Chili 2010 - 1

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Chili 2010 - 1

Lundi 24 Mai 2010 : San Pedro de Atacama, ça requinque ! Très agréable petite ville d'altitude au climat vraiment exceptionnel. Jugez plutôt : il fait beau avec un ciel bleu toute l'année ! Le paysage est splendide avec les volcans enneigés à 6000 m. On y trouve ... beaucoup de français dont un restaurateur d'origine toulousaine chez qui je vais manger le soir. Inconvénient de San Pedro : c'est plus cher que n'importe où ailleurs au Chili. J'ai pu trouver une chambre très calme avec douche chaude, et ... très propre. Du coup, j'ai réservé quatre nuits pour 5000 pesos la nuit, soit 8-9 euros. L'avantage est que je peux aussi faire sécher du linge, mettre toute la journée le capteur solaire en fonctionnement (pour les photos ... ca use !), tout cela grâce à une cour intérieure ensoleillée toute la journée. Tout ce qu'on me proposait était à 20000 pesos la nuit ! Ils profitent en fait de l'engouement des toutous pour ce futur Saint-Trop du Chili. Allez-y vite car ça devient déjà le repaire de pas mal de bobos français. ... Après les secousses boliviennes, San Pedro est un hâââvre de calme et de repos !

Mardi 25 Mai 2010 : Un petit tour de ... vélo. Ce matin, je suis parti pour le Salar d'Atacama, et plus particulièrement le lago de Ceja. J'avais vu sur Google Earth de très belles photos de ce site. Pour y arriver, de l'asphalte sur 20 km puis une piste en ... tôle ondulée et sable mou (une douzaine de km) ! Tous les sites sont payants ici mais je suis arrivé plus tôt que le gardien, donc j'ai des sous pour un gâteau et une bière ! En réalité, le lago de Ceja n'a pas de couleurs exceptionnelles, même avec un soleil rasant comme c'était le cas ce matin. Quelques canards, beaucoup de sel bien entendu, ... bôf ... mieux vaut presque voir les photos dans Google Earth. Aussi, après avoir refait la piste à l'envers, je suis allé voir le pueblo suivant : Toconao, situé à une vingtaine de km. ... Pire que tout ! Un village quasiment mort. J'ai cherché en vain un endroit pour boire un coup ou avaler une petite soupe. Le seul bâtiment qui ressemblait à une gargotte était en réalité la caserne des carabineros. Je me suis approché pour avoir una cerveza ... pero... je me suis vite repris à la vue des uniformes. Du coup, j'ai pelé une pomme devant la caserne et ... directo San Pedro où je suis arrivé vers 14h30 pour ensuite une bonne douche. Le temps est vraiment radieux ...

San Pedro de Atacama - lago de Ceja - Toconao - San Pedro de Atacama 124 km, 7h30 - 14h30, +150m -120m

Mercredi 26 Mai 2010 : Les matins sont assez froids à San Pedro comme vous le voyez avec la température affichée par Thomas sur le blog. Mais c'est aussi le gage du beau temps ... éternel ! Combien rêveraient d'avoir du soleil toute l'année sans être privé ... d'eau (et du reste .... ). Ce matin, direction la vallée de la Lune : joli nom, non ? Je suis parti aux aurores pris en charge par six chiens qui ... m'ont adopté et qui m'ont sécurisé pendant au moins 5 km. Toutes les voitures qui passaient étaient prises en chasse par les six chiens qui revenaient ensuite m'encadrer. Sachez-le, à San Pedro, ce sont les chiens qui assurent la sécurite des personnes ! C'était très mignon en fait ! La vallée de la Lune, c'était l'objectif ce matin, une cinquantaine de km aller-retour, goudron puis piste mais très très beau. Surtout que, vu l'heure, j'étais seul avec le soleil qui se levait. Le relief très tranché par le travail du vent et de la pluie (autrefois ?) est tout à fait surprenant sauf pour ceux qui connaissent un peu les Bardenas par exemple dans les Pyrénées espagnoles. C'est ... minéral ... pas le moindre oiseau qui vive, pas la moindre herbe verte. En revanche, des roches sédimentaires travaillées par le sel, du sable, beaucoup de sable, de grands plaques comme bétonnées par le sel ... Il manquait Michel Clin à mes côtés pour identifier tout ce fabuleux paysage sculpté par les ans. J'ai dû payer 1000 pesos au retour (1 euro et demi) lorsque les gardes ont pris le boulot (à 10h). En fond, toujours le panorama un peu magique de ces volcans frontaliers avec la Bolivie et avec l'Argentine dont le volcan Lascar qui a, paraît-il, un cratère encore en activité. San Pedro, c'est fini ce soir ... Un peu de regret tout de même devant ce lieu assez étonnant par bien des aspects.

