Bolivie 2010 - 1

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Bolivie 2010 - 1
Lundi 10 mai 2010 : Aujourd'hui on bâche ! Non, il ne pleut pas mais ... je ne vous l'avais pas dit mais le soleil lorsqu'il cogne surtout en altitude ... ça fait des cloques ! Et oui, j'ai eu le bras gauche et la jambe gauche ... cloqués c'est-à-dire brulés au premier degré. Puis ca pèle. Mais après avoir pelé ça recommence, alors ... il faut bâcher : se couvrir les bras et les jambes. La chemise Millet (toujours super) et le pantalon de montagne ... Millet. Donc, je suis parti ce matin de Desaguadero, la frontière Bolivie-Pérou, après avoir rencontré des Bretons et après les formalités douanières. Désormais, ce n'est plus 7h mais 6h de décalage avec la France. Beaucoup de queue à la douane. A 9h30, j'enfourche le vélo pour de bon. De la piste d'abord, puis une superbe route goudronnée, surtout assez tranquille. Longer le bord du petit lac Titicaca à cette heure-là est de toute beauté. Mais la suite sera encore plus splendide. On passe devant les ruines de Tiwanaku (Dominique se rappellera tout ça lorsque nous étions venus là) avec des assemblages de pierre "inca" et une très savante orientation des murs. J'ai croisé un espagnol de Santander qui fait lui, à vélo, un tour par Copacabana pour revenir ensuite à Rio de Janeiro. Mais le clou sera la montée a un "col" (on ne dit pas ce mot ici) d'où l'on a un panorama fan-tas-tique car on voit tous les très beaux sommets habillés de blanc sur une centaine de km de long de la cordillère avec, bien sûr, du nord au sud, les Condoriri, le Huayna Potosi, d'autres dont j'ignore le nom, et enfin plus au sud la belle crête dentelée des Illimani. C'est prodigieux avec un éclairage puissant du soleil. Cela dure une trentaine de km. Puis, et là c'est un peu moins gai, on entre durant des dizaines de km dans une ligne droite qui n'en finit pas et qui mène à El Alto, la ville aéroport de La Paz, tout cela toujours à 4000 m d'altitude. On longe durant tous ces km une sorte de no man's land avec des constructions jamais terminées en briques. Enfin, El Alto, la ville avec les grouillements habituels de ces faubourgs de capitale où normalement je dois trouver une bifurcation pour la direction d'Oruro sans descendre dans la capitale La Paz. Je finis par trouver un hôtel - un vrai pour une fois avec un bon confort mais ... pas de glace du tout ni dans la chambre ni dans la salle de bain ! Le change est de 8 bolivianos pour 1 euro. Je suis dans un 3 étoiles pour 12 euros avec le petit-déjeuner ... et la douche est chaude ! Demain je file comme prévu vers la lointaine Oruro dans quelques jours.

Desaguadero - El Alto La Paz 105 km, +575 m -320 m 9h30 - 16h

Mardi 11 mai 2010 : Réveil trop tôt ! J'avais oublié qu'il y a une heure de décalage avec le Pérou. Total, j'ai attendu le lever du jour pendant trois quarts d'heure. La sortie de La Paz-El Alto ... pire que celles de Lima et Cusco ! Cela dure une vingtaine de km sur une route, goudronnée certes, mais défoncée de toute part avec même tout simplement des regards dont il manque le couvercle ... Il faut avoir les yeux partout ! Ce matin il a fait froid comme jamais. Non seulement ,j'ai "tout bâché" mais au bout d'un moment, ne sentant plus les doigts, j'ai sorti les surmoufles que m'avaient offerts pour la fête des pères Laure et Thomas. La route est toujours à 4000 m d'altitude avec d'interminables lignes droites et ... la pampa, aux ondulations qui font tout de même passer le petit plateau de temps à autre. Beaucoup, beaucoup de choses sur la route dont pas mal de chiens écrasés, des morceaux de pneus qu'on ne peut plus compter, des boulons de roues de camions, des rétroviseurs éclatés, et même ... une chaussure ! C'est la pampa avec ce ruban de goudron qui file vers le sud, presque interminable. La culture du blé et de la pomme de terre est toujours là, mais cette fois-ci avec quelques tracteurs dont des Fiat. Je me suis fait jeter lorsque je me suis arrêté pour prendre en photo une dame et ses brebis (disculpe !). Vers midi, j'avais envie de quelque chose. Je suis tombé sur un restaurant dont le patron est musicien et est resté plusieurs années à Bordeaux dans un orchestre bolivien. Et ... il a fallu que je chante la Marseillaise avec lui !! Si, Si ! Car, autrement, je n'avais pas la soupe ... excellente, accompagnée d'une excellente bière bolivienne au malt que m'a presque imposée sa femme car cela faisait "fortifiant". C'est vrai qu'elle était bonne cette belle brune. Puis, je suis finalement arrivé dans un village de "routiers", Patacamaya, avec une rue centrale principale et pas mal de boutiques. Un seul "hôtel" mais là encore ... je me suis fait fermer la porte au nez car il était "plein". Il faut dire que j'avais réveillé la brave dame qui faisait la sieste. Finalement, j'ai trouvé refuge dans une sorte de maison d'accueil pour sportifs avec une chambre noire et une douche chaude mais sans possibilité d'avoir une serviette. Bien sûr, j'en ai une mais bonjour le séchage si je l'utilise. La douche attendra demain avec l'arrivée, je l'espère à Oruro, où là, suivant les conseils de Dominique, je resterai un jour de plus sans pédaler.

