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Thaïlande 2017 - 1

Le Doi Inthanon sommet de la Thaïlande à 2565 mètres, voilà un bel objectif ! Quand Daniel Duvergne, rencontré à El Chalten au pied du Fitz Roy dans la Patagonie argentine, m'a parlé de la rude pente qui l'avait mené là haut avec son vélo, je lui ai demandé de m'envoyer des photos. Une autre culture, d'autres paysages ... un autre monde ! Un cycliste ceinturé de bagages peut-il aborder l'ancien Royaume du Siam montagneux, à la langue et à la calligraphie si étranges pour un européen ? Il faut tenter !

Un petit circuit dans le Nord de la Thaïlande est vite tracé dans une région très proche de la Birmanie et du Laos, habité par des ethnies venues, paraît-il, de l'Himalaya : les Hmongs, agriculteurs et éleveurs, les Akhas dans les villages d'altitude, les Karens migrants du Myanmar (Birmanie) voisin ... Point trop de préparation pour une découverte respectueuse de ce pays et de ces habitants, ce pays du sourire où le bouddhisme est très présent.

J'ai esquissé une boucle à l'Ouest de Chiang Mai, la "Rose du Nord". Les écrits de quelques cyclistes que j'ai pu trouvés me paraissent un peu effrayants avec des pentes comme nulle part rencontrées. Il paraîtrait que les Thaïlandais seraient très économes des virages ! ... et donc auraient des chaussées attaquant tout droit la pente ! A vérifier ... Aussi, je n'envisage que des distances journalières assez modestes, avec ... néanmoins quelques incertitudes sur les dénivellations qui paraissent assez conséquentes d'après les tracés Google earth.

  

tracé imaginé ...

Périple réalisé
 

Trois avions successifs sont nécessaires pour atteindre Chiang Mai. Toulouse-Francfort d'abord avec  Lufthansa, puis, avec Tai Airways, Francfort-Bangkok et Bangkok-Chiang Mai. De belles frayeurs en perspective  pour le transport du vélo !

Il faut désosser le vélo pour le transporter, emballé et bien calé (si possible !) dans un carton. L'opération a été  exécutée avec Elie, fidèle accompagnateur de mes périples à Mulet. 

 Lundi 13 novembre 2017 - Prémices favorables ...

Bruits feutrés ... L'aérogare de Toulouse-Blagnac se réveille. Murmures ensommeillés, vagues bientôt déferlantes des valises à roulettes, tip tap des talons sur les dalles carrelées du grand hall tout en courbe de l'étage Départ, avertissements réguliers pour ne laisser aucun bagage sans surveillance.
Mon Mulet est tout timide dans son emballage cartonné. Un petit chien, encagé lui aussi, vient lui tenir compagnie. Thomas m'a mené tôt ce matin. Merci à lui qui doit assurer quatre ouvertures de formations Orsys à Toulouse Compans Caffarelli. Comme d'habitude, j'ai été gaté hier d'abord chez Laure puis chez Thomas. Ninon et Baptiste ne voulaient pas me laisser partir ...
La vigilance est grande. Pas moins de sept militaires harnachés comme il se doit, patrouillent et veillent, déambulant en pointillés dans la grande allée.
Luthansa, première compagnie ce matin de Toulouse à Francfort, avant les deuxièmes et troisièmes avions avec Thaï Airways. Le trajet le plus long se faisant avec Thaï, ma franchise bagages en soute est de 30 kg vélo inclus. Le poids du carton vélo ayant subitement diminué de 10 kg, je passe dans les clous de la franchise bagages : sacré Mulet quand même ! Il est vraiment compréhensif ! Cette fois, ce sont deux employés qui viennent au comptoir d'enregistrement pour récupérer le chariot sur lequel le Mulet (dans son carton avec ... la tente, la sacoche outils, le casque) est pité. Amabilité d'usage vis-à-vis des conducteurs du chariot : « Ne me le cassez pas trop ! ... », « Ne vous inquiétez pas ... » . Euh ! ... si un peu quand même au vu de mon expérience de janvier dernier à ce même aéroport où le manutentionnaire avait balancé le précieux carton sur le tapis d'accès à l'antre de l'avion ... Couloirs interminables pour une dame âgée ayant parcouru les moindres recoins des étages d'arrivée et de départ, déboussolée par les panneaux chiffrés pourtant très clairs mais pour les initiés surtout.
Le temps d'une petit cluc (une petite sieste pour les non initiés !) après un verre de sauvignon et l'A320 atterrit à Francfort. J'ai vu passer le carton vélo à travers le hublot, en équilibre sur le toit en tole d'un chariot. Le conducteur a sans doute pris un virage un peu serré ! Le Mulet avait presque deux pattes dans le vide mais ... il est resté en place.

Mardi 14 novembre 2017 - Thaïlande, et si la réputation disait vrai ?