San Pedro de Atacama - vallée de la Lune 65 km, 7h30 - 12h30, +220 -210m

Jeudi 27 mai 2010 : "Llanos de patiencia" ... Oh! que oui il m'en a fallu de la persévérance aujourd'hui. Parti normalement à 7h30 de San Pedro, je suis arrivé épuisé à 17h30, après avoir fait une centaine de km ... mais quels km ! Ce n'était pas la Bolivie avec la tôle ondulée mais j'ai commis une faute pour n'avoir pas prévu suffisamment à manger. Depuis ce matin, je n'ai avalé que trois bananes et une pomme. Or, j'ai eu droit à nouveau à un vent en pleine figure sur la totalité du parcours. Pendant les 50 premiers km, cela monte toujours ... à 6 km/h. La route passe tout le temps dans ces espaces (llanos) qui sont des immenses plateaux désertiques dont on ne voit jamais la fin (llanos de patiencia !). Le vent prend un malin plaisir à tourner tantôt à gauche tantôt à droite, mais jamais ... derrière ! Le paysage serait beau ... comme un désert ... mais il est complètement envahi par tout un tas de détritus durant 100 km ... et quand on arrive près de Calama (une ville de plus de 200 000 habitants), c'est horrible car la décharge des ordures de la ville se trouve à l'entrée avec un vent permanent qui arrose de détritus tous les alentours bien au-delà de la décharge. Le Chili n'est pas exemplaire sur ce plan, loin s'en faut ! J'ai mouliné comme un malade, le nez dans le bonnet et le bonnet dans le guidon ! J'ai trop dépensé d'énergie. Même dans les "descentes", j'étais en train de pousser au maximum à 10 km/h. Je m'en suis rendu compte en arrivant : j'étais en hypoglycémie. Vite, quelques biscuits, du coca ... Et dire qu'un camion s'est arrêté à quelque 20 km de Calama pour me proposer d'embarquer ! J'ai refusé pensant que ce foutu vent de face allait se calmer. Idiot que j'ai été ! Sûr que la prochaine fois je monterai dans le camion ! Je commence à en avoir plein le ... nez de ce foutu vent qui semble prendre un malin plaisir à m'asticoter les naseaux. Je comprends mieux maintenant toutes les remarques des cyclos sur le vent d'Amérique du Sud. En arrivant à Calama, j'entends "vous êtes francais ?". Le monsieur connaissait la marque Rando-cycle ! Fort ! Car c'est une marque connue des seuls spécialistes du vélo ... J'ai trouvé une chambre à 8 000 pesos, un peu cher probablement mais j'étais trop fatigué pour chercher. Etape à ... oublier car sans intérêt, sinon pour tester son ... endurance !

San Pedro de Atacama - Calama 112 km, 7h30 - 17h30, +1120 -1250m

Vendredi 28 mai 2010 : Chuquicamata, la  mine de cuivre la plus importante du monde ! Pour y arriver depuis Calama, une belle rampe à deux fois deux voies séparées a été construite il y a vingt ans. Elle est à une vingtaine de km. Le matin pour l'embauche, c'est un balai ininterrompu de 4 x 4 pick up. Impressionnant, le mot n'est pas trop fort pour qualifier ce qui devrait faire la plus grosse ressource du Chili (l'exploitation étant, d'après ce que l'on m'a dit, aux mains des chiliens). Arrivé sur site, on peut voir la montagne totalement tranformée par les décombres miniers qui font des jupes muticolores aux versants sur ... des km ! Tout dans Chuquicamata est organisé dans et pour la mine. On peut y voir bien sûr les énormes ateliers de réparation des engins (allez voir les photos sur Google Earth) mais aussi de très vastes parkings remplis de pick up 4 x 4 rouges (pour l'exploitation probablement) mais aussi d'importants bâtiments dédiés au "développement durable" et aux normes de qualité ISO 9000 et 14000. Les entrées de toutes ces surfaces sont extraordinairement surveillées. Visites interdites sauf en groupe et en bus depuis Calama. La montagne fume un peu à certains endroits, témoignant du travail d'extraction du minerai de cuivre. Quand on interroge individuellement les ouvriers casqués sur, par exemple, le tonnage extrait, la réponse est toujours la même : ils ne savent pas. Ma visite fut donc très courte puisqu'il ne m'a pas été possible d'aller, comme je l'espérais, faire le tour sommital de l'énorme carrière à ciel ouvert. Finalement, voyager par Google Earth dans ce cas est préférable et bien plus instructif puisqu'on peut descendre au fond du trou, visualiser les bas-côtés en 3D, et se promener ainsi sans barrière aucune.

Calama - Chuquicamata - Calama 45 km, 7h30 - 12h, +510 -520m

 

Samedi 29 Mai 2010 : Et c'est parti pour ... Sierra Gorda, un petit bled situé au tiers de la distance pour joindre la ville côtière du Pacifique : Antofagasta. La sortie occidentale de Calama est ... un peu plus propre que l'entrée du côté de San Pedro. On pédale dans une longue et .. morne immense étendue de sable, de roches, sans aucun brin d'herbe ! Le paysage, de jour en jour, se ressemble de plus en plus : el desierto ! Si. La route semble faire la course avec deux pipe-lines et la voie ferrée (le train est passé, tirant des wagons-citernes et des wagons-plats probablement chargés de minerais). Trois machines diesel jumelées en tête ne permettent pas toutefois de dépasser les 35-40 km/h. La route est très étroite sans bande d'arrêt d'urgence ... alors le cycliste est ... une proie assez facile ! J'ai réussi à adapter un écarteur de fortune en piquant un tube fluo qui sert de témoin de bordure de route. Malgré cela, quelques camionneurs un peu endormis m'ont foutu pas mal la trouille. L'étape était courte. Je suis arrivé pour casser la croute. Seulement, le pueblo de Sierra Gorda est tout sauf un village. Il sert de dortoir à pas mal de gens qui travaillent dans une mine de cuivre proche (une quinzaine de km) qui serait, d'après un des employés, désormais plus importante que Chuquicamata. C'est une exploitation privée avec des capitaux américains, japonais, français. Trouver une chambre dans ces conditions n'est possible que dans un ... bidonville. Une chambre noire faite en planches, séparée de la "chambre" voisine par des planches ajourées, sans eau, avec des toilettes épouvantables de crasse... Il a fallu que je sorte mon tournevis pour mettre en marche la lumière ... Le tout est, bien sûr, habité par des jeunes et des jeunes couples avec bébé ! Incroyable ... En plus, c'était la nuit de samedi à dimanche, donc toute la nuit de la musique à fond et les canettes de bière à flot (ça ne s'est calmé qu'à 6h du matin). Bref, le petit cycliste n'a pas trop fermé l'oeil de la nuit.