El Alto La Paz - Patacamaya 99 km, +390 m -610 m 7h - 15h

Mercredi 12 mai 2010 : Confiance ! Lorsque je suis sorti de ma chambre noire, la tenancière m'a fait remonter pour vérifier que tout était en ordre (autrement dit pour vérifier que je n'avais rien piqué) ! Très beau lever du jour, un peu moins froid que le matin précédent. Petit déjeuner vite fait avec un café et un peu de pain. A côté (on est dehors bien sûr!) je vois toute une rangée de femmes contre un mur, accroupies et essayant de trouver un peu de chaleur dans leurs multiples couches de vêtements ! Sûr qu'elles ont passé la nuit là ! ... Et ... c'est parti ! Car je voudrais être à Oruro ce soir, un très gros pueblo où je pourrai trouver un très bon hôtel et rester deux nuits. Mais il faut y arriver ! Toujours la pampa et sa bande noire de bitume qu'il faut remonter. Ce n'est pas très différent de la veille sauf ... une manif ! mais oui en pleine campagne désertique (mais d'où viennent les gens ?). Ils étaient environ deux cents à manifester avec une superbe banderole en tête au sujet apparemment de pertes de revenus. Et, cela, avec une voiture de police devant et une autre derrière. Ils défilaient ... dans la pampa sans public. Mais ils étaient bien organisés car le soir à la télé, sur la chaine publique, la manif est passée avec des images ... pour un peu on m'aurait vu en les croisant avec mon vélo ! La veille, à la télé, j'avais vu qu'il y avait aussi un conflit sérieux, avec des barrages routiers (c'est la règle ici je crois les manifs et les barrages de routes avec lancers de pierres). Mais, à la télé, on voyait aussi des armes chez les manifestants. Puis,j'ai continué sur cette très belle route, un peu monotone certes mais avec assez peu de roulage. Les premiers sommets à 5000 m font leur apparition. Et puis, je n'étais pas seul : une coccinelle m'a accompagné durant une bonne cinquantaine de km en restant posée sur ma sacoche de guidon. Vers 13h, la fringale ! Je m'arrête manger une soupe et boire ... une excellente bière bolivienne au malt et sans alcool (ce n'était pas la même qu'hier). Puis les 30 derniers km ... Ah! la ligne droite qui n'en finit pas jusqu'à ... Oruro, avec les premières traces de sel dans les champs et ... une vigogne qui m'a fait coucou quand je suis passé (ça a un petit cri qui correspondrait plus à un petit animal qu'à un animal de cette taille). Mais oui, ca y est, c'est gagné : un peu plus de 130 bornes à 4000 m. Oruro a beaucoup changé avec d'énormes (et assez belles) sculptures en métal honorant le travail de la mine. Ville très vivante (mais toujours trop de voitures dans le centre). J'ai pris un très bel hôtel **** pour deux nuits près de la Parque de la Union (Plaza de Armas). Finalement, cette Plaza de Armas qu'on trouve dans toutes les villes est bien pratique pour le voyageur qui veut trouver le centre-ville. En France, cet hôtel serait luxueux mais ici petit-déjeuner compris on s'en sort pour 25 euros la nuit. Le Salar d'Uyuni n'est plus qu'à quelques 350 km ... mais je crois que maintenant ce sera de la piste ... et là, c'est une tout autre affaire ... je ne ferai pas 100 km par jour !

