Colombie 2014 - 2

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Colombie 2014 - 2

Mardi 2 décembre 2014 - La bosse de Medellin ...

... est franchie. 2494 m au "col" Alto de las Minas. Ce n'est pas très haut mais on part d'environ 600 m et ... le contexte a été un peu particulier ... car je ne voulais arriver à Medellin que le lendemain mercredi.

Prévoyant que ça n'allait pas être une journée facile, je suis parti un peu avant 6h de La Pintada. J'aime ces départs matinaux : la nuit a régénéré la nature, ça sent bon, le trafic n'est pas encore à son maximum, on entend les oiseaux se réveiller, la température est de l'ordre de 16 degrés. Il ne fallait pas se tromper de direction, prendre le pont et filer à droite. Le pédalage est facile, doux. Mais, bientôt, le ruban de goudron se redresse. On enclenche le moulinet à 5-6 km/h. Ca monte tranquilou. J'ai une trentaine de km pour atteindre un assez gros village, Santa Barbara, perché un peu comme Manizales sauf que Santa Barbara n'est en rien comparable. On n'y trouve presque rien de ce que l'on souhaite : pas de calda alors que je me régalais à l'idée que j'allais pourvoir avaler un bon bouillon avec de la viande bouillie, pas d'eau pétillante non plus. La soif commence à me tenailler car si le soleil est un peu caché durant les 15 premiers kilomètres, après, je dois mettre le chapeau sous le casque et la chemise à manches longues. A l'entrée du village, des "artistes" bombent des graffitis sur les murs cimentés de la courbe de la station-service. Il ne me reste qu'une quinzaine de kilomètres avant de passer la bosse à 2495 m.

La pente exige toujours le tout petit développement. Le cagnard tape dur, la chaussée est complètement déformé, la route est étroite sans bande latérale sinon du ciment déversé pour l'écoulement des eaux, et ... le trafic devient très imposant. Inutile de trop détailler la suite. Les fous sont de sortie : des dépassements impossibles sans visibilité, des chauffeurs de camion long qui doivent avoir une vision un peu limitée de la largeur de leur bahut, des chauffeurs de bus qui n'en peuvent plus d'attendre derrière un poids lourd qui descend à 10 km/h et qui, sans hésiter, se dirige droit vers le bipède à deux roues obligé de se balancer dans le dévers cimenté pour les eaux de pluie ... cela, sous un soleil de plomb. Relancer la machine alors qu'on est obligé de s'arrêter, pousser un bon coup de gueule parce que de temps en temps ça fait du bien et ... ça donne de l'énergie ! Restent quelques bons moments : ce cycliste colombien avec lequel j'ai pu discuter pas mal, deux arrêts pour du bon café bien sucré (étonnant remontant), et ... l'arrivée au col Alto de las minas à 13h30 pour s'asseoir et siroter une bière. Un peu plus de 7h30 pour grimper la "bosse" de 45 km.

La descente versant Medellin doit être une "formalité". J'ai prévu de m'arrêter un peu avant la grande ville soit pour camper soit pour loger à Caldas ou à Itagui. Mais, j'ignore que la "bosse" peut être aussi une sorte de barrière climatique. De 40°C sous le soleil, je suis passé aux nuages, à la fine pluie, puis au tonnerre, puis à la pluie soutenue jusqu'à ... Medellin. La chaussée est vraiment mauvaise avec des nids de ... autruche, et les endroits où je comptais m'arrêter m'apparaissent sous la pluie, dans la visière du poncho, impossible à approcher. Je traverse ainsi Caldas sans quasiment rien voir, puis une énorme zone de stockage de containers empilés comme des immeubles, et ... embouteillage avec arrêt obligatoire : un arbre est tombé sur la route. Sous la pluie, un policier essaie tant bien que mal d'assurer les passages des véhicules sur le bas-coté tandis qu'un autre policier manie la machette pour tenter de réduire le monstre tombé avec la pluie. A Itagui, j'essaie de sortir de la grand route pour viser le centre et trouver un hôtel, toujours sous la pluie. Des files de voitures à l'infini de tous côtés, des feux rouges. J'interroge les passants. Pas d'hôtels à proximité. Aussi, direction Medellin. La pluie cesse. J'y vois mieux sans poncho et ... j'entends mieux. Enorme ville avec quasiment peu ou pas de panneaux indicateurs, des grands axes où ca file à 80 km/h ... La joie du cycliste ! En tournant au hasard durant deux bonnes heures vers les grands immeubles haut perchés, je finis par trouver trois cyclistes qui m'indiquent des hôtels mais l'un est une sorte de boite privée un peu bizarre, l'autre esrt un cinq étoiles, le dernier est, enfin, un hôtel rêvé : quartier calme, chambre calme, douche à fort débit (non électrique), coût très raisonnable, un ... grand lit ! Arrivée à 17h30.

La Pintada - Medellin, 115 km, 5h45 - 17h30,   +1973m   -1143m,  maxi 2494 m

Mercredi 3 et jeudi 4 décembre 2014 - Medellin, le pais

Un sacré caractère, paraît-il, des basques qui auraient toujours tenu tête au Pouvoir central colombien, vivant leurs vies sans trop se soucier des directives qu'on voulait leur imposer, et ayant une économie largement excédentaire. Les immeubles de containers que j'ai vus avant-hier en descendant la "bosse" sont là parce que c'est une zone franche ... donc pas d'impôt à payer. Il fallait bien qu'il y ait une raison économique impérative pour comprendre cette curieuse localisation géographique.

Medellin est bâtie tout en longueur mais, à la façon de Botero, en exagérant les formes de tous côtés, débordant sur les versants montagneux, un peu à la façon de Quito et de La Paz. Botero est présent par ses sculptures sur la place à son nom. C'est un lieu de rencontre et de jeux notamment pour les petits enfants qui grimpent comme ils peuvent (c'est ... rond !) entre les jambes, sur le dos de ces monuments de bronze. Botero n'a pas inventé ses modèles, il a magnifié les courbes en exagérant ce qu'il pouvait observer dans la rue. Bien que commençant à m'habituer un peu à toute cette profusion de couleurs, de musiques, de paroles, de gueulantes, de moteurs vombrissants à qui mieux mieux, c'est tout de même à Medellin que l'on peut voir déambuler pas mal de poupées barbies dans des tenues très aérées, les vendeurs de dessous pigeonnants devant faire fortune ici.

