Patagonie 2017 - 1

 

Patagonie 2017 - 1

Carretera austral et Lacs argentins et chiliens

2 janvier - 9 février 2017

Récit d'un périple un peu particulier ...

Parti pour faire la Carretera Austral de Puerto Montt à El Chalten, j'ai fait en réalité deux ... voyages à vélo : le premier durant 730 km de la Carretera Austral de Puerto Montt à Villa Cerro Castillo (5-15 janvier), le second durant 1130 km de Bariloche à Puerto Montt par les magnifiques lacs argentins et chiliens (19 janvier - 6 février). Le très mauvais temps durant 11 jours sur la Carretera Austral m'a fait rechercher un peu de soleil côté argentin ...


Puerto Montt - Villa Cerro Castillo - Chile Chico - Los Antiguos (5 - 16 janvier)

Jonction Los Antiguos - Bariloche (17-18 janvier)

Bariloche - Puerto Montt (19 janvier - 6 février)

J -1 Dimanche 1er janvier 2017 :  Préparatifs dans le froid ...

Tout est blanc ce matin. Pas de neige toutefois pour conduire Dominique à la gare d'Oloron. La cuisinière à bois est chargée à fond. Dernière vérification du vélo par un tour du village glagla et ... vite bouclé : tout a l'air en ordre. Trois sacoches sont remplies : à l'arrière droit le duvet, le sac de couchage en coton, les sous-vêtements en laine avec bouclette pour servir de pyjama ou pour le froid éventuel, la pharmacie, la trousse de toilette, les nu-pieds ; à l'arrière gauche, tous les vêtements en ... double ; à l'avant droit tout pour la pluie, le froid (anorak, poncho, deux paires de gants, passe-montagne, et un peu aussi pour le soleil (chapeau toile). Sous la selle, la sacoche avec les outils indispensables (pince, tournevis, clefs, réparation des crevaisons, morceau de pneu, dérive-chaîne, agrafes chaîne, clef de 15, lubrifiant, brosse). La sacoche avant gauche est dédiée à l'alimentation (3 repas de survie déshydratés, gamelle, café (poudre carte noire !), avec le reste qui sera acheté sur place. Sur le petit porte-bagage avant de guidon le réchaud à essence. Sur le grand porte-bagage arrière au-dessus des sacoches, la tente et le matelas de couchage.

L'ensemble est séparé en deux : le vélo, nu, démonté (selle, guidon, pédales, béquille, roue avant) dans une carton avec la tente, le matelas, la sacoche de selle), et les sacoches emballées dans un grand sac nylon de 120 litres. Pour le bagage cabine, j'ai une sacoche 40 litres remplie avec la sacoche guidon, le matériel électronique (appareil de photos, tablette, téléphone), l'argent, les papiers (passeport, cartes bancaires, billets d'avion, carnet de route, carte), un gros rouleau de collant, et une veste.

L'après-midi, le soleil vient positiver l'atmosphère. Les sièges arrières de la voiture sont rabattus. Avec une douceur inhabituelle, j'enfile le précieux Mulet dans le ventre du cheval mécanique : ouf, ça ferme sans trop gêner le chauffeur. Car ... demain matin, je file direction Toulouse chez le fiston qui m'accompagnera à l'aéroport de Blagnac après un solide casse-croûte chez lui. Envol prévu à 16h55 pour Madrid. Puis, après près de 6h d'attente, deuxième envol pour Santiago du Chili. Arrivée à la capitale chilienne mardi à 9h25, puis troisième envol pour Puerto Montt après 3h30 d'escale. Je croise les doigts que tout aille au mieux pour le vélo avec tous ces changements.

Lundi 2 janvier 2017 - C'est parti ... ou presque

Eysus est dans le brouillard froid ce matin. Maison fermée, chauffage hors gel, je sors la voiture, le village est encore endormi. Direction Aigrefeuille chez mon fils Thomas. La limousine se promène comme un vaisseau tranquille, le Mulet est dans sa niche en carton tout attentif aux moindres virages et soubresauts de la route. La température reste négative jusqu'à Toulouse. Excellent repas préparé par Nadine avec foie gras, filet mignon, choux fleurs en béchamel, pâtes (on ne sait jamais, le cycliste ne mangera plus rien pendant un bon mois ...), fromage de brebis, gâteau des rois, le tout arrosé avec l'excellent vin rouge La Gargonne du Domaine du Bouscat de Saint-Romain-la-Virvée, le village où j'habitais lorsque j'enseignais à Bordeaux. Thomas me conduit à l'aéroport où je trouve ma fille Laure et mes deux petits-enfants Baptiste et Ninon. Sympa le départ ... Supplément de 75 euros pour le vélo que je dois récupérer pour le passage douane à Santiago du Chili afin de le ré-embarquer de suite pour le vol de Puerto Montt. Les questions sont toujours les mêmes : quelle dimension ? car l'avion est petit pour Madrid ... téléphone pour donner les dimensions du carton ; quel poids ? N'avez-vous que le vélo en bagage soute ? Un grand boom dans mon dos : le Mulet a basculé du chariot. Plus de peur que de mal ... Règles de sécurité draconiennes avec patrouilles de 4 militaires armés, sacs fouillés, ceinture enlevée, chaussures ôtées, montre, ordinateur, téléphone, appareil photo, clefs, argent séparés, et ... chaussettes qui ont fait l'admiration de la contrôleuse.

On passe les tunnels d'embarquement mais c'est pour descendre sur la piste et monter la passerelle de l'avion. Et là, je vois le carton-vélo, seul, posé sur un chariot. Des employés s'affairent à installer le tapis roulant. Ca marche. Et ... vision incroyable mais vraie, un employé prend à bras le corps le carton-vélo et le lance sur le tapis roulant comme s'il voulait l'exploser ! Je lui crie : abruti ! et l'acteur, certainement tout content de son effet, éclate d'un rire imbécile ... Comment sera le vélo après les trois chargements/déchargements des trois avions ?

L'aérogare de Madrid a l'air plutôt calme avec probablement un système de sûreté moins visible qu'en France.

Mardi 3 janvier 2017Que c'est compliqué !

L'avion de Madrid est un Airbus A340-600 équipé avec la technologie numérique la plus récente puisque le wifi est disponible (avec paiement), les menus se changent en faisant glisser le doigt sur l'écran. A Santiago du Chili, plein comme un oeuf, les 400 passagers descendent difficilement de l'avion. Je suis au fond de l'avion, donc ... je descends en dernier. Il faut que je récupère les bagages pour passer la douane et les faire ré-enregistrer pour l'avion de Puerto Montt.

Santiago du Chili est un aéroport encore un peu à l'ancienne avec un tapis de bagage par compagnie, et donc trois ou quatre avions ont les bagages qui arrivent en même temps, donc ... embouteillage. Je récupère le carton-vélo haché à Toulouse. J'avais un peu prévu le coup et scotche comme je peux les déchirures faites dans le carton. Le sac de sacoches est indemne. Je passe la douane et ... le douanier me ré-ouvre le carton-vélo et me dit qu'il faut une autorisation spéciale pour le vélo. Je rétorque que j'ai le dernier avion qui part dans une petite heure ... Rien n'y fait. Je perds encore vingt bonnes minutes pour le papier spécial et revient pour faire la queue derrière au moins 400 personnes soit toutes celles qui partent sur un avion de LATAM (LAN Chile), quelle que soit la destination. Je finis par arriver au guichet et trouve un monsieur compréhensif qui s'occupera de monter le vélo dans l'avion. Vite, de l'argent car ici c'est le peso chilien bien sûr. Je refais la queue à une casa de cambio et ne peux changer que 200 euros. C'est toujours ça. Je file vite de l'autre côté de l'aéroport pour m'affaler cinq minutes avant l'embarquement pour Puerto Montt.