Patacamaya- Oruro 132 km, +445 m -490 m 7h - 16h

Jeudi 13 mai 2010 : La petite fille qui donne à manger aux pigeons, photo combien de fois vue. Ici, à Oruro, on peut en faire toutes les cinq minutes ! Un très beau jardin public occupe l'espace de la place de l'Union. Il grouille de monde mais, pour la première fois depuis mon entrée en Bolivie, j'ai vu des gens sourire, calmes, courtois ... enfin une ville comme on aimerait en voir beaucoup ! En regardant passer le temps sur un des bancs près de la très belle sculpture centrale entourée de lions et de chiens sur lesquels grimpent les petits, on se prend à regarder et à deviner ce qui peut bien se cacher derrière l'apparence d'une personne qui passe selon sa façon d'être habillée, selon sa démarche, selon le regard qu'elle donne. Puis il y a quand même les gens pressés qui ont un faciès très sérieux, les hommes avec une sacoche de congrès en bandoulière, les femmes avec un visage neutre, sévère et lointain, habillées de façon stricte ... Oruro est une ville très agréable, même aux dires de quelques personnes avec qui j'ai pu engager un brin de conversation. Beaucoup de vendeurs ambulants, beaucoup de petits groupes qui discutent ... et une manif ! Mais oui, apparemment c'est un lot quotidien dans le pays. Mais une manif gigantesque de plusieurs milliers de personnes précédées de policiers inquiets, mais qui a fait son bout de chemin dans la ville et autour de cette place de l'Union. Apparemment, c'est un problème de coût du transport qui les réunissait. Oruro a bien changé depuis que j'étais venu là il y a quelques années avec Allibert pour gravir quelques volcans, découvrir le Salar d'Uyuni et le Sud Lipez.

Vendredi 14 mai 2010 : Réveil tardif car le petit déjeuner est à 7h30. Puis, départ selon l'itinéraire de sortie de ville que j'avais bien mémorisé la veille. Très vite, je tombe sur un panneau : pas plus de 35 km/h car il y a une caserne. Faut pas réveiller le soldat ! Puis la route serpente toujours aux environs de 3900-4000 m avec un revêtement de plus en plus bosselé mais ... une route aussi beaucoup plus calme que les jours précédents. On a l'impression de remonter une grande et large vallée bordée de sommets : très agréable. Trois vigognes traversent la route et se laissent photographier. Une gare avec des wagons silencieux au pied d'un village minier Poopo. Puis, un vrai train ! avec des wagons de voyageurs. Ce doit être très agréable de voyager ainsi car le train roule à très faible allure. En point de mire, un ... vélo monté par un Aymara avec, attachée sur le cadre, une faucheuse à essence de marque "écho". J'avais strictement la même. Il n'en faut pas plus pour engager la conversation tout en pédalant. Cet homme vient de faire 20 km aller pour faucher un champ. Il a 30 vaches dont il tire du fromage qu'il vend à Oruro, et 80 brebis. A l'heure du casse-croute, on prend ensemble une sopa à Pazna. Il m'affirme que Challapata est à seulement 20 km. En fait, il y en a le double avec ... une superbe averse en prime ! Je voyais le mauvais temps arriver par l'Ouest mais me disais que ça allait se calmer. On est tout près du Salar de Coipaxa et déjà, de part et d'autre de la route, beaucoup de sel dans les champs ! Je pédale fort pour essayer de gagner de vitesse le vent et la pluie. Mais ... toujours pas de Challapata en vue. Le vent forcit, donc il ne devrait pas pleuvoir !... Tout faux ! Vite le poncho. Le vent et la pluie redoublent mais ... Challapata finit par se montrer. Je trouve une chambre un peu sordide (mais au moins je serai à l'abri) sans eau et les banos dans un état !... Je la prends quand même juste pour une nuit. Internet est là aussi mais, alors que j'avais rédigé à peu près tout le texte, ... coupure d'électricité ! Tout est à refaire : on m'a dit que c'était la tormenta ! Challapata n'est pas très agréable, mais, bon, ça fera bien pour une nuit comme disent les alpins. La suite, demain, est un vrai point d'interrogation car le mauvais temps est bien là. Mais, après le mauvais temps, il y a toujours le ....