Alejandro, un doctorant colombien que j'ai rencontré à Medellin, qui boucle sa thèse pour début 2015 avec soutenance à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour, a un regard passionné bien qu'un peu sévère peut-être sur son pays. Alejandro est un décalé intelligent qui sait assurer (il est déjà maître de conférences à l'Université de Colombie) et anticiper le devenir, au moins dans le domaine de l'énergie. Il termine un travail de recherche sur le principe d'un moteur (Ericsson) qui peut fonctionner avec n'importe quel type d'énergie dont, bien sûr, celle issue du rayonnement solaire.

Deux réalisations majeures à Medellin : le métro dont le fonctionnement est, en réalité, plus comparable à un RER, propre, très bien organisé, très fréquenté ; le métrocable, qui aligne des cabines aériennes téléportées (des "oeufs") avec vitesse progressive (débrayables), desservant les secteurs les plus défavorisés de la métropole. J'ai pris ces deux moyens de locomotion. D'abord pour aller rechercher des informations au terminal routier Nord au sujet des possibilités de trajets en bus (j'ai fait choux blanc car il est impossible, quelle que soit la compagnie de bus, d'avoir connaissance des transports possibles hors ceux partant de Medellin). Ensuite, les cabines vastes, propres du métrocable (il manquait les skis !) qui survolent tout l'énorme quartier d'habitations souvent précaires, et qui permettent d'avoir un panorama sur l'ensemble de Medellin et des environs. Sauf que ... la nébulosité était assez présente. C'est ainsi que l'on atteint un premier palier où l'on peut s'étonner de voir deux énormes et circulaires bâtiments noirs sans fenêtre : ce serait la Bibliothèque. Puis, changeant de téléporté, au bout de 20 minutes de course aérienne au-dessus d'un très bel ensemble forestier dense, on parvient à la réserve naturelle d'Arvi. A la sortie du téléporté, des personnes faisant partie du service gestionnaire de la réserve résument caractéristiques principales et intérêt de ce classement en réserve naturelle. Certainement très fréquentée, cette réserve semble gérée comme le sont les espaces protégés connaissant une forte fréquentation : une découverte très dirigiste sur des secteurs aménagés pour sécuriser au maximum les personnes, et pour éviter les dégâts intempestifs.

Reprise du vélo demain pour Guatape, mais modification de programme après.

Vendredi 5 décembre 2014 - Des vrais basques ... d'Amérique

Un monde passé encore là durant une vingtaine de kilomètres. Pour gagner Guatape, je quitte la deux fois deux voies à Marinilla pour me fourvoyer dans une petite route qui ne cesse de monter et de descendre. Mais ... le moindre petit lopin de terre est travaillé. La montagne est rangée, au sens propre du terme, avec des amorces de terrasses faites à la main alignées au cordeau et, incroyable mais je l'ai vu, avec de vrais laboureurs regardant chacun son outil piquer, sarcler, bécher. Tout ce beau monde est dans les champs - dans les pentes ! alors que le soleil est au plus haut. D'autres ramassent probablement des pommes de terre, les mettent dans des sacs d'engrais et remontent la pente sac sur les épaules. Ce n'est pas un bonhomme mais cinq ou six qui se trouvent faire le même labeur dans le même champ. C'est pour moi une vision d'enfance au Pays Basque ... de chez nous ! Bien sûr, le bipède cycliste à sacoches ne passe pas inaperçu. Je m'arrête pour prendre des photos de ces hommes que l'on ne voit plus travailler comme cela chez nous. Mais leurs regards me l'interdit. Il y a pourtant des chevaux, des mulets dans le pays, mais tout s'opère à la main et à dos d'homme. A côté de cela, ces mêmes hommes ont de très beaux 4x4. Quelques panneaux faits main recommandent de mieux connaître la Nature car ainsi on protège la Vie. C'est écrit de manière un peu gauche, mais en lisant on sent que cela vient du fond du coeur. Durant ces quelques trente kilomètres, je retrouve le souvenir de ces personnes chez qui on faisait les foins uniquement avec les vaches comme moyen de traction, en maniant râteaux et fourches pour faire les andains, les meules le soir, charger la charrette et rentrer le foin au grenier. Etonnante surprise ! C'était bien sûr avant que le premier tracteur arrive dans le village.

Juste dans ce morceau de l'itinéraire Medellin - Guatape, ma pédale gauche commence à serrer sérieusement, m'obligeant à forcer pour tenir mon pied dans le cale-pied à chaque tour de manivelle. Dans la montée de trente kilomètres à la sortie de Medellin, je me suis arrêté pour y mettre un peu d'huile avec téflon. Ca va mieux mais quelques dizaines de kilomètres plus loin, ça serre de plus en plus. J'arrive à Guatape mais je me dis qu'il faut absolument trouver une solution. Plutôt que d'aller grimper les milliers de marches qui permettent d'accéder au sommet d'un superbe pain de sucre (rocheux) - le Pena de Enol - je prends pince et clefs pour ausculter la chose. Au total, je desserre juste un peu l'écrou pour libérer un peu de jeu sur l'axe de la pédale. La pédale retrouve sa liberté de tourner normalement. Enfin ... je verrai demain !

L'arrivée à Guatape fait passer du monde agricole avec de belles et grosses fermes éparpillées dans la montagne (le Pays basque vous dis-je !) à l'économie touristique du type de ce que l'on peut trouver un peu partout. Il faut dire que l'on est là sur les bords d'un gigantesque lac de barrage dont les bras d'eau remontent un peu partout dans ce paysage très vallonné. Du coup, on fait beaucoup d'efforts pour que tout soit fait pour rendre agréable le séjour, qu'on ravive les couleurs (au sens propre) des maisons, qu'on enlumine un peu tout - Noël approche. Il y a certes un caractère un peu clinquant mais dès qu'on aborde un peu les gens, on les sent encore authentiques (la génération des adultes).

Après beaucoup d'hésitations, je modifie la deuxième partie de mon périple, d'abord parce que j'ai été un peu trop gourmand (j'ai oublié qu'il fallait un peu de repos aussi entre les montées et les descentes), ensuite parce que la remontée des quelques plus de cinq mille mètres de dénivellation positive cumulée pour joindre Bogota, me fait un peu peur. A cela s'ajoute le fait que quotidiennement une attention extrême doit être portée compte tenu des comportements de chauffeurs, jamais vus par moi dans aucun autre pays. Avantage de mes nouvelles étapes : voir Gustavo, un collègue colombien qui vient donner des cours à Paris. Aussi, je rejoins à partir de demain le Rio Magdalena jusqu'à Honda. De Honda à Bogota, je compte prendre un bus et rencontrer Gustavo. Puis, je repars faire une boucle de cinq jours au nord de Bogota avec des dénivellations moins fortes que ce que j'aurai fait dans ma première prévision.