Calama - Sierra Gorda 73 km, 7h30 - 12h, +45 -670m

Dimanche 30 Mai 2010 : Après une telle nuit, recommencer pareille mésaventure n'était pas recommandé. Je suis donc parti pour joindre directement Antofagasta la grande ville côtière du Pacifique (près de 300 000 habitants), en brûlant l'étape de Baquedano. Mes voisins de chambre m'avaient bien fait monter la moutarde dans les naseaux ... et j'ai pu faire cette belle et longue étape de plus de 150 km. Le vent a été dans l'ensemble assez discret sauf dans les 15 derniers km où le chrono ne pouvait pas dépasser les 7 km/h. Le paysage est toujours le même, très minéral, avec beaucoup beaucoup de détritus partout. La trouille encore et toujours, malgré mon écarteur géant  ... Certains camions n'avertissent même plus comme au Pérou, et vraiment, comme les bas-côtés, lorsqu'ils existent, sont plein de trous, on n'a qu'une solution : rouler le plus au bord de la chaussée pour "voiture" et se balancer dans le bas-côté lorsqu'on entend un gros bruit ... Des exploitations minières partout (le Chili serait le paradis du BRGM !). L'arrivée à Antofagasta se fait dans une plongée sur le Pacifique, avec la configuration classique de ce type de ville : les quartiers bidonvilles à la périphérie sur les hauteurs, la vieille ville en bas près de la mer. Demain, je reste dans cette ville une nuit de plus. L'altitude est finie, l'humidité arrive ...

Sierra Gorda - Antofagasta 156 km, 7h30 - 16h, +205 -1520m

Lundi 31 Mai 2010 : Sacrée araignée ! Voilà trois à quatre nuits que j'ai eu des piqures à répétition à hauteur de l'estomac et de la hanche. Ca démange terriblement ! J'ai lavé tout ce qui pouvait servir de haavre de paix à la mystérieuse inconnue et ... je l'ai trouvée et ... elle a bu une sacrée ... tasse au fond du lavabo ! Terribles ces bestioles ! Ne sachant pas ce que c'était, je me suis mis aux antibiotiques par précaution pour huit jours. Aujourd'hui, un peu de vélo le long de la ville d'Antofagasta qui s'étire sur des dizaines de km, coincée entre l'océan Pacifique et les premiers chainons de la cordillère andine. Autrefois ville minière et important port, Antofagasta reste encore une importante cité industrielle mais peu ou pas de port (hormis quelques petits bateaux de pêche) depuis que Iquique, plus au nord, a raflé le marché maritime. Des loups de mer jouent dans le vieux port sous les regards ébahis d'une dizaine de pélicans ! ... Mais que l'eau et les rivages mériteraient un sacré nettoyage ! Quelques rues piétonnes très animées, des restaurants avec des prix bien plus bas que ceux trouvés jusqu'ici ! ... une vie plus normale quoi, sans trop de touristes. Compte tenu des camions-fous, de la panaméricaine, de l'absence de village sur 400 km, d'un paysage toujours ressemblant à ce que j'ai pu voir depuis Calama, je préfère prendre le bus juqu'à Chañaral. Demain, à 10h, un bus de Tur Bus devrait me conduire avec ... le vélo j'espère (mais ce n'est pas certain ... je n'ai que le billet pour moi, pour le vélo c'est à voir avec le chauffeur) à cette petite ville située en bordure du Pacifique pour, ensuite, le lendemain, aller dans le parc national marin recommandé par Laurent. En attendant, sus aux démangeaisons de l'araignée (... coriaces les morsures de ces petites bêtes !).

Mardi 1er Juin 2010 : Etape de transition aujourd'hui ! En bus d'Antofagasta à Chañaral ... quel confort ! Je ne regrette vraiment pas ces 400 km car, comme prévu, ces km de désert rectilignes avec pour tout occupant le sable, la poussière, les détritus, les camions, sans aucun village hormis deux auberges ... ressemblent à ceux que j'ai parcourus depuis San Pedro de Atacama. Je me suis épargné quatre jours de vélo-galère. Cool le car, très confortable avec les sièges semi-couchettes et, à la différence du Pérou, pas de présentations commerciales avec musiques plein les oreilles durant deux heures ! Le Chili est très bien organisé pour les dessertes par car : très propre (comme en Chine le transport ferroviaire), pas cher (j'ai payé l'équivalent de 15 euros pour les 400 km vélo compris), très fréquent ... presque le rêve ! Pourtant ce n'était pas bien parti ce matin. J'avais acheté le billet hier et ... 10h arrive (l'heure du départ du bus) et ... le vélo ne peut pas rentrer dans le car. C'est un car-couchette à deux niveaux pour Santiago que m'avait réservé la petite dame du guichet de Tur Bus, la compagnie qu'on m'avait recommandée. Je rouspète bien sûr ... Ils finissent par me proposer un car "classico" qui a de plus grands coffres et qui part à 11h30. Perfecto, j'accepte. Mais, à 11h30, le car en question est bondé. L'employé qui a eu pitié de mon vélo à 10h, réussit à me faire passer devant et ... on rentre le vélo de ... force ! Je cris un peu en montrant mes jantes car ... dessus, un autre employé a voulu mettre évidemment d'autres bagages ! Voyant certainement que je n'étais pas très content, ledit employé a prestement sorti les bagages ... Total, je n'ai finalement payé aucun supplément pour le vélo, et j'ai eu les excuses du chef de car (car il y a trois personnes employées par car : le chauffeur, le chef de car et le bagagiste). J'ai gagné 5000 pesos. Mais, mon brave vélo a eu une de ces jupes (garde-boue) un peu abimée ... mais, bôf, c'est un Rando-cycle, il résistera ! Je suis finalement arrivé à Chañaral à 17h30. La nuit venant, il me fallait trouver une chambre : complet, complet, 25000 pesos ... puis 20000 pesos ... trop cher ... J'ai fini par trouver une chambre très correcte avec TV (c'est important la TV pour les sud-américains, semble-t-il) et ... pour la première fois depuis Uyuni en Bolivie ... une selle sur la cuvette des WC, et ... le tout ... propre ! Tout ça pour 8000 pesos la nuit soit 12-13 euros. J'ai pris car je n'avais plus beaucoup le choix. J'y resterai au moins deux nuits car je dois aller voir la bellle réserve marine que m'a recommandée mon ami Laurent.