Oruro - Challapata 123 km, +315 m -305 m 8h - 15h

Samedi 15 mai 2010 : Nuit dans une chambre noire ... mais pour dormir c'est bon sauf la sempiternelle musique qui dure très très tard ! Pas de petit déjeuner, la tenancière n'est pas réveillée. Alors, je pars avec un vent de face mais avec une route asphaltée durant une trentaine de km. Puis, il ne faut pas se tromper de direction. C'est à droite, une piste ... et quelle piste ! De la tôle ondulée sur ... 70 km ! On passe de bosse en bosse tous les 50 cm : sympa au début mais très vite cela devient une vraie galère. Ce sont les 4 x 4 et les camions qui font ces creux et ces bosses avec les roues dont les amortisseurs sont fatigués. Les roues rebondissent et ... cela fait des pistes vite impossibles à utiliser. Pourtant, c'est la seule voie pour moi. Bizarre, pas une voiture (un camion dans l'après-midi) dans mon sens. En revanche, toute une série de voitures neuves avec des numéros écrits à la main sur les pares-brises se sont succédées en convois de cinq a dix, dans l'autre sens. Elles ne pouvaient venir que du Chili sur cette piste qui prend dans l'Atacama et qui contourne le Salar d'Uyuni. Contrebande ? ... Une voiture arrêtée sur le bas-côté ... un pneu déchiqueté. Le bon samaritain s'arrête. Une dame seule s'efforce avec les mains et les pieds de dévisser la roue... en vain. Alors, Zorro arrive et fait le nécessaire. La roue est changée ... mais je dis à la dame de rouler doucement sur cette piste infernale. Le temps devient inquiétant. Les nuages, le vent, quelques grains de pluie, le poncho sort mais finit par faire peur à la pluie. Cahin-caha, je finis par arriver dans le petit village de Tambo Tambia. Peu de monde. Mais, un peu à l'écart, je vois trois personnes qui égrainent une sorte de blé avec une machine qu'on utilisait autrefois en France, un ventilateur actionné à la main qui permet de séparer les graines de la tige (je crois que c'est un ventoir). Je leur demande si je peux planter ma tente sur la place. Finalement, on me propose un petit réduit avec à l'intérieur ... un matelas par terre et ... un très beau mouton pendu et ... sa pelisse qui sèche ! Le réchaud à essence est allumé pour faire cuire des sortes de pâtes avec un parfum qui ressemble au viandox. Bôf, quand on a faim ! Le temps n'est pas bon du tout ! ... Il fera jour jour demain !

Challapata - Tambo Tambia    104 km, +410 m -220 m 7h30 - 17h

Dimanche 16 mai 2010 : Ce matin, pas beau mais pas beau du tout. Toute la nuit, une violente tempête de vent a sévi. J'ai été réveillé à 5h car le petit réduit où je suis, est en réalité le téléphone public ! Les préparatifs sont vite faits car je ne dois pas trop réfléchir pour partir, un habitant des lieux me confirmant que la journée allait être très mauvaise, avec pluie et vent. Je pars donc avec beaucoup de nuages au-dessus de la tête et ... beaucoup de vent ... et beaucoup de tôle ondulée encore. La chance sourit aux audacieux dit-on, et bien le dicton s'est vérifié. Il n'a pas plu (grâce au vent) mais je suis arrivé fatigué de ces km de tôle ondulée où le dos en prend plein les vertèbres ... et le pauvre vélo aussi. Je suis arrivé à Llica, une espèce de village-fantôme, au bout du monde (on n'est qu'a 30 km du Salar d'Uyuni), assez important car la place centrale a un immeuble affiché comme sous-préfecture. Sur cette place, une pension ... il n'en faut pas plus pour m'arrêter : casse-croute. En fait, la nourriture était tellement bonne, le bonhomme était tellement épuisé par la tôle ondulée, le temps était si incertain que j'ai décidé de m'arrêter passer la nuit là. En réalité, la pension est un peu comme tous les hospedajes et petits hôtels que j'ai trouvés en Bolivie : une salle commune de restauration (où tout le monde reste couvert avec casquette jusqu'aux oreilles, bonnet enfoncé jusqu'au nez, tenue vestimentaire traditionnelle avec forces épaisseurs de vêtements), télévision, vente de produits divers, puis des chambres à la limite ... avec des toilettes communes plutôt sales, une douche électrique commune qui ne chauffe pas ou très peu avec débit limité, des portes de chambre qui ne ferment que très mal (ici, la spécialité est de n'avoir aucune serrure dans aucune des portes, la patronne se promenant avec toute une suite de cadenas). Tout se ferme avec un cadenas. Mais, l'important n'est-il pas de pouvoir dormir à l'abri ? Heureusement que je suis resté là ! Car c'est à une véritable tempête de vent à laquelle on a eu droit tout l'après-midi et toute la nuit. J'apprendrai demain soir qu'il a neigé toute la nuit sur le Salar. Demain pourtant, le Salar d'Uyuni doit être franchi ! ...

Tambo Tambia - Llica    48 km, +240 m -225 m 7h30 - 13h