Medellin - Guatapé, 97 km, 6h -14h,  +853m  -955m,   maxi 2372 m

Samedi 6 décembre 2014 - Jour à surprisesss ...

Une journée originale mais je m'en serai bien passé !

- L'itinéraire donné par Google maps pour déguerpir de Guatapé (très agréable) et rejoindre le rio Magdalena est faux : les distances, les "routes" (en réalité, ce sont de sacrés pistes de 4x4 et VTT parmi les plus dures que j'ai jamais faites), il manque beaucoup d'embranchements, un barrage relativement ancien et important ne figure pas.

- A cela s'ajoutent : que c'est tout un réseau de pistes non renseignées par des panneaux d'indication, qu'il faut choisir ; que c'est une région tout en bosses et creux très rapprochés ; que les pistes sont à la fois détrempées (notamment par les pluies de la nuit), raides à souhait, le plus souvent naturellement empierrées (donc pleines de gros blocs).

On conclut vite : s'engager oui, mais comment s'en sortir ! On comprendra pourquoi tout cela dans quelques lignes.

Ce matin, je suis parti comme d'habitude à 6 heures. La pluie venait de s'arrêter. Confiant dans Google maps (je n'ai jamais eu les problèmes de défaut de fiabilité comme aujourd'hui), j'étais parti pour 40 km avant de retrouver la grande route Medellin - Bogota, soit au maximum 4 heures. J'ai mis 9 heures pour ces soi-disant 40 km qui étaient en réalité 70 km. Je me suis trompé trois fois, le tout dans des pistes cross très raides où personne ne passait. A 13h, crevé de ne pas voir les villages annoncés (j'avais déjà fait une cinquantaine de kilomètres), j'entends un bruit qui se rapproche : un gros camion vide. Je fais signe, explique que je suis perdu et que je veux joindre San José puis la grande route Medellin - Bogota. Le chauffeur va me porter jusqu'à San José. C'est alors que j'apprends que c'est volontairement que les pistes ne sont pas des routes, que les cartes sont fausses, qu'il n'y a pas de panneau géographique : c'est un nid des Farc. Et le chauffeur de me montrer toutes les maisons Farc ...

A San José, je reprends le vélo qui a beaucoup souffert : la pédale gauche s'est remise à bloquer, à siffler, le dérailleur a du mal à passer les vitesses. Je finis par rejoindre la belle asphalte. Mais, il faut monter et longuement encore. Je n'ai mangé qu'un croissant depuis ce matin, mais bu pas mal. Je cherche une chambre ou un endroit pour poser ma tente. Pas très accueillantes les personnes interrogées. Je finis dans le camping de la réserve naturelle du Rio Clara. La nuit ne va pas être drôle : il fait très chaud, très humide et ... la tente est envahie de fourmis et autres bestioles inconnues.

Guatapé - Rio Clara, 94 km de vélo, 15 km de camion, 6h - 17h30, dénivellations non enregistrées

Dimanche 7 décembre 2014 - Cap à l'Est

Nuit sous tente à Rio Clara. Tout est humide partout. Le sol est spongieux. Mais je suis obligé de planter là mon abri de toile. J'ai ouvert toutes les petites aérations notamment celles de la partie sommitale de la tente. A 2h, j'ai la tête qui bouge mollement sur le duvet. Gouttières ! le duvet est spongieux ! J'examine la situation pour sauver des eaux un maximum d'affaires. Cela vient du haut : je ferme toutes les aérations, éponge l'eau avec ma serviette, ferme les sacoches étanches et me calle dans le fond de la tente. Dodo !

5h30, le coq de la montre me fait signe ! Faut tout plier, tout humide ! Cela fera un peu de poids de plus. A 6h, un oeil sur le petit resto du camping : des employées boivent le café. J'ose commander un tout petit déjeuner. Voeu exaucé ! Aujourd'hui, au moins deux oeufs brouillés et un petit café au lait seront dans l'estomac. Le vélo commence à être bien en vrac avec les péripéties d'hier. La pédale freine et couine toujours de plus en plus. Et voilà l'idée d'une réparation sans outil : comme il couine et freine de plus en plus en pédalant en avant, peut-être qu'en pédalant en arrière la limaille de fer qui doit se bloquer dans les billes du roulement de la pédale, s'évacueront ? Ca marche un peu, en tout cas, si ça freine toujours un peu, le couinement s'estompe. Donc, je pédale en avant, dès que ça commence à serrer et à couiner je pédale en arrière. Un tango à pédales !

Ca monte encore un peu avec des faux plats, des petits cols, mais la marche vers le Rio Magdalena, cette énorme rivière de Colombie, est réelle. Puerto Triunfo passe puis j'emprunte l'énorme pont qui franchit le Rio pour poursuivre rive droite et joindre l'intersection avec le grand axe Nord Sud qui est tracé comme une autoroute mais dont de nombreuses portions sont encore à seulement deux voies. La digue que forme cet axe routier pour l'écoulement des eaux réalise des zones marécageuses relativement nombreuses le long de l'axe routier, fournissant un repère attractif pour l'avifaune. Entre autres, j'ai pu voir de nombreuses Grandes Aigrettes.

Les coups de pédales en tango sont de plus en plus lourds sous le cagnard ! J'ai enfilé à nouveau chemise à manches longues et chapeau de toile sous le casque. Arrêt café tinto très sucré à une station-service. Une escouade de policiers palabre fort devant un petit-déjeuner très complet sous l'agréable ventilation. La Dorada, mon objectif d'aujourd'hui, se rapproche. C'est long, c'est presque tout droit, c'est plein sud. En réalité, je trouve un hôtel très confortable juste avant le pont qui permet d'atteindre le bourg. Il devrait me rester une cinquantaine de kilomètres demain pour joindre Honda où là je dois trouver un bus pour Bogota.

Rio Claro - Puerto Salgar, 98 km, 6h30 - 13h, +575m   -671m

Lundi 8 décembre 2014 - La tente en moins ...