L'A320 monte comme une flèche pour prendre l'altitude de croisière car ça "turbule" beaucoup dans les 8000 premiers mètres. Sieste durant tout le trajet.

A Puerto Montt, Antonio est là, le fils de ma logeuse Maria avec mon nom bien affiché. Le vélo arrive avec le carton une fois de plus tout ouvert ! Je trouve des français qui, à 8, veulent faire la Carretera Austral en vélo. Venus de Paris, ils ont leurs cartons-vélos parfaitement en état, comme quoi le sort des bagages ne peut dépendre que d'un seul imbécile ... Et ils m'apprennent qu'il y a eu un tremblement de terre sur la Carretera Austral d'intensité 7.4 qui aurait fait beaucoup de mal à la route. Renseignement pris auprès d'Antonio, la route est en état. Arrivé chez Maria à l'Ospedaje familiar, je suis reçu avec un déjeuner offert ! Je fais la connaissance d'Alfred le mari qui travaille dans les services qui correspondraient en France à l'IFREMER. Très sympa tout ce petit monde ! Je leur offre une tablette de chocolat Lindt fabriquée à Oloron. Ils ont failli se disputer !

Je remonte avec délicatesse le Mulet bien malmené. Mais il a fait le gros dos : juste deux vis qui manquent. Heureusement qu'il est solide ! Il y a quand même quelques beaux coups dans les jantes, les porte-bagages tordus, mais pas de voilage de roue je pense.

Mercredi 4 janvier 2017 - Puerto Montt, la tranquila

Très bonne nuit après les avatars aéroportuaires. Un petit-déjeuner avec des argentins de Bariloche qui constatent qu'ils ont devant eux quelqu'un d'un peu curieux ... Bof ! Je pars trouver un cycliste pour essayer de fixer mon deuxième porte-bidon car les vis ont dû rester chez les douaniers qui ont beaucoup aimé ce vélo. Le réparateur m'a dit que le filetage des pas de vis dans le cadre avait souffert mais le cadre acier est bonne pâte et le filetage s'est refait au fur et à mesure des tours de la clef allen.

Changer l'argent n'est pas souvent aisé au Chili. Les banques ne le font pas. Ce sont juste les boutiques agréées : les Casas de cambio. Je dois aller à l'autre bout de la ville près de la plaza de armas, un petit devant-de-porte assez discret mais plein de monde. Deux billets de 50 euros ne passent pas : pourtant des billets tirés des machines à sous françaises. Mystère ! Mystère encore lorsque j'ai voulu payer mes vivres : ni la Visa ni la Mastercard n'ont été acceptées par la boite noire du magasin. Pour la nourriture vélo, je reste sur des valeurs sûres : empanadas, biscuits, amandes, pommes, bananes, thon en boite, cocacola, fanta, eau. Le départ kilométrique de la Carretera Austral est balisé : de la mairie par la route qui longe la côte Pacifique. Bien repéré pour demain matin aux aurores.

Une petite pluie, aussi vite partie qu'arrivée, m'a fait me mettre à l'abri près de silhouettes allongées à même le sol. Des pauvres hères, "saouls" m'a dit une dame. Pauvres qui n'ont que la rue au Chili, a-t-elle poursuivi. Une grande avenue marque la baie de Puerto Montt, avec une large place faite aux piétons qui circulent tout à fait tranquilles sous les embruns. Quelques mouettes et goélands trouvent pitance au déversoir de la ville : peu ragoûtant ...

Toute la vie commerciale principale se trouve dans les rues qui épousent la forme courbe de la baie dans les 500 mètres du bord de l'océan. Petite ville mais grouillant de va-et-vient de tous les côtés. Attention au sac de l'appareil photo ! m'a dit une jeune fille. Je n'ai pourtant jamais eu l'impression d'avoir subi une quelconque menace. Soleil, vent, pluie ... on a des variations continuelles du temps en quelques minutes. Donc, toujours avoir le poncho à portée immédiate, et peut-être aussi les sur-chaussures qui devraient garantir les pieds secs.

 Jeudi 5 janvier 2017 - Un ... bon départ pour Hornopiren !

Sacrée première étape ! Tout y était : la distance (109 km), les travaux, les pentes à plus de 12% à répétition, le ripio (piste caillouteuse) et ... plus que le ripio après Contao où là j'ai eu la totale en fractionnés à répétition sur de très fortes pentes mais sur un lit de gros cailloux d'environ 4 à 5 cm serrés posés mais non damés pour le support de l'asphalte à venir. Inutile d'imaginer le Dédé sur son vélo zigzaguant tant et plus sur ces montagnes russes aux pentes impressionnantes : dérapage et ... on continue en poussant le vélo ! Je ne pensais pas arriver à faire ce que j'avais prévu : franchir cette zone jusqu'à Hornopiren, avec bien sûr des camions et des voitures inondant de poussière le pauvre cycliste. Du coup, avec les chaos, j'en ai perdu mon écarteur, bien pratique pour tenir à distance ceux qui me dépassent. Je n'ai pas vu les français, mais un couple suisse homme et femme avec un équipement semblable au mien. Je suis finalement arrivé à Hornopiren sous un beau ciel bleu qui, oh ! miracle, est resté toute la journée.

Ce matin, je suis parti à 7h de l'Ospedaje de Puerto Montt pour joindre Caleta Arena mais avec des travaux sur la route qui réduisaient tout à une voie unique et donc j'étais dans le mauvais sens faisant du gymkhana pour éviter les véhicules arrivant en face.

Bateau pris de suite pour une petite demi-heure de traversée. Les chiliens aiment parler, communiquer. J'ai dû expliquer ce que je faisais et puis ... la photo-souvenir. Toute une famille venait de Vina del Mar où j'étais passé voici maintenant quelques années. Ils me rassuraient en disant que du débarcadère à Hornopiren c'était une route superbe asphaltée. La suite ... c'est une des portions les plus difficiles que j'ai jamais montée à cause de la combinaison pente-gros cailloux roulants. Cerise sur le gâteau, je n'arrivais plus à passer sur le petit plateau ! Un beau baptême, non ?

Hornopiren est un petit port très calme avec une vie commerciale fondée principalement sur les passages touristiques. En achetant à l'épicerie une bière que j'avais bien méritée, je demandais à l'épicier où je pouvais dormir. Il m'indique un B&B tenu par son épouse : tout est bien, surtout la douche chaude ! La tenancière est très arrangeante en me laissant les clefs de la maison. Il était 17h. Demain, journée un peu spéciale puisque je suis obligé de prendre encore deux bateaux dont le premier pour une traversée de plusieurs heures. Départ 8h30 donc grasse matinée !

Un mot ... essentiel encore : j'ai vu cinq ruchers d'au moins 40 ruches toutes colorées de très belles couleurs. Ca rassure non ?

Vendredi 6 janvier 2017 - La crasse complète ...

J'écris sous la tente sous une pluie diluvienne. Mais j'ai réussi à mettre la tente sous un abri. Le mauvais temps est là depuis ce matin dès le lever du ... Hier c'était donc un miracle. La nuit au B&B fut un peu bruyante. Tout un groupe de parents et d'enfants trisomiques a rempli la maison hier soir. Autant de couples adultes, parents, que d'enfants. Discutant avec un des parents, j'imaginais combien devait être difficile la vie quotidienne. Il me répondit en tapotant sur son coeur qu'il y avait aussi beaucoup de bonheur. Belle leçon d'un soir !