 

Mercredi 2 Juin 2010 : Flââneries autour de Chañaral et discussions avec des mineurs au ... repos ... une boisson un peu alcoolisée à la main, pour se détendre ! Petit pueblo stratégique dans le passage Nord/Sud Pacifique. Le village est construit un peu sur les hauteurs mais avec des extensions en fond ... Or, quand on voit l'énorme baie, on comprend les panneaux qui indiquent les zones de sécurité en cas de tsunami ! Les mineurs au repos m'ont dit que les plaques de cuivre que l'on peut voir transportées sur les camions venant des mines de Chuquicamata et autres, font chacune 130 kg. L'acide sulfurique servirait, d'après ce que j'ai pu comprendre, à dissocier du minerai brut, cuivre et plomb. Si quelqu'un peu m'expliquer ??

Jeudi 3 juin 2010 : En route pour la piste de 30 km qui rejoint (et traverse) le parc national Pan de Azucar, un parc d'une superficie voisine de celui du Parc National des Pyrénées, avec 43 000 ha dont une partie se trouve sur deux îles. Ces deux îles que je voulais contourner en bateau mais ... pas de touriste autre que moi et ... la barque aurait coûté plus de 50000 pesos, un coût acceptable lorsqu'il est partagé par 50 touristes mais, même si j'avais voulu payer ... pas de proposition de barque ! Je regrette car, sur ces deux îles, se trouvent notamment des pingouins de Humboldt, une espèce endémique mais que je vais pouvoir peut-être trouver un peu plus au Sud dans un autre parc. La traversée de ce parc est très belle avec des paysages aux couleurs splendides : roches noires, orangées, crèmes, sables blancs, jaunes, avec l'océan Pacifique qui débute en bleu turquoise pour virer progressivement au bleu nuit. Plein de bateaux de pêcheurs étaient en action avec probablement beaucoup de poissons si l'on en juge par la quantité d'oiseaux survolant les bateaux. Le soleil rasant du matin et la solitude du cycliste donnaient une ambiance étonnamment paisible. J'avançais ainsi au fil des km jusqu'à tomber sur des cactus ... en boule ! Ah ces fameux cactus, espèce endémique encore, auxquels on a donné, je crois, le nom d'une prochaine ville "Copiapo". Très beaux, en coussinets, et éparpillés à intervalles presque réguliers. Je finis par tomber sur une Maison du Parc avec une exposition un peu fanée par le soleil. Les moyens du parc ne semble pas à la hauteur des besoins. Je discute avec un garde : 14 gardes dont 8 en exercice. Le garde est tout heureux que je lui dise que "son" parc est très beau (c'est vrai au plan paysager au moins) mais il m'indique que derrière la bute, là, dans le parc ... Je vais voir, et effectivement, je comprends qu'il ait eu un peu honte ... beaucoup de baraquements en bois pour "touristes" avec quelques barques de pêcheurs ... Bref, demi-tour, restons sur la bonne impression des premiers km. Des problèmes avec les chiens et les chasseurs notamment pour les populations de Guanacos (tiens, on dirait du déjà vu !). On ne voit pas de réglementation affichée ... Fermons les yeux, je ne fais pas partie des gestionnaires de ce parc ! Retour sommeillant sur la piste du matin ... avec un éclairage différent. Le soleil est plus haut, les bateaux de pêche ne sont plus sur zone. Retour à Chañaral pour une bonne tartelette aux pommes. Un petit coucou sur le blog. Préparation pour demain, le départ pour - peut-être - Caldera, en longeant le Pacifique.