Quitter le très bel hôtel de Puerto Salgar pour pédaler en tango, Dédé tu l'as voulu ! ... Encore une quarantaine de kilomètres normalement pas difficiles. Mais ... il flotte ! Oh ! pas de grosses bourrasques. Au début, je me dis que ça rafraichit, ca fait du bien. Puis ... je mets l'anorak puis je finis par me mettre sous le poncho. Et ça dure ... jusqu'à l'arrivée. Mais, un vendeur de poissons sur le bord de la route, attire mon regard. Il se tient à côté d'une bestiasse impressionnante pendue au bout d'une ficelle. Sûr que les amateurs vont s'arrêter ! Je demande l'autorisation de la prendre en photo avec le pêcheur à ses côtés. Il veut ensuite inverser les roles. A ma grande surprise, le poisson magnifique est ... en bois !

Honda, petit village où je dois trouver le terminal routier pour prendre un bus afin de m'éviter la très grosse dénivellation vers Bogota. Bien m'en a pris quand ensuite j'ai vu que, en plus, la montée était entrecoupée d'une gigantesque descente ... Je comptais prendre le bus demain mardi, mais, tout compte fait, j'ai préféré tout faire dans la même journée d'aujourd'hui. Le terminal routier se trouve très à l'écart de Honda. Bien sûr, aucune indication de panneau le long de la route. Cela oblige à discuter finalement. Mais, par précaution, je demande toujours à deux personnes la même chose. Beau terminal routier. Une dizaine de compagnies de bus tiennent un guichet. Je choisis Copetran qui a de grand bus. Réponse positive mais faut voir avec le chauffeur : dans "vingt minutes" le bus arrive ! Je n'en demandais pas tant, si vite ... 1 heure et demi plus tard, le bus arrive. Le chauffeur dit que ce n'est pas possible. Dans "vingt minutes" un autre bus doit arriver. Je finis par m'endormir à coté du Mulet. On me secoue et ... ça y est, je peux partir. 20 000 pesos le bonhomme, autant pour le vélo. Je mets moi-même le vélo couché avec les sacoches (protectrices du vélo dans ce cas) dans la soute du bus. Le trajet durera au moins 3h30. On passe un premier col (sans nom comme d'habitude), et on descend une longue mais longue distance pour remonter très fort. La pluie est encore du voyage, le plafond nuageux est très bas. Loin en bas au fond, le Rio Magdalena est le seul point évident de lumière dans le paysage. L'entrée dans Bogota est ... tout embouteillée. Mais, ça y est, je suis sauvé, le Terminal Sud est droit devant. C'est gagné.

Sauf que ... Impossible de se repérer. C'est une gare gigantesque qui grouille de monde. A la sortie que je finis par trouver, un policier est devant moi. Je lui demande la direction pour le centre de Bogota, en lui disant que je cherche un hôtel. Car, il se fait tard, le plafond nuageux est toujours très bas, et je ne veux surtout pas rouler dans cet énorme capharnaüm trop longtemps. Il fait venir un homme qui serait, d'après son badge, un informateur touristique au service des passagers. Il me demande combien je veux mettre d'argent pour l'hôtel, et me dit de le suivre. Et on marche, on marche plusieurs kilomètres. A chaque fois qu'on passe devant un planton policier, le monsieur informateur est toujours reconnu et salué. Je me retourne et vois que ma tente n'est plus sur le vélo. Je le signale et l'informateur retourne en courant - je le suis - pour faire le cheminement inverse vers l'aéroport. Il s'arrête peu de temps après, et je continue en vélo jusqu'au terminal : pas de tente. Je reviens dépité, et l'informateur me dit de le suivre pour l'hôtel. Il me fait tourner, virer, me disant que c'est toujours à l'autre cuadra. Je mémorise bien sûr l'itinéraire. Au bout de trois interrogations avec toujours la même réponse, et de plusieurs kilomètres, je prends la poudre d'escampette. Et, je file en vélo vers ce que j'ai repéré : les collines de l'Est au pied desquelles se trouvent et l'hôtel Boyaca où j'ai logé et l'ami Gustavo. Mais le ciel est de plus en plus sombre, la circulation intense. Un panneau de travaux. Je lui mets un coup de sacoche et ... ma roue avant descend subitement de 30 cm (le trou était rempli d'eau donc je ne pouvais pas voir !). Je me remets en selle, demande des hôtels ... aucune information. Je finis pas en trouver trois mais à des tarifs doubles du prix normal. Je finis par marchander. On me demande combien je veux mettre : 70 - 80 000 pesos (30 euros). Et c'est gagné pour 80 000 pesos au lieu des 140 000 annoncés, avec petit-déjeuner inclus, avec wifi. Je monte le Mulet dans la chambre (ça fait toujours rigoler quand on me voit monter dans la chambre avec le vélo), ferme la porte et ... me pose enfin ! Dommage pour la tente quand même mais, à l'évidence, elle m'a été enlevée à la sortie de l'aéroport lorsque je discutais avec le policier et l'informateur. Merci la petite voix qui m'a dit de partir à toute vitesse en vélo ...

Puerto Salgar - Honda, 41 km, 7h - 11h,  +125m   -115m

Bus Honda-Bogota

Mardi 9 décembre 2014 - Jeu de piste à Bogota

Pas facile de sortir encore d'un hôtel douillet ! Surtout quand ... il pleut ! Il me faut trouver des pédales pour le vélo. J'essaie à nouveau de comprendre le jeu complexe des carreras et surtout des calles. Impossible de traverser les deux fois deux voies sans emprunter le pont pour les piétons. A hauteur d'une gare du transmilenium, on me tape sur l'épaule. On me tend une carte. C'est un cycliste. Je lui dis que je cherche des ... pédales. Il m'indique la calle 13 tout là-bas. Si je n'ai pas trouvé, il me dit de lui envoyer un mail dans la soirée. Sympa, encore ! Pour trouver la calle 13, rien de plus simple et rien de plus compliqué. Simple, c'est avant la 14, compliqué car il faut sans arrêt faire du gymkhana avec le vélo entre les trous, les trottoirs, les piétons, les bus ... du classique ! En fait, Bogota a des rues spécialisées. C'est vrai que dans la calle 13, on trouve des tas de vendeurs de vélo mais aussi beaucoup de quincaillerie. Autour de la plaza Bolivar beaucoup de bijoutiers. Mes pédales ... il me faut un vrai cycliste. Dans une ruelle adjacente, j'en vois un qui démonte un vélo sur le trottoir. Je démonte ma pédale raide, lui montre : pas de problème. Il me sort un jeu tout neuf pour 6 euros tout compris. Je remonte. Et ça roule. Fini le tango à pédale.