Le bateau est parti avec pas mal de retard en raison de l'embarquement des véhicules dont des camions avec de longues remorques, qui devaient entrer à reculons. Quelques cyclistes au long cours sont là comme moi (canadiens, suisses, allemands). La traversée de 3h30 a duré en réalité 4 bonnes heures. Tout est bouché. Le beau crachin patagonien a ouvert son robinet ... et ça continue de pleuvoir sans cesse ! Il faut que je trouve un pick up pour transporter le vélo de Leptepu (arrivée du 1er bateau) à Fjordo Largo (départ du 2ème ferry) distant d'une dizaine de km. Un coup d'oeil rapide et ma proie est trouvée : deux autrichiens à l'allure sympathique ... refusent. Après quelques bavardages (ils parlent assez bien le français), je leur expose mon problème à régler : il n'y a qu'une heure pour faire en vélo la dizaine de km. Le bus prend les gens mais pas les vélos. Or je doute de pouvoir faire le trajet dans les temps. Le bateau suivant sera à 16h. L'affaire est entendue. Les autrichiens sont compréhensifs : le Mulet est embarqué à côté des cannes à pêche. Mais ... que de pluie, sans discontinuer ! Caleta Gonzalo est le point d'arrivée ultime des bateaux, en plein parc Pumalin.


Samedi 7 janvier 2017 - Chaiten est enfin atteint

Nuit humide mais excellente nouvelle tente Hubba Hubba HP. Dehors, du crachin. Tout est soigneusement rangé dans les sacoches en essayant de garder sec ce qui l'est encore. Sur-chaussures, poncho et ... en avant sur le ripio. Juste 45 km pour atteindre Chaiten mais une piste toujours galère avec de longs morceaux de travaux en cours qui se traduisent pour le cycliste par l'obligation de jouer les équilibristes car la boue présente alors une épaisseur dépassant la taille des pneus. Quelques portions toutefois sont du ripio autoroute avec néanmoins de très fortes pentes. L'arrivée à Chaiten se fait sur du goudron avec un joli morceau sur 500 mètres où la pente dépasse les 13%. Bien sûr, mon problème de dérailleur persiste, les freins grattent pas mal.

Depuis Caleta Gonzalo, la piste entaille une forêt impénétrable. C'est impressionnant de voir qu'on ne peut absolument pas y pénétrer sans manier le coupe coupe. On entend de très beaux et puissants chants d'oiseaux. Les véhicules arrivent en convoi aux heures des bateaux. Chaque conducteur fait son petit coucou au fou qui pédale. A vrai dire, ce parcours forestier n'est pas d'un intérêt exceptionnel car la vision est limitée aux premiers végétaux de la forêt. Pas de fleurs encore sauf une station de grande digitale. Mais, en revanche, de l'eau qui coule de partout avec de hautes et bruyantes cascades.

J'ai trouvé une chambre avec la possibilité de faire sécher poncho, tente. Tout va bien. Sauf que ma bronchite d'il y a 20 jours n'en finit pas de m'ennuyer avec des maux de tête épuisants, sauf que je sens que le vélo, quelle que soit sa qualité, commence vraiment à me faire faire du souci, sauf que cette piste ne peut pas être raisonnablement faite avec du mauvais temps sur 1200 km. J'y verrai plus clair dans les jours qui viennent pour décider dans quelle direction je dois aller. Si le beau temps arrive, pas de souci, je continue même si le vélo et le bonhomme ne sont pas au mieux de leur forme. En revanche, si la pluie persiste, alors je pense que le périple devra être écourté. Demain, direction le Sud vers Santa Lucia et ... il n'est pas sûr qu'internet soit opérationnel ...



Dimanche 8 janvier 2017 - Col de Marie-Blanque en cailloux pour Villa Santa Lucia

A Chaiten j'étais dans une auberge de musiciens, des guitaristes. Agréable mais tout est devenu calme à 5h ... Endroit parfait pour moi avec le vélo sous abri que j'ai pu bricoler pour améliorer le passage au petit plateau, faire sécher la tente et le poncho, avoir une chambre à trois lits pour moi tout seul, une excellente douche chaude. Le bonhomme était comme un sou neuf ce matin au réveil. Je suis parti sans avertir quiconque (endormis à 5h je ne voulais pas les réveiller).

Le ciel est haut, il ne pleut pas (encore). Chaiten est comme une ville morte à 7h. La route est asphaltée, propre, presque vide de véhicules. Le paysage est ouvert mais bouché de nuages. Pédaler est un plaisir tranquille ... jusqu'à l'arrivée de Madame la pluie qui m'a obligé de mettre et remettre le poncho 6 fois. C'est déjà évidemment beaucoup mieux que les deux jours précédents. On rencontre quelques fermes isolées avec un bétail comparable à ce qu'on trouve encore en France : quelques vaches, des brebis, des chevaux. On trouve aussi beaucoup de propriétés fermées de barbelés même dans les parcelles de forêts impénétrables. La route est facile jusqu'à Puerto Cardenas, durant une cinquantaine de kilomètres. On traverse ensuite le lac Yelcho par un pont haubané sous lequel une petite barque de pêcheurs à la ligne est positionnée avec trois pêcheurs et un rameur qui essaie de remonter le courant.

C'est après Yelcho que les affaires se corsent avec le crachin intermittent et surtout les gigantesques travaux routiers qui rendent très pénible l'avancée du cycliste. Finalement ce n'est pas tant le ripio qui est le plus exigeant pour le cycliste que les lits de gros cailloux et les portions humides et boueuses. Photo d'abord pour Jean-Pierre (alias Ossau) du lodge du lac Yelcho. Puis montée très sévère de la longue portion en chantier avec des pentes qui obligent le cycliste à porter le poids sur l'avant pour éviter la bascule arrière. Et ça dure jusqu'au passage du col : un très beau morceau de vélo ! La descente jusqu'à Villa Santa Lucia est rapide car raide avec pour les derniers kilomètres une route ... asphaltée.

La petite bourgade est à un point stratégique car une route permet de joindre l'Argentine par Futaleufu. Je suis hébergé à l'auberge Illampu que j'avais repérée sur internet : un très bon accueil, un prix correct (c'est toujours 10 000 pesos la chambre soit environ 15 euros).

Durant toute la journée, les nuages sont restés accrochés empêchant de voir les sommets, avec une neige qui est aux environs de 1000 mètres.

Bilan très positif pour cette étape : le vélo a bien tenu avec un passage de vitesses un peu moins problématique du fait du bricolage que j'ai pu faire, la pluie s'est juste un peu montrée de temps en temps, les zones de travaux ont été franchies sans mettre de pied à terre, l'asphalte a été reposante, le cycliste a obéi à sa fille en prenant du paracétamol. Demain, direction La Junta.

Lundi 9 janvier 2017 - Un peu meilleur La Junta

Devinez ? ... Toute la nuit, la ... pluie encore et toujours à Villa Santa Lucia. A ne plus rien pouvoir écrire !

Au réveil à 6h30 (au soi-disant lever de soleil), ça continue.Je quitte sur la pointe des pieds l'auberge familiale, mais tout déguisé en Ovni pour la pluie. La route est belle, le goudron est luisant, les montagnes proches sont encapuchonnées. Je ne vois (en ayant enlevé mes lunettes sans ... essuies-glaces) que du blanc quand je lève les yeux.

Je longe le Rio Frio le bien nommé car les gants ne sont pas superflus. Mais les yeux voient enfin sur un angle un peu plus large que les jours précédents : le paysage semble s'ouvrir. Toujours de la forêt mais avec de temps en temps un gros travail de défrichement qui a permis des prés où se trouvent de très belles vaches et veaux avec une robe beige et blanche, des chevaux très curieux de voir quel est cet ovni à pédale qui arrive, des brebis transis de froid et transpercés par la pluie de la nuit (et des jours précédents). Ici les troupeaux sont plus nombreux. Mais aucune forme de culture ou même de prés à foin.