Chañaral - Pan de Azucar - Chañaral 65 km, 7h30 - 14h, +515 -510m

Vendredi 4 Juin 2010 : Faut y aller ! Dur de partir d'une très bonne chambre d'hôtel. Il fait froid ce matin. Les bagages sont prestement mis en place (tout est maintenant bien rodé). La chaîne méritait un peu d'huile (faut la soigner !) ... Pas de petit déjeuner, ce sera pour plus tard la banane traditionnelle. Dans le petit matin, Chañaral s'éloigne. La route longe la Côte Pacifique avec de très beaux dessins de courbe, mais ... pff ! que de montagnes russes ! C'est soi-disant tout plat jusqu'à Caldera, ma destination d'aujourd'hui à environ 100 km. En réalité, tous ceux qui répondent à la question : y a-t-il des côtes ? et qui répondent : No, plano !... n'ont jamais dû prendre un vélo de leur vie. La route serpente assez joliment, un peu comme la route corse qui longe la côte ouest dans la partie nord, mais ... la comparaison s'arrête là. Le potentiel de plages est assez impressionnant avec, à la différence du Pérou, moins de propriétés privées de terrains en bordure de l'océan. En revanche, beaucoup de panneaux partout sur la zone de sécurité en cas de tsunami. Ils ont estimé un tsunami d'une hauteur de 20 mètres, et ont délimité, à partir de cette hauteur, le risque quasi nul. Mais ... évidemment, toutes les "paillotes" se trouvent dans la zone de risque contre la plage. Toujours beaucoup, beaucoup de camions (il y en a un qui a fini par toucher mon écarteur à Caldera mais heureusement sans conséquence sinon un coup de gueule de ma part !) et ... enfin ! des oiseaux. Ca commençait à me manquer. Quatre beaux rapaces (qu'il me reste à identifier) assez gros (entre le cormoran et le vautour) se délectaient d'un cadavre de chien écrasé ... devinez comment ? ... Ils étaient tout noirs avec une caroncule rouge. Après pas tout à fait 100 km, Caldera est en vue. Plutôt coquette avec une grande place centrale, une église du XIXe siècle, la plage pas loin, Caldera a tout d'une petite ville balnéaire. Pas fâché d'arriver tout de même car le vent s'est un peu levé de trois quart après 70 km. Mon mal de crâne est toujours là, effet des antibiotiques, je pense, qui doivent fatiguer un peu. Ce soir, je suis dans une chambre apparemment à l'abri des risques de tsunami : ... le panneau l'indique, alors !

Chañaral - Caldera 97 km, 7h30 - 14h30, +710 -690m

Samedi 5 Juin 2010 : Bahia Inglesa ! Quel joli nom ... en souvenir de corsaires anglais qui auraient accosté sur une très belle baie près de Caldera où je suis. Aujourd'hui, ce sont probablement d'autres corsaires qui ont pris possession de ce lieu car c'est assez chic avec quelques réalisations d'architectes et, surtout, une desserte par bus, par taxis, un nettoyage par la benne à ordures qui passe tous les jours ... On sent qu'il y a là un lieu d'influence ! avec une qualité de service public qu'on ne trouve que dans les très grandes villes, alors que Bahia Inglesa c'est tout au plus un parc immobilier de quelques tout petits milliers de lits. La ballade à vélo depuis Caldera est agréable, toujours au petit matin avec ... personne sur la route, hormis les taxis jaunes et noirs qui tournent à vide (on se demande comment ils font pour gagner leur vie !). De grandes étendues de sable, des petites plages dans des baies, et ... on arrive à Bahia Inglesa. On ne voit au début que des maisons, puis en se disant qu'il y a bien quelque chose derrière, on tombe sur une petite baie mais avec une configuration de maison de poupée : à droite, des îlôts rocheux dans l'océan proche, blancs de guanos, une plage en demi-lune de sable blanc fin, des îlôts rocheux noirs pointés dans le sable, et une eau dont la couleur est semblable à celle du Parc National Pan de Azucar, translucide puis verte puis bleu nuit. Seulement, quand on s'approche, on remarque que la saison touristique ne bat pas son plein car l'océan (qualifié localement de "Mar") est plein d'objets divers en suspension. Mais, l'eau est à bonne température pour un bain que je n'ai pas pris compte tenu de l'état de ma tronche dû à cette foutue araignée dont les effets de piqures ne semblent pas trop vouloir me lâcher ! Un petit port de pêcheurs est relégué dans un coin hors de la vue de Bahia Inglesa. Un autre port plus important et plus actif se trouve à l'Ouest de la ville de Caldera, avec une pêche de tous les jours, une vente possible du poisson sur le port, sous les yeux avides des pélicans et des loups de mer qui vous regardent fixement pour quémander quelque chose. Ce petit port est très actif avec encore un musée présentant des éléments d'identification des espèces animales présentes dans l'océan proche (série de rapaces, pingouins de Humboldt, baleines, loups de mer, dauphins, cachalot ...), l'ensemble étant présenté et gardé par l'association de protection de la nature du coin. Les prix baissent apparemment au fur et a mesure qu'on descend vers le Sud. Ainsi, hier soir, j'ai mangé un très bon poulet frites avec un sprite pour 3 euros. Ce midi, une sopa avec du poisson frit accompagné de salade de tomates, oignons, et d'une bière pour 3 euros également. Il y a trois jours, cela aurait été 4 a 5 euros, et il y a huit à dix jours "dans le nord du Chili", cela aurait été le double. Que cela continue !... Il n'y a que la chambre qui ne s'arrange pas avec toujours des prix très voisins de 8 euros la nuit mais avec une qualité qui ne s'améliore pas (pas de serviette, pas de savon, des sanitaires à la limite ... mais vous avez parfois des ... araignées sympas en plus !). Cela dit, on sent aussi que plus on descend vers le sud plus le niveau de vie moyen des gens augmente.