Gustavo habite un quartier très calme, tout contre les collines orientales (cerros). Après deux heures de marche tranquille, j'ai fini par trouver, et arrive devant chez lui à l'heure convenu. Accueil on ne peut plus sympathique. Gustavo passe son temps en missions à l'étranger pour faire des évaluations économiques de projet, enseigne également à l'Université de Bogota tout comme en France. Tout est bien pour moi. On discute toute la soirée en famille sur mes impressions après ce petit parcours colombien. Demain, un petit tour à vélo au parc national Chingaza.

Mercredi 10 décembre 2014 - Le paramo dans les brumes

Chingaza, un nom bizarre. C'est un des parcs nationaux colombiens, tout proche de la capitale Bogota. L'idée est venue après avoir voulu aller, selon les judicieuses indications de Jean-Pierre, voir le plus grand paramo au monde, le parc national Sumapaz. Renseignement pris, ce parc est fermé depuis un an pour cause de ... Farc.

Lever à l'accoutumée. Petit-déjeuner fruité préparé par Gustavo. Je file par la carrera 7 (je ne décris plus la circulation), bifurque à droite vers La Calera et ... ça monte. Une route très très fréquentée (inutile d'insister plus), sans bas-côté sauf toujours l'éternelle dalle de béton inclinée pour l'eau, qui fait riper les cyclistes, mène à un col autour de 2900 m. Descente ensuite dans une vallon assez esthétique, ponctué d'habitations cossues dont pas mal sont à vendre (petite Suisse). Beaucoup de cyclistes sans sacoche me croisent et me doublent sans trop de discours. Il faut dire que le plafond est bas, il ne fait pas très chaud. Un barrage, le village de La Calera, et bifurcation à droite pour prendre une piste assez roulante qui s'enfonce dans des vallons que l'on découvre au fur et à mesure avec des intersections mais là on a des panneaux ! La montée vers le parc Chingaza passe par de petites exploitations familiales, des maisons simples. Pour la première fois, je vois un mouton ! Le temps pèse de plus en plus. Le plafond nuageux est proche. Je passe devant une énorme carrière qui a dû avoir son heure de gloire car tout un village a été construit à son pied, avec une église et une école, aujourd'hui totalement explosé, au sens propre du terme. Tout est brisé en mille morceaux, les toitures sont éventrées, les fenêtres ont toutes les carreaux brisés. On dirait qu'un souffle énorme est passé. Pas âme qui vive. Arrêt casse-croute, et retour décidé car la pluie commence à sérieusement mouiller. La remontée de La Calera est normalement dure, mais les pédales sont maintenant synchronisées. Le col est à nouveau atteint. La descente vers Bogota fait découvrir des métiers artisanaux comme les tailleurs de pierre, les vendeurs de bois, les ébénistes. Au fond, la vision de Bogota se perd dans les nuages de pluie et de pollution.

Bogota - vers Chingaza, 53 km, 6h30 - 13h,  +961m   -974m,  maxi 2910

Jeudi 11 décembre 2014 - Escapade au Cundinamarca

Pays du condor ! Mais, autrefois ... Dommage que je n'ai pu à nouveau voir ce très bel oiseau, pas si farouche que cela et même très curieux (en Bolivie, je l'ai vu s'approcher pour peut-être mieux évaluer les bipèdes qui grimpaient). Dans la soirée d'hier, j'ai eu droit à des dégustations de spécialités colombiennes. Le Café gourmet - avec un grand C - qui est ce que le Sauternes est aux vins de Bordeaux. Beaucoup d'analogies entre les deux produits. Le ramassage grain par grain, la double fermentation, l'attention minutieuse et très savante du murissement, la qualité du terroir, des plants (cépages), la sévère appellation, la conservation, la trace des produits ... Très subtile saveur de ce café sélectionné ! Il faut dire que Gustavo a un frère producteur près de Medellin ! Après cet excellent début, suite avec de très originales recettes à base de platano, banane plantain qui est écrasée et roulée en crêpe, sur laquelle on y met aussi bien un assortiment de chicharones (peau de porc grillé), morceaux de boeuf, de poulet, le tout enrobé dans une sauce onctueuse avec champignons, avec purée de tomates et oignons. Gustavo et Gloria sont des connaisseurs !

Je suis parti ce matin du doux logis de Gustavo et Gloria, pour joindre quelques dizaines de kilomètres au Nord de Bogota, Zipaquira, une commune connue particulièrement pour l'exploitation souterraine du sel, les mineurs y ayant même sculpté une cathédrale. La petite ville est très touristique. De très belles places en carré avec quelques très anciens monuments des siècles passés, des couleurs vives aux maisons, beaucoup de magasins dont, curieux, un spécialisé dans les poignées d'ouverture de portes automobiles, de clips, de lèves-vitres. Je repère pour demain les bons plans pour retrouver ce qui est considéré partout comme un incontournable de la Colombie : les mines de sel et leur cathédrale. Le tonnerre gronde. Le petit Jésus joue aux quilles !

Bogota - Zipaquira, 51 km, 7h - 11h,  +80m  -61m

Vendredi 12 décembre 2014 - Un peu de Sel

Non, ce n'est pas comme ma mémorable traversée du Salar d'Uyuni en Bolivie (voir sur le site lundi 17 mai 2010). Aujourd'hui, je me suis enfoncé, à pied ! Le sel est enterré, mais exploité depuis des temps immémoriaux (bien avant la colonisation, semble-t-il). Les mines de sel de Zipaquira ont une réputation mondiale par ce qui est appelé "cathédrale". Au plan touristique, c'est une réussite. Seule la Pologne aurait également sa cathédrale de sel. Ici, à Zipaquira, c'est dans la deuxième moitié du XXe siècle, que les mineurs eurent l'idée d'élargir les galeries creusées pour, non seulement faire un lieu de culte, mais pour également jalonner la marche vers la cathédrale avec les quatorze stations du Chemin de Croix du Christ, chacune étant nichée dans une cavité. Les visites sont ordonnancées comme dans tous les sites touristiques mondiaux, avec beaucoup de personnels présents, des itinéraires très sécurisés, un droit d'entrée, un guide par groupe de visiteurs. Ouverture à 9h. J'en suis sorti à 12h30 !