C'est curieux comme au Chili les panneaux routiers les plus fréquents sont les noms donnés aux ponts avec, pour le plus imposant rencontré ce matin, non seulement le nom d'un monsieur mais aussi accompagné de "el senator". J'ai ainsi traversé au moins trois ponts dont celui qui permet de franchir le rio Palena, un monumental fleuve au débit extraordinaire, qui est très prisé des pêcheurs. Longer dans les vingt derniers kilomètres le rio Palena est ... enfin ... une vision qui mérite le détour ! La pluie a cessé et ... enfin ... je peux voir autre chose que l'alignement des cailloux et des arbres bordant la piste. Du coup, le moral du cycliste qui, je ne le cache pas, était au plus bas en partant ce matin de Villa Santa Lucia, reprend des couleurs.

L'étape d'aujourd'hui a été plus facile qu'hier. Du beau goudron dans les premiers quarante kilomètres puis de la piste et des gros travaux avec toujours de sacrés pentes à monter en petit petit, des descentes souvent en symétrie donc mains sur les freins, et du goudron dans les dix derniers kilomètres longeant les méandres du beau rio Palena avant d'atteindre le village en carrés d'habitations de la Junta. Pas trop de chants d'oiseaux - la pluie vous dis-je ! ... un survol d'hélicoptère à plusieurs reprises. Il portait du béton ... Un seul cycliste croisé qui vient d'Ushuia et qui m'a dit que le vent était vraiment insupportable, que ça ne valait vraiment pas le coup de partir d'el fin del mundo.

Demain, étape assez courte pour atteindre Puyuhuapi pour bien préparer les deux (ou trois étapes) suivantes en vue d'arriver à Coyhaique qui sont celles à plus forte dénivellation positive. Peut-être que Madame la pluie changera un peu son centre d'intérêt géographique ? ... Rêvons un peu !

Mardi 10 janvier 2017 - Une étape de calme pour un drôle de nom : Puyuhuapi

D'origine indienne peut-être mais une création d'origine allemande assez récente (1930 ?), Puyuhuapi est tout en travaux : une voie de contournement et toutes les rues sont défoncées pour des installations enterrées de réseaux. Miracle, le soleil vient juste de cligner de l'oeil (il est 15h07 locale). Mais ... ce matin, que nenni, pour partir de La Junta c'étaient les habits du pêcheur qu'il fallait avoir. La logeuse était surprise que je veuille partir et me dit que, au Sud, c'est pire ... Même sous la pluie, cette étape est assez agréable (on se fait à tout ! ...) car c'est du beau goudron bien lisse sur environ 35 kilomètres, sans véhicule ou presque (avant 10h du matin), quelques fermes d'élevage avec le bétail dans les prés (comme jusqu'à présent vaches, veaux, chevaux, brebis), et surtout un bruit de la nature inhabituel alliant la fine pluie, les trombes d'eau dévalant des nombreuses cascades, les solos chantants de quelques rares oiseaux dans les arbres. Quelques vautours tournoient autour du cycliste à la sortie de La Junta sans doute à la recherche de quelque pitance.

Assez curieusement, cette étape qui normalement devait être pénible du fait des toujours mêmes éléments qui accablent le pédalant, fut assez reposante. Certes, le ripio en travaux a été là durant une vingtaine de kilomètres avec toujours les coups de rein à donner pour passer les bosses, mais le poncho assurait au fond une protection assez efficace. De bout en bout, un seul mot Risopatron tant pour le rio que pour le lac. Le nombre de ponts traversés ne se comptent plus. L'imagination des chiliens pour les nommer est assez sommaire car pas un ne doit ressembler à un autre : pont des pierres blanches, pont des dames blanches, pont risopatron ... Un nom toutefois inconnu du touriste paraît sur une portion de route : Pangue. C'est la très grosse fleur très courante depuis que j'ai abordé la Carretera Austral avec d'énormes feuilles qui forment une sorte de gros entonnoir jusqu'à 2 mètres de diamètre. Ici on les appelle Hojas (feuilles ?) de Pangue. L'arrivée à Puyuhuapi se fait sur quelques centaines de mètres de route cimentée, un délice que le Mulet savoure.

J'ai trouvé encore une chambre dans une maison très bien tenue. Un petit confort qui m'aide bien à préparer mentalement l'étape de demain qui est normalement celle avec le plus de dénivellation cumulée montante (autour de 1900 mètres). Mais ... il y a un petit souci : à une cinquantaine de kilomètres de ripio, des travaux font fermer la "route" durant 4h, de 13h à 17h. L'étape prévue risque d'être faite en deux jours. 

Mercredi 11 janvier 2017 - C'est passé pour Villa Amengual

Je prévoyais une rude journée car j'ai un peu plus de 90 km, un col à franchir (Cuesta Queulat), et surtout l'interdiction de circuler pour travaux entre 13h et 17h sur une portion avant le col. Et, j'oublie ... Madame la pluie ! Ce matin donc à l'hostal Don Luis, je me suis éclipsé à 6h30. Des travaux routiers partout ! Finalement c'est pas très gratifiant de devoir arpenter des chantiers mais ... c'est ainsi sur la Carretera Austral ! Loin des images idylliques trouvées sur internet, la réalité est plus rude. Poncho enfilé, je longe d'abord le fjord Puyuhuapi, puis le rio Quelat avant d'entamer la forte montée de la Cuesta Queulat. Les ouvriers se mettent en oeuvre progressivement : on est à une quarantaine de kilomètres du village de Puyuhuapi. Les pick up rouge du chantier font moulte va-et-vient sans trop se soucier des jets de boue sur le cycliste, le perforateur de rocher est en marche, les camions se positionnent ... J'essaie de filer le plus vite possible car la route est interdite de roulage à 13h mais je ne sais pas sur quelle portion car ... on travaille partout.

Apparemment, c'est gagné : j'ai passé la Cuesta Queulat, et là, plus d'engins de chantier donc j'ai tout mon temps pour joindre Villa Amengual à une quarantaine de kilomètres du col. Alors que j'arrive en haut de la Cuesta, surprise, un couple avec un bébé mais en vélo arrive face à moi. Le petit bout est dans une sorte de remorque fixée à l'avant du vélo du papa. Il ne bouge pas, est assis, encapuchonné (car il pluvine) le visage non protégé. Je vois qu'il y a plus fou que moi !

La descente versant Sud de la Cuesta est un régal : la piste est large, les virages pas trop serrés ... Un peu de vitesse quand même malgré les cailloux et la boue. Au bout d'une dizaine de kilomètres ainsi, on arrive à la bifurcation Puerto Cisnes d'un côté, Villa Amengual-Coyhaque de l'autre. Et là ... un superbe ruban tout lisse. Le Mulet n'en revient pas, tout crotté de partout. Toujours pas un hameau depuis Puyuhuapi. On voit de temps en temps des maisons plus ou moins en ruine, des restes d'occupation humaine assez récente avec des défrichements autour, mais la forêt regagne le terrain qu'elle avait perdu probablement par le feu. On voit de très gros arbres complètement séchés.

Depuis le goudron, la pluie a cessé ! Magique ! Le plus beau reste malgré tout ces impétueux rios au débit impressionnant : rio Grande, rio Cisnes.

De temps à autre un grand panneau en bois avec un gros appareil de photo dessiné indique qu'on arrive à un point où il faut s'arrêter pour faire clic clac. Bien souvent, c'est juste pour pouvoir lire quelques informations touristiques. Un site marquant tout de même : la Piedra del Gato, un passage rocheux qui a, semble-t-il, donné du fil à retordre pour faire passer la Carretera Austral.