Caldera - Bahia Inglesa - Caldera

 

Dimanche 6 Juin 2010 : Direction Est aujourd'hui pour atteindre Copiapo. La sortie de Caldera est un peu hasardeuse car, bien sûr, je suis parti vers ... le Sud ! La Ruta 5 (panaméricaine) est rejointe après 5 km d'errance. Du déjà vu ... mille fois avec du sable, des ... camions, des plastiques envolés, des morceaux de véhicules, des pneus ... ça monte et ça descend (pas trop), et, à moitié chemin, au bout d'une quarantaine de km, un avion là à droite posé dans le désert ! En réalité, c'est un aéroport "international" appelé "Aéroport international du désert de l'Atacama" ! On le construit au milieu de nulle part (expression Allibert) pour desservir Copiapo, Caldera et, bien sûr, Bahia Inglesa ! Il fonctionne déjà puisque j'ai vu un avion assez gros se poser et une ... meute de taxis noirs et jaunes s'affairer vite vite... Le désert finit petit à petit par laisser un peu de place au vert ! Non, je ne rêve pas ! Et ... juste devant moi, arrive un bonhomme tout déguisé de blanc, à pied, avec un énorme sac sur le dos, et qui traîne un caddy à roulettes avec un superbe oriflamme "Pour la Paix". C'est un colombien parti depuis ... 12 ans à pied, qui a fait le tour de l'Amérique du Sud, et qui revient en ... 2012 en Colombie. La première question qu'il m'a posée lorsque je lui ai dit que je venais de Lima, a été : mais pourquoi t'arrêtes-tu ? Guillermo avait l'air d'avoir la tête bien sur les épaules. Il était très organisé avec son barda, le bidon de lait au café sur le ventre prêt à être dégainé, l'appareil photo numérique qui marchait, le bedaine bien en avant (il doit bien se nourrir ... depuis 12 ans !). J'ai droit à un petit message-papier sur la paix. Je lui ai promis de le contacter par mail lorsque je serai en France. Puis, les faubourgs de Copiapo se montrent après les nombreuses grandes haciendas qui pratiquent la culture de l'olivier (mais est-ce récent ? car il n'y a pas de vieux beaux oliviers comme en Aragon). De l'aéroport international à Copiapo, l'autoroute est en construction (investissez ! vous dis-je à La Caldera et à Bahia Inglesa, c'est le moment !). Arrivé dans le centre-ville, je cherche une chambre, et tombe sur un vieux monsieur qui me hèle un peu brutalement. C'est un italien de Campo Basso qui a un restaurant et qui est en train d'en monter un autre. Je lui explique mon périple ... il me dit de le suivre. J'entre alors dans un vieux bâtiment (très beau) en pleine rénovation : c'est son projet qu'il me montre, fort bien situé, et me propose une pièce pour installer mes affaires de couchage "gratis". Sympa quand même ! En Ouzbekistan, un monsieur un peu semblable m'avait donné ... de l'argent pour me payer une nuit d'hôtel. Ici, l'italien me propose en plus un déjeuner avec crudités, poulet, purée pour 2 euros et demi. Todo va bene ! Ah, au fait, le mal de tête a quasiment disparu avec trois doses d'Efferalgan de 1g à chaque prise. Le remède de cheval proposé par Laure a marché !

Caldera - Copiapo 84 km, 7h30 - 12h30, +610 -180m

Lundi 7 Juin 2010 : Kaleidoscope ! Copiapo me fait rencontrer des choses et des gens éclectiques. Une 2CV modèle 1955 à l'arrêt (pas pour longtemps car c'est interdit) le long de la Plaza de Armas. Dans le genre voiture, deux 404 qui roulaient, trois 504 qu'en Afrique on revendrait encore pour faire 500 000 km. Pas mal de voitures de marque française au ChiliCalama c'était la voiture du facteur qui était un Partner). La circulation en ville se fait sans quasiment d'accident. Les rues sont principalement à sens unique, et les feux, nombreux, sont très respectés. Beaucoup de taxis qui tournent en permanence et que les gens empruntent jusqu'à les remplir, quelles que soient les directions. La police est très discrète mais lorsqu'elle sort, c'est avec des voitures grillagées dans les quatre côtés (pares-brises et portières couverts). Sous le porche de la cathédrale, une grève de la faim de toute une famille qui semble promise à une décision de licenciement. Il faut que la situation soit terrible pour en venir là : comité de soutien, quête ... il faut donner, bien sûr. Carmello, l'italien qui me loge gratis, est resté toute la journée assis sur une chaise à l'entrée du parking de son futur restaurant (où je loge) et a encaissé la monnaie car, comme le stationnement sur la voie publique est quasiment interdit avec de très fortes amendes (quelques rares places sont disponibles mais prises d'assaut), il a eu l'idée lumineuse de boucher le trou de la grande piscine qu'il y avait et de faire un parc de stationnement payant privé pour une vingtaine de véhicules. Total, en fin de journée, il m'a dit avoir "fait" plus de 150 heures/voiture à raison d'1 euro l'heure ... Il n'en revient pas ! Parmi les ouvriers qui travaillent à retaper le futur restaurant, il y a le maire de la ville de Copiapo (toujours important d'avoir de bonnes relations !) et un argentin qui lui sert de menuisier (je dis bien qui lui sert car il travaille comme un ... intellectuel qui n'aurait rien compris au fonctionnement d'un marteau). Or ce pseudo-menuisier argentin me dit qu'il est chanteur de tango ... argentino, et qu'il a fait un CD qu'il doit me donner demain matin avant que je parte : "si ca ne te plait pas, tu le jettes !". Etonnant ce pays qui a, en plus,  ... de bonnes tartes au citron et de succulents pudding british !