Dès l'entrée, on est dans le sel mais avec le parterre soigneusement égalisé pour éviter de trébucher. L'éclairage est partout, discret, niché dans des fosses creusées dans le sel. Aucune impression d'humidité - mais pourtant on a vu un petit laquet à un endroit. Pas d'étayage des galeries, à croire que la structure salée est d'une solidité à toute épreuve. Impression d'étanchéité totale, très légère sonorisation musicale (des chants grégoriens). On descend progressivement dans les profondeurs au fur et à mesure des 14 stations du Chemin de Croix. La grande ouverture de la Cathédrale apparaît à la fin de la longue marche descendante. Au cours de l'histoire de l'exploitation du sel, quatre niveaux ont été creusés, l'exploitation la plus récente se trouvant à -200 m environ. Après l'énorme cavité de la cathédrale, les marchands du temple sont là avec toute une série de commerçants : de l'émeraude au tee-shirt en passant par les très artistiques figurines sculptées dans le sel, dans la pierre, dans le bois, dans l'or ...

Et le travail des mineurs ? On peut le voir en option avec un supplément qui permet d'avoir un casque avec éclairage frontal. Je me suis joint à un groupe d'enfants de 4 à 6 ans. La guide nous a menés au fond d'une galerie de travail où on ne tient pas debout et où l'on trouve piques, pioches (avec exercices pratiques pour les enfants sur les murs des galeries ... c'est très dur !), mais aussi une perforatrice pneumatique pour l'insertion des charges de dynamite. Un détonateur peut être actionné : après quelques tours de manivelle, on appuie sur le déclencheur ! On voit alors une détonation enregistrée, et de la vraie fumée envahir le fond de la galerie. Les enfants sont ébahis par le réalisme de l'animation. Et chacun de ramasser quelques morceaux de sel, certains remplissant même un sac ! Après cela, le sel ramassé était transporté dans des chariots manuels à deux roues (pas de pottoks basques comme dans les mines du Nord de la France) puis versé dans des fosses successives où le mélange eau-sel en faisait la saumure.

L'aménagement et la gestion de ces mines ont été soigneusement étudiés. Une ligne blanche au sol indique toujours la direction à suivre, les entrées se font toutes les 20 minutes avec guide obligatoire et passage individuel dans un portillon (comme dans le métro). Dans les galeries, à chaque station, à chaque carrefour, le guide passe une carte magnétique qui indique à la billeterie l'endroit précis où se trouve le groupe. Il n'y a pas de ventilation car la température est très supportable. Finalement, même si l'attraction que représente une "cathédrale" souterraine dans une mine de sel est un multiplicateur touristique certain, l'embellissement que représente la signature religieuse de ces mines est un hommage réel pour tous ces hommes qui ont oeuvré dans des conditions si difficiles. Aujourd'hui, ces mines ne sont plus exploitées.

Un petit coup de pédales dans l'après-midi vers les hauteurs de Zipaquira pour avoir une vision plus panoramique des lieux. Grand repos régénérateur tout de même aujourd'hui.

Samedi 13 décembre 2014 - Bogota, ville pour initiés

Ce matin, très beau comme hier. La saison sèche serait-elle enfin stabilisée ? Sortie toujours très sympathique des hôtels car tout le monde veut savoir que fait ce bonhomme avec un vélo et des si grosses sacoches ! Ce n'était pas la peine de me lever aux aurores car je n'ai qu'une cinquantaine de kilomètres et c'est quasiment plat. La campagne est tranquille. Je vois enfin six moutons très foncés, pointés comme sur un damier dans un pré, à peu près à égale distance. Pédalage facile, peu de circulation. J'ai même repéré une piste cyclable. Seulement extrême vigilance sur ces pistes pour vélo car elles se terminent parfois brutalement par une marche de trottoir de 25 cm de haut parfaitement perpendiculaire ! ou alors un poteau a été planté en plein milieu de la bande de 60 centimètres sur laquelle on roule. Faut avoir l'oeil ! ... La banlieue de Bogota approche. On passe de deux fois deux voies à deux fois trois voies. Le reste se devine avec les chapitres précédents ! Du coup, pour éviter de me faire écharper, je prends trottoirs et pistes cyclables lorsqu'il y en a. Finalement, Bogota est une ville pour initiés. Il n'y a quasiment pas de panneaux de direction, surtout pour les cyclistes. Mais lorsqu'on sait, alors ça roule assez bien et on ne se prend pas la tête trop. Il suffit de savoir qu'un bus freine toujours très fort, qu'un taxi ça corne tout le temps et ça fait des queues de poisson, que les changements de direction se font sans clignotant, que les motos peuvent passer à gauche ou à droite du vélo sans avertir. Au total, on finit par arriver (mais on ne peut pas prévoir avec certitude dans quel état !). Mais ... les cerros (collines) qui coincent Bogota, coincent aussi les nuages et ... non ! la pluie arrive tout doucement d'abord mais très vite ce sont des seaux d'eau qui tombent. Vite un abri ! Mais on n'est pas en pays connu ! Après la pluie le beau temps dit-on chez nous, ici après la pluie qui semble s'arrêter, à nouveau ça repart de plus belle. Une bonne heure et demi d'attente sous un abri de magasin. Je me décide à mettre le poncho ... Le tonnerre se met à gronder (tiens, il y avait longtemps ! ...). Je pédale vite, les rues débordent de flotte. Je lève les jambes pour passer dans les mares d'eau. J'essaie de ne pas passer trop près des véhicules, de ne pas de me faire copieusement doucher au passage de bus ou de camions, et ... j'arrive chez Gustavo !

Zipaquira - Bogota, 53 km, 9h - 13h

Dimanche 14 décembre 2014 - Montserrate

Avec un e , alors que Montserrat dans les Pyrénées catalanes n'en a pas. Mais l'analogie reste tout de même très forte entre les deux sites : une vierge noire, un lieu de pélerinage, un site touristique très fréquenté. Montserrate est une des collines (cerros) qui bordent Bogota à l'Est. Le sommet est à 3152 mètres. Mes hôtes Gustavo et Gloria m'ont proposé d'aller y faire un tour. Balade dominicale très classique pour les habitants de Bogota mais quand il fait beau. Ce matin, après les pluies fortes d'hier après-midi, le ciel semble s'être purgé : c'est le grand bleu !

