il à boire ? Je demande : accueil froid mais une bonne bouteille fraîche de soda m'est donnée pour 7 pesos. Je sors des Salinas Grandes pour arriver à un carrefour qualifié Tres Posos. Une auberge est là. Je m'arrête pour déguster une bière, et j'obtiens la permission de poser ma tente entre des murets de béton pour me protéger du vent. Ouf ! Je suis rassuré d'avoir pu passer ce premier col test. Mais ça gamberge pas mal dans ma tête pour la suite.

Purmamarca - Tres Posos, 80 km, 7h50 - 17h, +1963 m  -854 m (altitude maximale en vélo : 4184 m)

Jeudi 13 septembre 2012

La nuit sous tente fut bonne. A 7h30, heure de mon réveil habituel, l'auberge est fermée. Pas de petit-déjeuner chaud. Je me contente d'une banane. Je pars le plus discrètement possible car la tente est collée à la maison. J'enfile les petits gants un peu chauds. Et c'est parti pour le col B, plus bas lui à 3873 mètres, appelé une fois n'est pas coutume Mal Paso. Avec ce nom je m'attends à quelque chose d'un peu difficile. En réalité, c'est une suite de montées dans une enfilade de gorges rocheuses assez belles. C'est tortueux et long mais avec toujours une pente assez régulière. De superbes vigognes sont intriguées probablement par un tel bipède roulant. Un troupeau de lamas toujours étiquetés de boucles fluo aux oreilles. Le ciel est magnifique. Puis, longue descente vers le village de Susques, plus important que prévu. La place centrale est une enfilade d'allées assez bien pensées. Une alimentation à l'ancienne assez remarquable avec un vendeur qui connait parfaitement son métier et qui, lorsque je lui demande la moitié du morceau de fromage restant, le regarde d'abord puis le fait tourner pour voir quelle est la meilleure façon de le couper. Du grand art ! Puis, lorsque je pose la question du choix des pommes et des bananes, il répond sans hésiter sur la très bonne qualité de ces produits qui, de fait, seront d'excellents fruits avec du goût. Sur ses conseils, je vais non pas à l'un des deux hôtels mais à l'hospedaje San Andres situé dans une ruelle tout au fond du village. Bon prix, bonne qualité moyenne. Chambre pour 60 pesos, poulet riz pour 26 pesos, bière blanche excellente 18 pesos le litre - que j'ai bue avec le tenancier. Le repas du soir a été un plat de riz-saucisses-salade (les saucisses sont à Susques qualifiées de chorizo). Le début de la nuit fut un peu rude avec les vociférations d'une dame qui manifestement n'avait pas l'air très contente. A ma question sur le temps demain : très beau, bien sûr.

Tres Posos - Susques 64 km, 7h50 - 13h30, +520 m  -397 m (altitude maximale en vélo : 3873 m)

Vendredi 14 septembre 2012

La nuit à l'hospedaje San Andres fut bonne. Petit-déjeuner un peu léger avec juste un jus de café au lait et du pain sec pour 10 pesos.  Le ciel est encore très clair, très froid. Le soleil commence à éclairer le cheminement du calvaire qui domine le village. La route bien asphaltée est tranquille, montant toujours régulièrement. Je passe devant les deux hôtels El Unquilla et Pastos Chicos. Je finis par franchir le col C à 4104 m. Aïe ! Vent de face venant de l'ouest. Quelques vigognes toujours aussi belles avec leur fameux cou élancé, et des lamas un peu plus rablés. La descente est magnifique vers le Salar de Olaros. Puis, une longue et interminable ligne droite de plus de 20 kilomètres le long du salar en direction du sud. Un volcan tout encapuchonné de neige apparaît au sud. Est-ce l'Ojos del Salado ? La route file vers l'ouest maintenant. A droite contre la montagne, quelques formes géométriques rectangulaires : des maisons. C'est le hameau d'Archibarca. Je m'arrête pour demander si je peux poser ma tente. L'accueil est on ne peut plus curieux. Une voiture de police est stationnée au centre de la place du hameau, avec plein de personnes autour qui semblent dans un état inhabituel. A ma question, une dame sur un ton un peu affolé me crie : non ce n'est pas possible. Manifestement, il y a problème ! Un homme vient vers moi, en fait, le policier. Il me fait comprendre que le hameau est en état de choc du fait d'un décès. Il me dit qu'il y a une ruine à 1 kilomètre qui pourra me servir d'abri. Je file donc en m'excusant auprès du policier de cette arrivée intempestive. Je finis par dresser la tente à l'intérieur des ruines d'une maison. Des ânes sont en liberté. Bonne soirée, avec utilisation pour la première fois d'aliments lyophilisés : purée-jambon. Bof ! mais pas mal pour la survie.