Villa Amengual, curieux tout petit village où tout semble refait à neuf. Je m'attendais à devoir camper par là, et je trouve un hostal avec le wifi. Comme dans les villages où je suis passé depuis Puerto Montt, tout ce qui est public (bâtiments, places, équipements de loisirs ...) semble surdimensionné. Il y a en fait très peu d'habitants. Villa Amengual semble attirer le tourisme. Un énorme camion "hôtel" avec une remorque pleine de petites fenêtres : le camion accueille les passagers en étant agencé comme un car, et ces passagers dorment dans la remorque aménagée en couchettes ... Retombées locales de ce système ?

Bilan : grosse journée de vélo (9h, 92 km, un col raide et boueux) dans des conditions pas faciles, mais, contrairement à ce que j'avais pensé, j'ai pu passer avant l'heure de l'interdiction. Le plus beau : les rios qui me font penser à ceux que j'ai vus en Colombie. Demain, petite étape pour rallier Villa Maniguales.

Jeudi 12 janvier 2017 - La chaussée des Géants à Villa Manihuales

Vous ne trouverez jamais la chaussée des Géants mais pourtant c'est cette impression que l'on a dans la vingtaine de kilomètres précédant l'arrivée à Villa Manhuales (ou Maniguales). On entre alors dans un dédale de vallons entrecoupés d'énormes blocs erratiques, de petites collines arborées avec le rio Maniguales qui serpente au mieux de la pente. Et l'on circule, en se sentant tout petit, dans ces masses énormes qu'accentuent les écharpes nuageuses toutes blanches qui essaient d'empêcher le passage. Il faut dire que la pluie tombe à seaux d'eau depuis ce matin.

Toute la nuit, les tôles du toit ont reçu les coups de bélier des grosses gouttes de Dame la Pluie. Ce matin, à Villa Amengual, c'est sans discontinuer que cette fidèle compagne journalière de ma traversée de la Carretera Austral me tape aux oreilles, sur le casque, le vélo, le poncho, partout. Je quitte ce village de poupée bien repeint, bien propret mais sans rien qui bouge. Avantage : le bitume est là et le restera jusqu'à Villa Manihuales durant près de 60 kilomètres entrecoupé de portions cimentées et de pavages autobloquants.

On sent que l'on passe dans des vallons aux reliefs prononcés mais à vrai dire on ne peut que deviner tant le plafond nuageux est bas. Tout à coup, un bruit ronflant : c'est le camion-hôtel qui me dépasse avec sa remorque pleine de monde. La noria quotidienne des pick-up rouges reprend, eux aussi rutilants comme s'ils venaient d'être achetés. Il faut dire que le Chili est un pays minier. Dans le secteur, mines d'or, de nickel, de zinc ... sont présentes et expliqueraient peut-être les attentions financières accordées aux communes pour les équipements collectifs largement dimensionnés. Ne voit-on pas dans la presse un bel article bien en vue qu'une entreprise minière a généreusement doté une école de ...12 ordinateurs. Une goutte d'eau pour le généreux donateur mais un grand bienfait pour les élèves et pour l'intégration locale de l'entreprise ...

Le parcours en noir et blanc de cette route Villa Amengual - Villa Manihuales est un peu fantomatique sous la pluie battante. Toujours peu ou pas d'occupation humaine présente, des marques d'anciens incendies, et, au détour d'un nouveau vallon, une scierie artisanale équipée d'un vieux camion haut sur pattes de l'armée chilienne. Originalité, enfin, en approchant de Manihuales, des fermes assez imposantes au milieu de vastes terres encombrées d'arbres calcinés mais avec aussi des boules de foin donc aussi des prés de fauche. Ce sont les premières vues depuis Puerto Montt soit depuis un peu plus de 500 kilomètres de pédalage.

Villa Manihuales est un village-rue, bâti de part et d'autre de la nationale 7 (Carretera Austral). Trempé jusqu'aux os, je n'ose entrer dans aucun magasin pour demander une chambre, et je finis, après trois ou quatre échecs, à trouver l'idéal : une chambre, avec wifi, qui est accolée à un restaurant, et qui a une douche chaude pour un prix enfin un peu plus raisonnable que ceux des jours précédents. Le rêve ! ... avec la pluie.

Demain, je voudrais gagner Coyhaque en une étape (si Madame la Pluie me l'autorise), la dernière plus grosse bourgade en terme démographique de la Carretera Austral. Mais je devrais avoir un peu de montées probablement à gravir. Et ... pour décider comme prévu de la suite à donner à cette descente vers le Sud, pour le moment après cette première partie, un peu trop axée sur l'apprentissage des passages boueux et caillouteux des pistes en travaux, avec les plus grands honneurs quotidiens de la douche permanente ...

Vendredi 13 janvier 2017 - Pas de pluie à Coyhaique

Porte-bonheur ? Un vendredi 13 sans pluie ! Oui c'est vrai. Incroyable ... Ce fut une fuite vers le Sud car je sentais la pression forte des nuages sombres venant du Nord. Quel bonheur de voir ce matin au point du jour une rue qui semble sèche. Le vélo a été bien nettoyé car tout commençe à coincer avec la boue accumulée. La route est asphaltée ou cimentée ou pavée. C'est la nuit et le jour entre faire du vélo par piste mouillée, boueuse, caillouteuse et pédaler sur du ... lisse.

L'étape est longue (un peu plus de 90 km) avec une bonne cuesta à passer une dizaine de kilomètres avant d'arriver. On continue la grande chaussée des Géants en passant au plus simple entre les énormes masses rocheuses (de la lave ?) et les méandres du rio Simpson. C'est la route de Puerto Aysen que l'on laisse au bout d'une cinquantaine de kilomètres pour bifurquer vers Coyhaque. Puerto Aysen et Puerto Chacabuco voisine sont des points stratégiques pour les marchandises. Les gros ferrys y accostent.

La route est très fréquentée par les camions, par les bus, par les voitures qui roulent à vive allure sur un ruban qui n'a pas de bas-côtés. Inutile de dire le danger de cette portion de la Carretera Austral pour les cyclistes et les piétons. En témoignent la kyrielle de reposoirs fleuris que j'ai vus aujourd'hui. Et puis, il y a au fond d'une voûte rocheuse un lieu de prière dédié à Saint Sébastien avec des centaines de dépôts allant de fleurs aux enjoliveurs aux canettes de boisson.

Le rio Simpson est à l'image des rios déjà rencontrés : impétueux, de couleurs vert sombre, avec un débit imposant. Et puis, une jolie libellule vient virevolter au-dessus du vélo : vendredi 13 ! Pas de village sur tout le trajet de 90 kilomètres. Quelques propriétés foncières près du rio Simpson à vendre. Curieux comme toute la nature est tenaillée par des clôtures !

La route est principalement cimentée mais juste pour permettre à deux véhicules de se croiser. Des portions courtes sont couvertes de pavés autobloquants dans les zones de "déformations permanentes" autrement dit aux endroits où probablement on traverse des failles qui, lors des tremblements de terre, feraient craqueler la chaussée. Avec les pavés autobloquants, l'adaptation aux mouvements tectoniques est moins cassante. La Cuesta à franchir est pentue avec un passage en tunnel éclairé depuis un accident mortel. La montée est humide. On débouche sur un plateau où trônent en plein vent cinq éoliennes.

Coyhaique est la capitale régionale, une grosse ville. Tout y semble plus cher qu'ailleurs notamment pour le logement et la nourriture. Mais on y trouve tous les services dont la possibilité de changer de l'argent.

Je pensais rester à Coyhaique un jour pour me reposer. Finalement, je préfère continuer mon chemin même si, au cas où je devrais rentrer plus tôt que prévu pour d'évidentes raisons liées à un tel périple à vélo, le retour sera plus compliqué. Mais l'objectif est bien d'aller au bout de la Carretera Austral. Demain, très grosse étape puisque je dois monter à plus de 1000 mètres pour espérer atteindre Villa Cerro Castillo distante de 100 kilomètres. Mais peut-être vais-je prendre deux jours pour la faire. Tout dépendra - comme d'habitude - des conditions et du temps, et du vélo, et du bonhomme.