Mardi 8 Juin 2010 : "C'est moi la p'tite voix, qu'est ce que je t'avais dit !" Et c'est vrai que j'ai bien fait de l'écouter cette petite voix qui m'incitait à prendre le bus aujourd'hui. La route de Copiapo à Vallenar était encore en plus mauvaise condition pour un cycliste que je l'imaginais. Tout y était : brouillard et pluie associés tout le long, trafic de poids lourds dense dans les deux sens, quasiment pas de bas-côté sauf pour les derniers 20 km, chaussée très étroite au point que les poids lourds venant en face étaient obligés de mordre sur la partie droite non goudronnée (bonjour le cycliste dans ces cas !), ligne droite soporifique pour les chauffeurs, et ... accident de la circulation au milieu du trajet (la maréchaussée locale s'était déplacée, et les uniformes étaient trempés ... ils ne s'inquiétaient même pas du risque de sur-accident alors qu'ils étaient en train de mesurer au milieu de la route sous la pluie dans le brouillard !). Les photos seront éloquentes, je crois. En tout cas, les bus chiliens sont vraiment très très confortables. On a eu droit à un petit déjeuner dans le bus avec semi-couchettes. Le tout pour 8 euros et demi vélo compris pour 150 km. A Vallenar, arrivée dans le sale temps. Trouver une chambre n'est jamais facile. On tombe toujours sur des pseudo-hôtels qui proposent des chambres à 25-30 euros, puis, en demandant un peu, on finit par trouver à 10 euros. ... Il est 15h30, le soleil arrive !!! ... profitons vite !

Copiapo - Vallenar bus 150 km

 

Mercredi 9 Juin 2010 : Ca y est, me voilà un peu plus au calme ! Je viens de faire une soixantaine de km sur la panaméricaine ... sans surprise, mais avec beaucoup de tension car il faut regarder partout et pédaler fort dans les méandres, au demeurant très beaux, de ce grand serpent qui traverse les Amériques. Domeyko, ce village où je voulais m'arrêter est en réalité un ensemble sans forme de carrés de bois où vivent des gens qui travaillent pour la plupart dans les mines. Une gendarmerie me permet de me renseigner normalement sur l'existence ou non, et l'état, de la piste qui devrait me permettre d'atteindre l'océan pour ensuite faire une boucle et rejoindre la panam. Le jeune policier est très optimiste (du genre todo va bene) et me regonfle un peu les mollets. C'est parti pour la piste, pour en réalité plus de 70 km mais ... quel bonheur cette piste ! Quasiment pas de véhicule, une chaussée meilleure que l'asphalte et pourtant en terre (mais ... la suite !) une longue, étroite et sinueuse vallée que l'on remonte avec toujours un petit passage au fond alors qu'on croit la vallée terminée (le bonheur du cyclo !). Normalement, je dois atteindre la Côte Pacifique après en gros 70 bornes. Les cactus défilent ... jusqu'au moment où je vois au loin un camion qui semble rouler lentement. Puis, je tombe sur une piste ... mouillée comme après la pluie. Puis ... je roule de plus en plus mal, de plus en plus lentement, avec des frottements bizarres, puis ... tout se bloque d'un coup. Les roues ne veulent plus avancer ! En fait, le camion (je ne le saurai que le lendemain) répand un mélange saumâtre d'eau et de sel provenant du Salar d'Atacama (vous vous rappelez San Pedro ?) qui fait durcir la chaussée en séchant, tout en étant une horrible colle en étant mouillé. Seul sur cette piste, les roues bloquées, ... le camion au loin qui continue son boulot ! Je me dis qu'en allant sur l'extérieur de la piste je trouverai du sable qui devrait me permettre de dégager peut-être ce foutu mélange de terre, de sable, de sel et d'eau. Ca marche un peu, les roues se débloquent un peu mais ... je tombe sur du sable mouvant où, là, pas possible d'avancer ! Je reviens un peu tant bien que mal à la piste et ... examine bien la situation. Je trouve une tout étroite bande de piste qui n'a pas été mouillée par le camion, et qui se prolonge car la piste est en réalité plus large que l'arrosoir du camion. Sauvé ou presque ! Je suis tant bien que mal cet étroit passage avec évidemment les roues qui renaclent mais ... petit à petit le sable sec fait son effet, et dégage un peu l'espace entre les pneus et les gardes-boues. Je finis par atteindre LE village tant espéré qui a un nom difficile Callizarilla. Une petite chapelle est dédiée à Notre Dame de Lourdes ! Curieux comme on trouve une dévotion toute particulière pour la Vierge de Lourdes (A Arica, une ville au nord du Chili, j'avais vu un semblant de grotte dédiée à Notre Dame de Lourdes).... Je viens de faire plus de 120 bornes sans ... manger, j'ai faim ! Je finis par trouver ... une bière et, en discutant, je trouve la solution pour dormir et manger et trouver une barque pour, demain, aller rendre visite aux pingouins de Humboldt ! Ce soir, un lit et un très bon repas de poisson avec de la corvina (succulent poisson avec une assiette de crudités).