Susques - Archibarca, 69 km, 7h50 - 13h40, +698 m  -421 m (altitude maximale en vélo : 4104 m)

Samedi 15 septembre 2012

Quel froid ce matin au réveil ! Durant la nuit, j'ai rajouté ma polaire en duvet Valandré et mon bonnet en laine d'alpaga. La bouteille d'eau est un glaçon.  Pas de réchaud, il fait trop froid. Petit-déjeuner banane, coca-cola que j'avais pris soin de mettre dans la tente au chaud. Mais le soleil est très vite là. La route est assez plane, toujours très bonne, mais à 4000 mètres. J'ai le soleil dans le dos : c'est bon pour les reins. Quelques vigognes sont intriguées mais se laissent photographier. Puis, surprise : un couple de cyclistes arrive en sens inverse. John et Mathilde qui viennent de Bolivie et comptent aller tout au sud de l'Argentine vers la Patagonie, la Terre de Feu et remonter à Buenos-Aires. Quel programme ! Un peu plus loin, un deuxième couple, italien cette fois, Sylvano Grasso et sa compagne qui se sont faits monter avec un pick up au Paso de Jama depuis San Pedro de Atacama, pour 200 dollars. Ils ont rencontré les suisses sur le Salar d'Uyuni mais les deux couples m'ont dit qu'ils avaient dû renoncer à le traverser en totalité en raison des trous de sel qui leur faisaient faire du ... saute-mouton. L'italien est un peu malade. Sa compagne a l'air en pleine forme. Ils filent vers Salta pour prendre l'avion. Le paysage est maintenant très ouvert. Je passe à côté de la laguna Arna dont il reste peu de chose, puis du Salar de Jama contre lequel est implanté le village de Jama, siège de la douane argentine. Je trouve une petite roulotte avec des chinois qui dégustent une pizza. J'en veux : j'en ai pris deux. Une chambre, est-ce possible ? La tenancière de la roulotte me dit de la suivre. Elle a un très joli petit vélo repeint à neuf. Son papa me propose une chambre pour 50 pesos. Je vais prendre un café expresso (mais oui !) à la station-service avec deux petits croissants mondialement réputés pour leur qualité, sur internet. Pas mal, sans être toutefois exceptionnels. Près de la chambre, se trouve le coin douche. La douche est électrique, dans tous les sens du terme. Au moment de la mettre en marche, je suis réellement électrisé. Je saisis un emballage plastique qui me permet d'actionner l'interrupteur de la douche sans me prendre le jus, et d'avoir ainsi la précieuse eau chaude. Bien sûr, tous les boitiers de prise et d'interrupteurs sont pendants. Voyant vite le danger, la douche fut certes chaude mais courte. Le dîner m'est apporté dans la chambre sans table, sans chaise : une assiette pleine de poulet/frites que j'avais demandée, posée maintenant par terre. Je dîne l'estomac plié en deux, me dépliant pour respirer de temps en temps. Je mets du blanc de poulet de côté pour demain. Les frites sont bien grasses mais ... qu'est-ce que c'est bon !

Archibarca - Douane argentine village de Jama 53 km, 8h10 - 13h, +134 m  -81 m (altitude maximale en vélo : 4118 m)