Samedi 14 janvier 2017 - Ca commence à Cerro Castillo ...

... l'intérêt pour la Carretera Austral. Peut-être parce que, fondamentalement, c'est la montagne qui m'intéresse ... Partir de Coyhaique est aisé. On attrape très vite la nationale 7 qui mène à l'aéroport de Balmaceda et à Villa Cerro Castillo. Le temps est au beau fixe, semble-t-il. La route bétonnée est très fréquentée jusqu'à l'aéroport mais dès qu'on prend l'embranchement pour Cerro Castillo, il n'y a presque plus personne. La journée promet d'être rude avec 100 kilomètres environ et la montée à plus de 1000 mètres. En deux fois, en une étape ? Je suis dans les temps même avec une journée supplémentaire. En réalité, je ferai tout dans la même journée.

Halte aux feux ! Les forestiers du Chili mettent partout des grands panneaux pour faire arrêter la tradition de mise à feu de la forêt pour ensuite défricher. Aujourd'hui, j'ai vu toute une plantation très récente (les arbres ont tout au plus une vingtaine d'années) complètement noircie. Dans la réserve naturelle nationale de Cerro Castillo que la route traverse, on met des plants partout de part et d'autre de la chaussée, enchâssés dans des protection de plastique pour éviter l'abroutissement par les animaux. On y protège avec force le Huemul (cerf andin) en demandant aux chauffeurs de ne pas dépasser 60 km/h. La traversée de la réserve est un régal, tout en montagne russe avec de superbes stations de lupins mauves, bleus, blancs. Enfin, on voit les sommets des montagnes alentours dont, à ne pas manquer, le très beau massif du Cerro Castillo. On voit notamment un énorme glacier dont le front fait au moins 150 mètres de hauteur.

La montée à un peu plus de 1000 mètres est assez rapide mais ensuite on fait du yoyo sur une bonne vingtaine de kilomètres avec les bosses et les creux autour des 1000 mètres. Au bout du 85ème kilomètre, enfin la descente commence nettement avec une série de virages très bien dessinés que l'on peut descendre à bonne allure.

Plus que 10 kilomètres ... Les arrêts photos sur le massif du Cerro Castillo sont fréquents. J'aperçois même un condor et ... un magnifique cavalier avec son chien qui va rassembler ses bêtes. Photo ? Il est fier comme un condor, accepte, et force un peu l'allure en amorçant un trot avec élégance.

Villa Cerro Castillo est là : quelques maisons, beaucoup de backpackers et de cyclistes au long cours dont deux françaises qui viennent ensemble d'Ushuaia. On échange quelques informations qui peuvent servir notamment pour moi à El Chalten un camping dénommé Derincho. En revanche, mon étape de demain va être encore des gros cailloux en travaux. Ce soir, j'ai mis ma tente dans un des deux campings de Cerro Castillo.

Dimanche 15 janvier 2017 - Journée décisive

"Une forte dépression sur le Pacifique se dirige lentement vers le Chili"  : c'est un mail de mon collègue Jean-Pierre Tihay. Coup de massue pour moi !

Ce matin, je pars quand même de Villa Cerro Castillo.

Dès la sortie, c'est la galère des travaux sauf que là aucun engin de chantier n'est présent. En revanche c'est un tapis de billes de cailloux qui ont été jetés très abondamment sur toute la largeur de la chaussée. Et, comme s'il fallait en rajouter, un vent d'Ouest très sévère me frappe en plein dans le nez (la dépression Pacifique ...). Les rafales m'ont déséquilibré plusieurs fois et obligé de pousser le vélo en marchant. J'ai pesté contre ces incohérences qui font commencer des travaux et qui laissent tout en plan sans terminer la besogne. J'ai fait cinq kilomètres ainsi (la pente est comme d'habitude tout en montagnes russes obligeant de monter au plus petit développement). Mais comme on est obligé de zigzaguer, lorsqu'on est sur des billes on rattrape les dérapages deux fois sur trois mais on finit toujours invariablement par se coucher avec le vélo. C'en est trop. J'injurie le sort. Et, finalement, le guidon se tourné tout seul vers le bas ... pour revenir à Villa Cerro Castillo. C'en est finie de cette épopée commencée à Puerto Montt.

Après 730 km de pédalage très souvent dans des conditions difficiles, il faut jeter l'éponge, ne pas tenter le diable. Une Carretera Austral rapiécée de tous côtés avec des travaux qui deviennent la galère du cycliste, telle est aujourd'hui la situation de l'ancienne piste mythique. Et, bien sûr, chose qu'on ne peut jamais prévoir, le temps pourri 9 jours sur 11.

Le moral est bas lorsque, revenu à Villa Cerro Castillo, il faut prendre la deuxième décision : comment revenir à Puerto Montt ? Après discussions avec un couple franco-chilien, je vais revenir par l'Argentine pour espérer trouver de meilleures conditions météorologiques. Les deux françaises venues d'Ushuaia continuent vers Coyhaique tandis que je repars pédaler vers Puerto Ibanez pour prendre à 18h30 un ferry pour joindre Chile Chico au Sud du lac du général Carrera.

Puis, demain, je vais franchir la frontière avec l'Argentine pour espérer prendre un bus ensuite à destination de San Carlos de Bariloche. La suite est encore à définir ...

Lundi 16 janvier 2017 - Journée improbable à Los Antiguos

Chile Chico est une petite cité agréable en bordure du lac Général Carrera. Curieusement, le change pesos chiliens / pesos argentins peut se faire très publiquement au supermarché sans paperasse. Il fait un vent de beau temps.

La route vers l'Argentine est large, droite, libre pour le cycliste. La police des frontières ne fait pas de zèle, le contrôle de l'immigration est rapidement effectué. Je roule dans un no man's land de quelques kilomètres jusqu'aux contrôles argentins. Deux dames âgées à pied traînent leur valise roulante, solitaires dans cet espace inter-frontalier. Ce sont des françaises qui vont au gré de leurs envies d'un pays à l'autre. Elles m'ont dit : "Vous savez à nos âges on ne risque plus rien". Etonnantes !

Los Antiguos est le pendant frontalier de Chile Chico en Argentine. La ville s'étire le long de la route internationale avec un système en quadrats pour l'organisation des rues. C'est apparemment jour de petit marché. La grand-route est occupée par les étals de nourriture, de bibelots, de vêtements. Où trouver un endroit où passer la nuit ? Où trouver le terminal de bus ? Très peu d'indications. Car c'est d'ici que, normalement, je dois trouver un bus pour joindre Bariloche.