Copiapo - Calizarilla   125 km, 7h45 - 17h30, +995 -1360m

Jeudi 10 Juin 2010 : Les rames sont prêtes ! L'océan a mis ses habits de lumière aujourd'hui d'après Patricio mon guide pêcheur qui va se révéler être un excellent naturaliste et un fin connaisseur des pièges de la mer. Non sans avoir eu l'autorisation du chef de la police locale avec un tampon en bonne et due forme (c'est une réserve naturelle nationale), nous partons, avec un autre guide pour la sécurité, vers l'Ile Chañaral située droit devant nous à environ une dizaine de km. Après le passage lent (c'est aussi un port de pêche), le moteur quatre temps Yamaha "qui ne fait pas de fumée" donc qui ne polluerait pas trop, nous mène très vite dans le sanctuaire ! Interdit de débarquer sur l'île car les pingouins de Humboldt ont la première des deux nichées annuelles. Je les verrai d'un peu loin tout là-haut sur la falaise, debouts, venir épier les instrus. Leur démarche déambulante est rigolotte. Les falaises sont blanches de guano mais c'est dû à la foultitude d'oiseaux marins qui trouvent refuge et pìtance dans ce haut-lieu de la Nature, notamment les "piqueros" très beaux oiseaux longilignes, noirs, blancs, gris qui ressemblent un peu aux sternes qu'on peut trouver au Banc d'Arguin dans le bassin d'Arcachon mais qui sont plus fins et plus longs de corps avec la tête grise alors que l'essentiel du corps est blanc : superbe ! Patricio fonce vers l'océan profond derrière l'île pour atteindre les ... dauphins ! ... Des éclats dans l'eau, des têtes puis des corps qui ondulent, puis ... demi-tour et ... toute la bande de dauphins commence à nous suivre. Patricio accélère la vitesse, puis à fond, et les dauphins nous encerclent. Il y en a partout ! Ils sautent de part et d'autre de la barque, nous dépassent, se laissent dépasser, se bousculent entre eux pour nous serrer au plus près ! Formidable vision de ces animaux amis de l'homme (dans la réserve ...). Nous approchons un peu plus des récifs rocheux de l'île avec des sculptures de pierre comme seule la Nature peut en imaginer les contours, passons sous des arches sur lesquelles se hissent loutres et ... loups de mer qui guettent les ... pingouins. Des centaines de loups de mer sont là, se prélassant sur les rochers au soleil, et ... dans l'eau, plein de têtes qui se dressent : ce sont encore des loups de mer, énormes qui regardent qui leur arrive dessus. Très rigolos ces loups de mer qui se dressent droits comme des piquets dans l'océan avec leurs têtes qui pivotent comme des périscopes ! ... Magnifique, Magnifique ! Patricio veut essayer de me montrer mieux les pingouins en passant versant nord de l'ile, un passage très fréquenté pour leur accès à l'océan. Malheureusement pour moi, ils sont trop occupés avec leurs petits (1 a 2 oeufs par nichée avec deux nichées par an). Mais nous en verrons nageant à qui mieux mieux pour se ravitailler au milieu des albatros et alimenter leur progéniture ... L'heure du retour est là ... Patricio veut me faire un cadeau, car je lui ai fait comprendre que j'étais aussi ... de la maison, et il me propose de retourner mais en essayant de trouver les ... baleines ! Ce n'était pas prévu au programme ! Il connait l'endroit comme sa poche, et me dit que parfois plus de 200 baleines sont là dans cette baie de quelques dizaines de km2 car il y a beaucoup de "krill". La La ! ... Je ne vois rien puis ... la barque approche à vive allure. D'énormes ronds dans l'eau puis une explosion en surface. La baleine souffle ! Le dos rond énorme fait une apparition fugace car elle replonge vite. Je pourrai ainsi voir ce ballet autour de la barque sept a huit fois. Magique ! ... La barque ralentit ... les rames entrent en action ... l'entrée au port se fait silencieuse et calme ... Le rêve se termine ! Quelle émotion ...

Cette extraordinaire rencontre a duré trois heures. Il faut ... reprendre le vélo pour Punta Choros. Mais une nouvelle surprise m'attendait ... d'un genre tout à fait différent. Je reprends la belle piste de terre salée et ... elle est mouillée ! Le camion d'hier a refait le plein de saumure et l'a répandue sur des km mais là, la piste est beaucoup plus étroite et ... finie la petite bande sèche qui m'avait permis hier de me faufiler ! Panique sur le Mulet ! Les roues renaclent, puis ... tout se bloque ! Plus moyen d'avancer. J'essaie le bas-côté, peine perdue c'est du sable mou mou mou ! Que faire ! Attendre qu'un véhicule passe pour m'embarquer. J'arrête un pick up. Le chauffeur comprend bien la situation car c'est lui qui a eu l'idée de mélanger eau et sel de San Pedro de Atacama pour durcir la piste de terre ! Je sais tout maintenant ! Le Monsieur accepte très gentiment de me porter au village pour rendre la clef de l'habitation où j'ai logé, et me conduit à la bifurcation de la piste pour Punta Choros, mais ... m'a-t-il dit, la piste ne dure que 10 km, après ... c'est du sable ! Il me laisse moi et mon Mulet qui ne peut plus avancer. Je sors les sacoches, retourne le vélo et démonte les roues. Des blocs de sable/sel ont durci et sont coincés dans les gardes-boues et dans les freins. Le tournevis entre en action. Le vélo est remonté. Tout ... roule ! La piste n'est pas mouillée. Super, il fait beau ! ... Le sable devient de plus en plus présent, puis ... plus de piste de terre, que du sable ! Impossible de rouler même avec le sable sec. Je suis obligé de pousser le Mulet dans cet enfer de dunes ... Mais j'avance tout de même à 4 km/h. et ... finis par tomber sur deux engins de chantier qui travaillent une piste venant de Punta Choros qui se trouve à ... 1,5 km ! Ouah! enfin peut-être le bout du chemin ! Punta Choros et ses trois îles apparaissent. Terminus pour aujourd'hui. Mais, au moment où je veux installer ma tente dans un camping, les 3000 pesos demandés pour juste poser la petite tente sans possibilite de douche et d'eau chaude, me ... refroidissent. Je décide de poursuivre un peu et d'aller camper au-delà du village dans ... du sable sec ! ... A moi la soirée à me remettre des émotions de la journée, à déguster le silence avec les ... noix de cajou que je m'étais gardées pour fêter la ... Fête de la Nature !

Calizarilla - Isla Chanaral - Punta Choros 25 km, 12h45 - 17h, +230 -205m