Et c'est parti pour accéder en taxi jaune à la gare du funiculaire (un téléphérique y monte également). Une petite queue, et c'est la montée fort raide sans crémaillère selon un système qui est équivalent à celui du funiculaire de Pau. La montée est rapide. Bogota se laisse découvrir à perte de vue. En haut du Montserrate, déjà énormément de monde assiste à la messe dans la basilique du Senor de Montserrate. Les stations du Chemin de Croix y mènent, avec de très belles sculptures en bronze. Pas moyen d'entrer. Tout le parvis est plein de monde. A la fin de la messe, nous pouvons voir la Vierge noire dans une petite chapelle latérale qui ressemble à celle de Monserrat en Catalogne. Toutefois, les pélerins semblent préférer le Christ tombé à terre qui fait l'objet d'ex voto nombreux placardés dans une immense pièce latérale. Pas trop de possibilités de promenades à pied aujourd'hui, le sommet du Montserrate étant très largement occupé par tous les marchands de bibelots, d'objets de toutes natures, par les vendeurs de boissons et de spécialités locales. Le temps se ... couvre. Un déjeuner dans un des deux restaurants s'impose ! Très bonne et belle table face au panorama immense de la savane de Bogota, mais ... quelques grêlons font leur apparition puis une grosse averse qui durera ... jusqu'à notre retour un peu précipité par le funiculaire, après une queue monstrueuse, tous les gens voulant redescendre. Et, surprise, en bas, terminée la pluie. Le soleil reviendra un peu plus tard.

On ne pouvait pas passer devant la Kinta de Bolivar sans une visite. C'est une très belle propriété qu'a occupé Simon Bolivar le "Libertador", restauré avec le mobilier ancien, qui comprend un très beau jardin arboré, une piscine (parait-il qu'il s'y baignait quotidiennement dans l'eau froide). On peut y voir les pièces utilisées par celui qui avait un caractère très affirmé (on dit qu'il aurait cassé la grande table de la salle à manger). Quelques pièces d'artillerie en bronze sont exposées dont des canons français très décorés. Le soleil étant revenu, un détour par la carrera septima nous a fait croiser toute une suite d'amuseurs de rue : fakir, gesticulateur, vendeurs à la sauvette ... Beaucoup de magasins étaient ouverts. Dès que les lampions s'allument, toute cette avenue est envahie.

Le taxi jaune qui nous ramène est muni d'une grande tablette numérique permettant de situer le véhicule et d'être en contact permanent avec la centrale des taxis publics. Pas besoin de girouette et d'avertisseur sonore, le chauffeur nous a montré que la petite Kia savait rouler.

Lundi 15 décembre 2014 - Le Mulet aime bien sa nouvelle pédale !

Ca y est ! Dernière ligne droite de ce périple un peu mouvementé parfois. Ce matin, mais bien sûr, il fait beau ... juste le temps de rejoindre l'hôtel Boyaca où j'ai laissé un peu de change et le carton d'emballage du vélo. Derniers coups de pédales, et il faut démonter la bête pour la mettre au cachot pour 48h. L'accueil du personnel est toujours très agréable (on vous offre le café puis des pâtisseries). J'ai toujours eu autant de mal à le trouver cet hôtel Boyaca ! Pourtant c'est assez clair : carrera 15 calle 44 - 44. Cela se traduit par : joindre la carrera 44 alors qu'on est sur la carrera 7 (il suffit de savoir augmenter le chiffre 7 de 1 à chaque rue ... ce n'est pas insurmontable !). Puis, lorsqu'on atteint la carrera 44, on tourne à 90° à droite ou à gauche et on rallie la calle 44 avec le meme principe de repérage. Simple, bien sûr ! Mais comme ce n'est pas le damier parfait avec toutes les rues orthogonales, j'ai mis 1h30 à tourner virer parce que toutes les rues ne sont pas repérées. De nouvelles rues ou ruelles ou impasses ne sont pas conformes à la numérotation, avec des A ou des B accolés au numéro, avec des numéros de rue barrés, avec des alignements de rues en virgule - on est alors un peu comme le cheval qui doit avancer au jeu d'échec ! Mais on finit par y arriver.

A l'hôtel, le carton du vélo a vu deux autres cartons vélos arriver d'Allemagne. Geraldo, le propriétaire de l'hôtel vérifie bien que c'est bien le mien que je prends (il est rassuré quand il voit mon nom que j'avais écrit dessus). La maison est sérieuse avec les clients. C'est l'heure du démontage du bicycle. On dégonfle les pneus, on enlève la roue avant, on aligne le guidon le long du cadre, on baisse les manettes de dérailleurs et de freins, on enlève la selle, on enlève la béquille, on retourne les pédales ... Mais, la nouvelle pédale a été vissée par un forçat et ... pour la dévisser, ma clef de 15 n'a rien voulu savoir. Fatiguée, elle a foiré ! Comment faire ? A l'hôtel; pas trop de matériel. En plus, il faut non seulement une clef de 15 (rare ...) mais une clef étroite (encore plus rare). Je pars sous la pluie voir s'il n'y a pas une solution. Un magasin de bricolage ! Je vois des clefs plates suspendues. On me prête une 15 ... trop large. Le vendeur comprend vite, va au fond du magasin et me dit que ça va aller. J'ai peur de la casser. Et ... ça marche : lentement ça tourne vers l'arrière. Comme quoi, il y a toujours une solution avec les gens de bonne volonté. Du coup, les deux pédales montées maintenant vers l'intérieur se regardent bizarrement. Mais il faut rentrer dans la largeur du carton. Je mets le tube PVC de 40 pour tenir à distance les deux bras de la fourche avant, et ... au cachot le vélo ! Le carton est saucissonné avec du scotch large électrique. Demain, départ en début d'après-midi mais allongé ...

Mardi 16 décembre 2014 - Test cardiaque ...

Tout est normal. Je dois prendre l'avion à 17h50 locale. J'ai tout rangé comme il faut. Le monstre est dans son carton. Les sacoches ont été soigneusement examinées au cas où on m'aurait inséré quelque produit qui m'aurait causé des soucis en rentrant en France (conseil judicieux de Laure et de Dominique), lors du rapt de ma tente. Je suis largement en avance, attendant tranquilou à l'hôtel Boyaca en visualisant des vidéos de menuiserie de Copain des Copeaux. L'hôtel se charge de me faire venir un taxi - pour 14h ai-je dit. Tout va bien.