Au terminal de bus, deux compagnies Chalten travel et Taqsa : aucune des deux n'accepte les vélos ! Décidément la Patagonie n'aime pas l'engin à deux roues ! Je n'avais jamais eu aucune difficulté pour mettre vélo et sacoches dans un bus au Pérou et Nord Chili. En discutant un peu, je finis par comprendre que, peut-être, demain si je reviens, l'employée de Taqsa aura demandé si ... en démontant les roues ... ça serait peut-être possible. J'ai l'impression d'être arrivé dans un trou de rat. Je repars commençant à échaffauder des plans B, C ... jusqu'à envisager de laisser le vélo ou de joindre à vélo à nouveau le Chili pour Coyhaique et prendre le bateau à Puerto Chacabuco. En déambulant, je tombe sur l'Office du tourisme. Et j'y trouve les deux marcheuses françaises ne comprenant ni l'espagnol, ni l'anglais et essayant de se faire expliquer les diverses solutions pour joindre Perito Moreno. De mon côté, j'interroge à nouveau pour trouver un bus qui ...Le jeune employé téléphone et finit par me dire que, contrairement à ce qui est affiché et écrit dans les dépliants, il y a un bus tous les jours qui part pour Bariloche (et pas seulement les jours pairs) et que vélo démonté ça doit être possible. Mon thermomètre intérieur remonte de quelques degrés. Puis question classique : où trouver une chambre pas chère avec wifi ? L'employé très efficace m'indique chez "Suzana" la chambre souhaitée mais un peu à l'écart de la ville. Je file trouver "Suzana" après un chemin de galets. Chambre dortoir, wifi ... Ca me va. Il est 14h. La dame mange une soupe maison et me propose une assiette : j'avale goulûment cette potion magique avec légumes du jardin et morceaux de jambon. J'explique mon problème de vélo à démonter. Elle téléphone à un ami et me dit sur un ton comminatoire qu'à 18h je dois aller chez cet ami au bord du lac avec le vélo. Il va le démonter et mettre des cartons pour que le bus puisse le prendre. A l'heure dite, je finis par trouver l'Ami de Suzana. On démonte le vélo avec même les porte-bagages retournés pour raccourcir le bicycle et, bien sûr, les roues enlevées. Le pauvre Mulet est méconnaissable. On va chez un autre ami chercher des plaques cartonnées avec une citroën méhari bricolée : tout cliquète, tressaute, les cardans claquent, mais ça avance. Les plaques de carton sont tenues en appui avec deux packs de 12 bouteilles d'eau. L'emballage du Mulet commence : les roues sont ficelées au cadre, le guidon aligné, les pédales retournées, la selle enfoncée, les porte-bagages raccourcis par pivotement, le tout est serré par des cordages que Suzana m'a donnés.

Retour à la casa de Suzana avec la méhari cahotante. Mais, demain matin, comment aller avec carton-vélo et sacoches au terminal de bus à 5 km ? Les taxis ne prennent pas les vélos ... encore un coup de plus pour les pauvres deux roues ! Suzana a bien une polo. La solution est là. On baisse la banquette mais ... le carton-vélo est trop large de près de 10 cm. J'arrive à réduire la largeur en pliant un peu les bords, le vélo finit par rentrer un peu, se coince mais dépasse pas mal ! La malle restera ouverte toute la nuit. Il n'a pas plu ...

Mardi 17 janvier 2017 - Bariloche 23h

A 5h, le réveil de ma chambre où deux autres compères sont venus dormir, me tire du sommeil. Pas de toilette. Suzana me prépare un café avec des biscuits. Mais ... la malle étant restée ouverte la lumière du coffre est restée allumée toute la nuit ! La polo va-t-elle démarrer ? 30 secondes plus tard, Suzana revient rassurée (et ... moi aussi !). Les 5 km sont rapidement parcourus pour atteindre le terminal de bus. Je n'ai toujours pas de billet pour prendre le bus ce matin. Et hier, par internet, j'ai vu qu'il ne restait que 3 places, mais le site de TACSA n'était pas accessible pour acheter un billet en ligne. Il faut donc être les premiers au bureau de l'agence TACSA. Tout est encore fermé. Pas mal de personnes ont passé la nuit dans le terminal de bus. Affichage sur la vitre que le bureau de l'agence est ouvert à partir de ... 9h. Or le bus doit partir à ... 7h30. Arrive un bus à 7h mais c'est celui de l'autre compagnie Chalten travel qui, aussi, part pour Bariloche à 7h15 mais ... ne prend pas les vélos. Suzana est inquiète - et moi donc ! A 8h toujours pas de bus TACSA. Mais, l'employée d'hier qui m'avait dit que peut-être en revenant demain matin ce serait possible si le chauffeur est d'accord, finit par me vendre un billet pour Bariloche. Suzana obtient que le vélo démonté, encartonné, soit considéré comme bagage normal. Pas de supplément donc. Suzana, rassurée, me salue et repart chez elle. Grand merci Suzana !

A 8h30, toujours pas de bus. A 8h45, un vombrissement, le bus TACSA arrive d'El Chalten quasiment plein après avoir roulé toute la nuit. Des passagers débarquent. Les soutes s'ouvrent. Le portier voyant mon grand carton voit que c'est un vélo et le fait rentrer dans une soute autre : le vélo restera debout coincé entre une cloison et d'autres bagages. Mes sacoches sont aussi embarquées. Finalement tout peut être simple. Je monte vite m'asseoir dans le fauteuil semi-couchette qui m'a été attribué, et remercie le ciel de ce moment incroyable où je suis dans un bus qui part pour Bariloche avec le vélo et les sacoches. Oui c'est vrai. 9h30, le bus démarre avec 2h de retard.

... L'arrivée à Bariloche était prévue à 20h. Elle aura lieu à 23h. Il fait ... nuit !

Tout est débarqué. Carton-vélo et sacoches sont tour à tour portés dans le terminal éclairé. Je commence le remontage du vélo. Une vis de fixation du porte-bagage avant foire, je force un peu, la vis casse ! Un policier arrive un peu plus tard et me dit que le terminal va fermer ... Le vélo en pièces finit par tenir debout. Je transporte tout hors des portes du terminal. Les pneus sont à moitié gonflés. Les freins frottent un peu. Je demande à un chauffeur de taxi la direction du centre : 3 km plein Sud. Une chambre ? Il y a l'hôtel Costa del lago à 4 km. Je branche ma lampe frontale sur la tête. Mon feu clignotant arrière fonctionne. Je file. Le Mulet a repris du poil de la bête. La voiture de police me dépasse sans rien me dire, mon éclairage intermittent arrière et frontal avant devant suffire. L'hôtel est éclairé. Beaucoup de grosses voitures au parking. L'employé me trouve une chambre. Visiblement intéressé par le vélo, je lui demande s'il y aurait un réparateur de vélo pour fixer mon porte-bagage avant. Il me propose de le faire lui-même ... demain.

Curieuse Argentine tout de même ... Il est 1h du matin. Je suis dans une chambre avec les sacoches. Le vélo est dans le sas d'entrée d'un hôtel***. Allez, dodo ...

Mercredi 18 janvier 2017 - Bariloche, le Nice argentin

Journée de repos et ... de renforcement des calories pour le cycliste. Tout est bleu dans le ciel. Un léger vent adoucit la température somme toute très agréable. Beaucoup de jeunes filles font du footing le long du lac à croire que les garçons n'en ont pas besoin ! J'ai fait quatre petits tours de vélo histoire de vérifier le remontage rapide et de nuit du vélo. Le garçon de l'hôtel m'a mis des attaches rapides en plastique pour faire tenir le porte-bagage avant et le garde-boue arrière. J'ai eu tout de même à gauchir un peu le porte-bagage aluminium avant qui, par la déformation qu"il a subie, lui faisait toucher le pneu avant.  Sinon, en ménageant la bête, ça devrait aller s'il n'y a pas trop de difficultés dans les jours à venir.

J'ai rencontré un français, Valentin, qui ... gardait mon vélo, étant à l'Office de tourisme demander de la documentation sur la région. Valentin est guide pour une agence américaine qui organise des voyages à vélo en France. Ariégeois, il est passionné de préhistoire et écume tout ce qui peut être vu de peintures rupestres de gravures, de figurines, de statuettes datant de la préhistoire. Il a un vélo semblable au mien acheté également chez Randocycle.

Après rapide estimation par la carte, je décide de partir demain pour faire un tour très différent je pense (j'espère) de la Carretera Austral. Je ne promets pas d'accès internet tout le temps car j'ignore totalement si je vais camper ou coucher quelque part avec le wifi disponible. Donc, patience, si les humeurs journalières sont épisodiques. Le repérage sur la carte est le tour suivant pour atteindre Puerto Montt le 6 février pour un retour en France les 8-9 février : je pars dans le Nord de Bariloche suivre la route des 7 lacs jusqu'à San Martin de los Andes puis je passe la frontière pour Pucon au Chili puis Villarica puis descente vers le Sud pour Osorno, Puerto Varas si, bien sur, j'ai le temps et si ... tout va bien. A très bientôt ?