Dimanche 16 septembre 2012

La nuit a été très bruyante. La chambre se trouve à 30 mètres d'un énorme groupe électrogène qui alimente en électricité tout le village de Jama. Pas d'insonorisation du moteur diesel. C'est un peu comme si on dormait avec un aspirateur en marche en permanence. Le propriétaire de la chambre m'a pourtant dit que, la nuit, le groupe ne marcherait pas, m'a promis deux parts de pizza à emporter et le petit-déjeuner à 7h30. Rien de tout ça. A l'heure dite 7h30, tout est fermé. Je dégage donc avec mon vélo vers la station-service ouverte 24h/24 pour prendre un petit café et une bouteille d'eau supplémentaire. Car ... aujourd'hui commence la longue traversée totalement désertique du secteur de l'Atacama. Trois journées de vélo sans absolument aucun village, aucune cabane, et, on le verra par la suite, aucun mur de protection du vent. J'ai un peu d'appréhension mais suis totalement lucide sur les risques et les précautions à prendre pour ce type de traversée en très haute altitude. Il faut d'abord passer la douane qui ouvre à huit heures. En réalité, je suis tamponné à 8h45. Désormais, je suis au Chili. Pas âme qui vive. Le ciel est très bleu, la route très belle et fréquentée quasi exclusivement par les camions dont les porteurs de voitures pour le Paraguay. Le trafic est très faible. Les camions sont à fond. La route ondule en montées-descentes. Trois endroits (appelés miradors) sont aménagés le long de ce trajet de quelque 160 km jusqu'à San Pedro de Atacama. Ce sont des constructions circulaires de murs d'un mètre de haut placés dans les endroits les plus photogéniques, et qui devraient servir d'abri contre le vent. Je pense que les concepteurs de ces murs n'ont jamais testé cette pseudo protection du vent. En franchissant le Paso Jama, on entre dans ce qui peut devenir un énorme piège. Cela nécessite un engagement total avec les risques associés pour le cycliste : pas de retour possible simple, pas de téléphone, pas une seule cabane, pas de zone refuge, altitude très élevée jusqu'à pédaler à l'altitude du Mont-Blanc. Mais c'est le grand beau, presque plus chaud qu'en basse altitude lorsque j'étais à Purmamarca. En passant la frontière, on laisse en contrebas le salar de Jama. Quel dommage que le gros village de Jama soit bâti sans aucune conception d'ensemble, sans place de village, en s'étendant tout contre le beau salar de Jama avec la centrale d'alimentation électrique activée par le groupe moteur diesel. Après le mirador de Jama, je franchis le col D à 4411 mètres. Je rentre dans des paysages vraiment splendides. J'atteins le salar de Quisquiro. Je dépasse son mirador. La route est belle, le bonhomme pédale bien. Un camion porteur de voitures est là sur les bas-côtés complètement calciné. Toutes les voitures ont brûlé. Plus loin, un camion-fou dépasse un autre camion à ma hauteur. Malgré mes gestes, la tête brûlée accélère. Je suis obligé de m'arrêter compte tenu du déplacement d'air énorme occasionné. Je passe la laguna Aguas Calientes (plusieurs lagunas sont dénommées ainsi dans l'Atacama) avec son panneau de réserve de flamants roses du "Chili". Je m'installe avec la tente face à cette laguna, derrière un mur du mirador : incroyable beauté du panorama. Les flamants seront bien là, mais en fin d'après-midi. Repas lyophilisé. Trop beau ! Un vent violent s'est levé dès 11h ce matin, alors que, normalement, le vent n'aurait dû se lever que vers les 14h.

Douane argentine village de Jama - Laguna Aguas Calientes 53 km, 8h45 - 13h30, +526 m  -371 (altitude maximale en vélo : 4411 m)

Lundi 17 septembre 2012

Toute la nuit, le vent du nord et de l'ouest a soufflé par coups de boutoirs. Normalement, la nuit est ... sans vent. Pas moyen de trop dormir. Le matin, j'ai eu beaucoup de mal à plier la tente car tout volait. Le ciel était bleu, donc pas de problème. Je prends la route. De suite, vent de face qui envoie des gifles terriblement déstabilisantes pour l'équilibre. Je commence à sentir mes rotules. Pédaler avec le vent de face pour passer le plus haut col de ce périple à 4830 mètres, c'est le défi d'aujourd'hui. 17 kilomètres de montée. Une pente régulière mais ce vent ! Quelques voitures de touristes. J'ai été pris en photos je ne sais combien de fois. La montée devient plus raide, des pentes avoisinant probablement ce que je trouve à Marie-Blanque mais à plus de 4600 mètres et avec le vent de face. Impossible de tenir. Par deux fois, je pose pied à terre et je pousse le vélo. Mais je monte alors à 2 km/h. Ca ne va pas. Un effort énorme. Je remonte sur le vélo. J'appuie, le nez dans le guidon, au sens propre du terme. Et ... poco a poco, je finis par atteindre cette barrière des 4830 mètres. C'est la plus haute altitude que j'ai jamais atteinte en vélo. C'est aussi pour moi un beau pied de nez à ce médecin de Toulouse chez qui j'avais fait le test du vélo (au retour d'une expédition au Karakoram), et qui, entouré de son aréopage d'infirmières, d'étudiants, le tout en blouses blanches en demi-cercle autour de moi, m'avait très solennellement dit que je ne pourrai pas monter à plus de 3000 mètres d'altitude. Je passe devant la très belle laguna de Pujsa qui fait partie des zones humides protégées au titre de la Convention de Ramsar. Une famille chilienne, très sympathique au demeurant, veut à tout prix me prendre en photo. Le vent devient de plus en plus violent. Je continue. Le ciel est toujours bleu. Je finis par trouver un inattendu mirador à 4587 mètres face à la laguna Aguas Calientes. Je comptais passer la nuit dans une buse de la route. Là, c'est trop beau. Je pose ma tente au ras du mur pour me préserver le plus possible du vent. Repas maigre. Je commence à douter du temps. Toute la nuit, des sacrés coups de boutoirs ont violenté la tente au point que parfois j'ai été soulevé. Solide heureusement, cet abri de toile testé pour tenir à des vents de 140 km/h. Pas fermé l'oeil de la nuit.

Laguna Aguas Calientes - Mirador 4587 m, 8h - 13h, 35 km, +730 m  -275 m (altitude maximale en vélo : 4830 m)

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