... Sauf que, lorsque, à 14h le taxi arrive, le chauffeur voyant le big carton-vélo refuse dans un premier temps puis exige un prix qui, d'après l'hôtel, est exorbitant. Donc ... exit le taxi. La tenancière de l'hôtel téléphone et retéléphone pour avoir un taxi à prix normal. Elle me rassure. Une demi heure après, un autre taxi jaune arrive. Mais c'est une berline, certes plus grande que les petites Kia mais impossible de mettre le vélo dans la voiture. Exit le deuxième taxi. La tenancière téléphone et retéléphone mais ... rien : tout est occupé. L'heure tournant (il est 15h), elle file dans la rue pour arrêter un taxi jaune. Le troisième taxi se poste devant l'hôtel et ... même scénario : la voiture jaune ne peut pas transporter le vélo. Du coup, je commence à tourner sérieusement en rond autour du ... carton, voyant l'heure défiler, sans solution. La tenancière est dans tous ses états, téléphone à une amie et ... on finit par trouver une petite camionnette qui enfourne le carton, le bonhomme, les sacoches et ... direction l'aéroport. Il est 15h30 passé.

André (c'est le prénom du chauffeur) me dit qu'il y en a pour un quart d'heure. Nous écopons de deux embouteillages sérieux et d'un accident. L'aéroport est en vue vers 16h15. Seulement André me dépose ... à l'arrivée et non au départ, et ... s'en va. Me voilà avec le big carton, et les big sacoches comme un gland cherchant un chariot. Chariot trouvé, carton mis de champ (sinon je ne peux pas passer dans les portes), je file vers le départ qui est ... l'arrivée ! Du monde partout. Je finis par trouver l'ascenseur car le départ est au premier étage. Je trouve le comptoir d'enregistrement d'Air France, une queue de plus de 100 personnes ... et mon vélo doit être enregistré au plus tard à 17h ! Ne voyant pas d'autre solution, je vais voir un employé qui ... me fait passer dans la file des privilégiés : 20 personnes seulement en attente. Mon tour arrive : le surcoût pour le vélo est de 100$ (site internet d'Air France), sauf que LA chef présente d'Air France Colombia ne veut rien savoir. Elle veut des pesos colombiens et non des dollars ni des euros ni de carte bancaire pour le paiement. Or, bien sûr, je n'ai plus un peso. Il me faut descendre au rez-de-chaussée pour changer les dollars en pesos, sauf que l'on me demande le passeport qui est resté là haut aux mains de l'employé du comptoir d'enregistrement. La caissière d'en bas ne veut rien savoir : il lui faut le passeport. Je lui réponds que mon avion part et qu'il me faut les pesos. Elle finit par me donner l'équivalent en pesos des 100$. Je remonte en courant ... sauf que ce n'est plus l'équivalent de 100$ mais de 120$ qu'il faut. Je redescends (avec le passeport) et revient avec les pesos supplémentaires. L'enregistrement peut se faire : il est 17h30. Un employé bienveillant me guide pour charrier le vélo jusqu'à la porte spéciale d'embarquement des objets volumineux. Mais, l'employée de ladite porte spéciale dit que c'est trop tard. L'employé bienveillant téléphone alors pour décoincer la situation ... Le vélo entre dans le labyrinthe du quai des bagages et disparaît. J'ai mon ticket d'enregistrement avec les deux reçus du vélo et du sac rempli de sacoches, jusqu'à Toulouse ... Tout va bien ! Et je file vers le tampon du visa retour (migrations), des douanes, et ... je m'assieds, non sans avoir acheté une grosse poche de café de premier choix. Le test cardiaque est passé ... pas besoin de somnifère pour la nuit dans l'avion !

Mercredi 17 décembre 2014 - En route pour ... le foie gras !

J'entre en sueur dans l'avion, presque un des derniers ... Enfin, un peu de calme. La marche vers le soleil sera courte finalement. Je décompresse avec un petit whisky en apéro et un ... cognac en pousse ! Après, dodo. L'Airbus A340 est complet, avec des sièges qui en ont plein le dos après les millions de kilomètres qu'on leur a fait subir. Roissy est sous la pluie. Attente maintenant de 4 heures pour le second avion en direction de Toulouse-Blagnac. Des progrès à Roissy avec un wifi gratuit accessible mais très limité. Le petit Airbus A320 finit par arriver de Toulouse. C'est lui que l'on prendra. On atterrit à Blagnac avec 30 minutes de retard. J'ai les petits yeux ! L'heure de vérité arrive avec la livraison des bagages au plateau 6 de Blagnac. Ca tourne, les passagers s'en vont un par un avec leur bagage. Plus rien n'arrive, le tapis roulant est vide, il continue à tourner, tourner ... et à nouveau la bouche crache les derniers bagages restants : ouf ! mon sac plein de sacoches arrive. Je file vers le tapis 8 XXL pour les gabarits hors norme. Rien sur le large tapis. J'écarte un peu les lamelles noires de caoutchouc qui masquent l'entrée. Là-bas, je vois le carton tout cabossé et troué. Le moteur est mis en route. Le pauvre bicycle finit par aboutir à mes pieds. Pierre, mon gendre, est là, m'aide à véhiculer tout avec le petit chariot. Au moins tout est là ! La voiture nous conduit ensuite à Léguevin où m'accueillent Laure, ma fille, et mes deux petits-enfants, Baptiste et Ninon. Surprise ! Apéro, foie gras, ... la fête quoi !

Jeudi 18 décembre 2014 - Eysus ... tiens !

J'emmène Baptiste à l'école. Ma voiture s'est remplie de drôles de paquets portés en avance par le Père Noël. Plus que 3 heures et, sous la pluie, apparaît Oloron-Sainte-Marie et le petit village d'Eysus. La maison a les volets du premier étage entrebâillés, les volets du bas fermés. Les réflexes reviennent. Les yeux deviennent plus actifs. La clef grince toujours. Le portail couine en ouvrant (pas besoin de sonnette). La grille est toujours aussi dure. La voiture retrouve sa place. Encore un géranium fleuri ! La pendule reprend vie. Tout sera rangé. Avec de multiples précautions, je tire le carton très malade du vélo. De gros trous, une poignée arrachée, j'ausculte toutes les pièces du vélo que j'avais pris soin de scotcher pour éviter de les perdre par les trous faits dans le carton au cours des manipulations. Après inventaire, je constate que le vélo est toujours aussi solide. Je remonte tout. Un seul vrai dégât : la pompe a reçu un sacré coup puisqu'elle est enfoncée. Dégât remédiable je pense avec un peu d'astuce. Je gonfle les pneus. Pas une roue voilée. Pas mal ! ... Restent à voir les vieilles pédales que j'aimerais bien retrouver sans pédaler en tango ...