Jeudi 19 janvier 2017 - Tranquilo à Villa la Angostura

Ca y est, c'est reparti pour une autre phase du voyage, un autre voyage.

Coucher dans un dortoir à 8 places avec des personnes qui arrivent à n'importe quelle heure de la nuit, qui n'ont aucun souci de ceux qui essaient de dormir, parlant fort, avec même de la musique ... à éviter ! Je suis parti après le petit-déjeuner de 7h30, donc grasse matinée ! Pourtant l'étape faite aujourd'hui est correcte : 87 km de Bariloche à Villa la Angostura. C'est un autre pédalage que pour la Carretera Austral. Certes, plus facile parce que sur du goudron mais beaucoup plus dangereux. La circulation est intense, voitures et camions touche à touche et la chaussée bitumée est juste une petite deux voies. Un oeil devant et l'autre dans le rétroviseur (encore faut-il qu'il soit bien réglé !) comme fait le gendarme pour voir tout ce qui se passe. On longe quasiment tout le temps le lac Nahuel Huapi qui fait le charme de Bariloche et qui signifierait lac du tigre (en réalité le puma). Plusieurs contrôles de police sur la route, une police qui aime dialoguer : je me serai cru au Maroc avec même un policier qui, après m'avoir demandé d'où je venais, où j'allais ..., a voulu me serrer la main alors que la circulation allait bon train. Il reconnaissait que pour les cyclistes la chaussée était très étroite. De fait, j'ai dû me balancer sur les côtés à plusieurs reprises car deux camions se croisant prennent toute la chaussée. J'ai eu droit à des coups d'avertisseurs multiples car au lieu de freiner lorsqu'ils voient un cycliste, ils cornent ! Pas un village entre Bariloche et Villa la Angostura sauf juste avant Angostura, Puerto Manzano. La route longeant le lac passe aussi dans le parc national Nahuel Huapi (du même nom que le lac). On monte pas mal avec un col à passer à 1252 mètres.

Une silhouette tout là haut au sommet d'une côte. Vélo ou moto ? Je vois les réflecteurs des sacoches Ortlieb, les mêmes que les miennes. C'est Laurent, un français qui file vers Ushuaia en rejoignant la Carretera Austral à Futalefu soit en évitant les zones les plus problématiques que j'ai traversées mais ... il va devoir passer par les zones de travaux d'après Villa Cerro Castiello. Je lui ai souhaité ... bon vent ! Il a un vélo équipé d'un moyeu Rohlof qui est un système permettant de passer les vitesses sans dérailleur extérieur. Le gros avantage est qu'il n'a extérieurement qu'un seul petit pignon et donc des risques très limités de dégâts en cas de choc. Sans doute vais-je équiper ainsi le futur Mulet car je sens que l'actuel vélo, certes solide, commence à être au bout du rouleau à force d'être monté/démonté pour les avions et les bus.

L'arrivée à Villa la Angostura est pour moi assez irréaliste. Alors que je viens de parcourir 80 kilomètres sans quasiment voir une seule habitation, je vois des aménagements touristiques dignes des plus huppées des stations de mer ou de montagne. Tout est policé, les maisons sont bardées de bois vernis, des restaurants/bars, des échoppes de fripes à des prix élevés. Pas une auberge. Que des hôtels ou presque. Je m'arrête dans un supermarché pour m'acheter de la boisson et file à l'Office du tourisme. Autant de queue qu'à Bariloche, il y a un monde fou. Les tarifs sont exorbitants. Même un dortoir partagé est plus du double de ce que j'ai payé à Bariloche. Direction le camping juste à la sortie de la ville. Je ne veux pas recommencer une nuit comme celle du dortoir à 8 places. La tente est montée. La douche est excellente. Interdiction de faire du bruit de 0h à 8h du matin. Pas mal. Le camping est très arboré. Beaucoup de clients mais on a de la place suffisante. Pour le wifi, il faut revenir au centre-ville où la connexion publique est gratuite.

Demain je continue la route des 7 lacs vers San Martin de los Andes où je n'arriverai qu'après demain.

Vendredi 20 janvier 2017 - San Martin de Los Andes, la route des 7 lacs

Villa la Angostura est une bourgade très chic. J'ai pu trouver tout de même un petit restaurant avec wifi et un très bon poulet purée. Dodo dans un camping très bien tenu avec de l'herbe sous la tente (ce qui n'est pas si fréquent). Le départ ce matin a été tranquille puisque je dois faire une soixantaine de kilomètres pour atteindre un camping et passer devant 5 des lacs de la route "à faire". Les 7 lacs sont le lac Correntoso, le lac Espejo, le lac Espejo chico, le lac Escondido, le lac Falkner, le lac Villarino, le lac Machonico. Les 10 premiers kilomètres se déroulent sur la route qui mène à la frontière chilienne relativement proche. La suite sera plus compliquée. C'est une route pour ivrogne qui ne fait que tourner dans tous les sens, avec de très nombreuses bosses à franchir, une route évidemment très fréquentée car tout argentin se doit d'avoir fait la "Carretera de 7 lagos".

Le cycliste est globalement assez respecté. De nombreux parkings pour des panoramas sur les lacs, avec de grosses inscriptions pour ne pas rater le tableau. Or, il se trouve qu'une fois sur deux, le panorama est bouché par les arbres qui ont poussé juste de l'autre côté de la barrière du parking. On voit quand même un bout de lac, et grand plaisir est de se faire photographier devant Le panorama même s'il est en grande partie bouché. Le parcours m'a fait penser à cette région des lacs italiens près de Côme. Le soleil est vraiment de la partie aujourd'hui. Je mets ma chemise à manches longues. Mon nez commence à piquer, mes cuisses aussi. Les kilomètres s'enfilent. Les bosses deviennent de plus en plus dures, pentues, longues. Je dépasse trois cyclistes, harnachés comme moi, mais poussant le vélo pieds à terre. C'est vrai que la pente est rude. Vient l'heure de devoir trouver le camping repéré hier à l'Office du tourisme. Surprise : l'entrée du camping est en friche. C'est fermé. Je poursuis tranquillement mais commence à vraiment trouver que l'étape est un peu longue. Pas de camping, pas de maison ... je dois continuer. Finalement, je parviens en haut d'un col d'où une fantastique descente commence : cool jusqu'à ... presque San Martin de Los Andes, car bien sûr, avant d'arriver à la ville, quelques bosses sont encore à franchir. Les cuisses sont chaudes, piquantes.

San Martin de Los Andes est plantée au bord de l'immense lac Lacar. C'est ... pire que Villa La Angostura. Toutes les échoppes sont astiquées, bien polies, aux bois bien vernis. Direction Office du tourisme. La queue. L'employée connaît par coeur les noms, les lieux, les prix des campings, des hostels. Sauf que tout est faux ou presque. Je pointe sur la carte un camping à la sortie de la ville vers San Junin. Je décide d'y passer deux nuits car aujourd'hui a été un peu chaud et fatiguant. De fait, regardant mes repères, je constate que j'ai fait 115 kilomètres avec un peu plus de 1800 mètres de dénivelées positives. De quoi donner un peu de repos au Mulet. Et puis, il faut que je me calme sinon je risque ne pas arriver au bout du nouveau programme ! Le wifi qui doit fonctionner a un débit tellement réduit que je ne peux rien consulter. Je file en ville dans un restaurant pour déguster une milanaise napolitaine bien méritée, et pour laisser un mot sur le tchat indiquant où je suis.

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