Francfort, la qualité allemande ? Un employé est à quatre pattes sous les sièges du hall d'attente de l'aérogare, entrain de nettoyer avec une brosse à dents les moindres recoins des sièges ! Il faut dire que tout est d'une propreté irréprochable.
Le deuxième avion Francfort - Bangkok est un Airbus A350, le tout dernier né de la famille. Il est rutilant, reconnaissable de nuit à son pare-brise tout en rondeur. Le bruit de ses réacteurs au décollage rappelle celui du gros A380, avec une puissance surprenante (et silencieuse) qui nous fait monter très vite au-dessus des nuages. L'avion est plein comme un oeuf. Beaucoup d'asiatiques. Les tenues des hotesses sont comme dans les livres d'images, l'accueil - incompréhensible par les mots - est tout en délicatesse avec les mains jointes et la tête souriante qui s'anime comme un encensoir ! J'hérite d'un voisin de siège qui déborde du gabarit autorisé, m'obligeant à me caler un maximum à droite. Même s'il est tout sourire, le monsieur germanique est un radiateur étonnamment efficace, et ... même un peu trop ! Quand donc les avionneurs mettront des sièges adaptés pour ce genre de gabarit ! Des rangées de neuf sièges (par trois) laissent certes un peu plus de places pour les jambes mais bizarrement la qualité commence déjà à se détériorer : la tablette avant se deplie doublement mais n'est plus tout à fait horizontale donc le plateau de repas tourne dangereusement lorsqu'on veut tailler le porc ou le poulet, le dossier du siège est raide mais surtout fait un bruit de plastique froissé dès qu'on essaie de se caler un peu mieux. Sinon, tout le reste est au top, notamment les portes-bagages cabines. La qualité de service de Thaï Airways paraît tout de même en-dessous de celle de Singapore Airways : aliments fades, dessertes des repas beaucoup trop longues ... Mais ce sont des remarques de riches ! Le cycliste est largement comblé globalement.
L'aéroport de Bangkok est très bien renseigné : juste les panneaux qu'il faut, placés au bon endroit. Le transfert pour le troisième vol à destination de Chiang Mai (vol intérieur) se fait sans complications : pas de transfert d'aéroport, récupération des bagages et donc du vélo à Chiang Mai, passage à la police, à la sureté, à l'immigration. Un aéroport comme tous les aéroports internationaux mais où tout paraît simple. Le Wifi est gratuit. L'accès aux avions se fait essentiellement par cars, il y a très peu d'accès par tunnels mobiles. L'ambiance paraît bon enfant. On ne ressent pas de tensions, les patrouilles se font très discrètes à l'intérieur de l'aérogare même si elles sont très visibles aux écrans de télévision intérieurs. Entrerai-je dans un monde à part ?
Chiang Mai, objectif atteint avec un boeing 777 qui a roulé sa bosse ! Je vois trois silhouettes oranges, smartphone brandi, monter l'escalier. L'avion a donc trois moines bouddhistes. La nuit est vite tombée - nous sommes en zone tropicale. 6h30, c'est la fin du jour. De très beaux choux-fleurs orangés parsèment le ciel. Ca réconforte après avoir traversé au décollage une capitale presque complètement invisible du fait de la pollution que l'avion a très vite traversée. En approchant de Chiang Mai, une vision irréelle : les villages et les petites villes présentaient de très belles broderies lumineuses comme si les étoiles s'étaient décalquées au sol.
La sortie de l'aéroport passait évidemment par la case récupération des bagages. Le carton vélo est arrivé en premier. Le carton était tout mou (un coup de froid et chaud mal encaissé), la douane avait ouvert sans ménagement. Je recolle tant bien que mal les plus gros trous et déchirures. Le sac de sacoches est sur le tapis roulant quelques minutes après. Un petit coup de change d'argent pour payer le taxi. Beaucoup de monde partout. Après avoir essuyé un refus, j'obtiens finalement un taxi grand modèle qui, après un coup de téléphone, est arrivé dix minutes après. En gros 7 euros. All In One, c'est l'auberge recommandée par Jean-Yves, où je descends. Didier le franco-suisse aubergiste, depuis 30 ans en Thaïlande, m'avait réservé la chambre, a mis à ma disposition une pièce où je peux laisser le carton vélo pour le retour. D'excellentes consignes sur papier indiquent ce qu'il convient de ne pas faire, les restaurants recommandés, les sorties à faire. Comme j'ai ... faim, je file au restaurant recommandé n°1 (dénommé Dash comme la ... poudre), et finis par déguster un excellent poulet mandarin avec sauce caramélisée et bien sûr riz, no spicy, mais qui quand même piquait pas mal, et ... une bière. Je me dis que je vais devoir faire attention à ne pas trop ... manger car si la cuisine est aussi fine partout (pour un peu plus de 6 euros), le pédalage risque de piquer un peu du ... nez ! Je vais déballer le vélo demain ... 

 Mercredi 15 novembre 2017 - Réapprendre la canicule …

Six heures de décalage, ça compte ! Réveil en pleine nuit, puis calage mental pour se convaincre qu'il est bien 1 heure du matin. Le jour bondit vers 6h30. Un petit déjeuner à la française, c'est toujours bien agréable avec le croissant, le pain beurre confiture, la salade de fruit frais, le jus d'orange, et ... le café agrémenté de quelques nuages de lait. Et ... où en est le Mulet qui dort encore dans son carton ?
Je cisaille précautionneusement les collants, extirpe la tente, le casque, la sacoche outils, la roue avant, la béquille, la selle. Je délivre enfin le vélo tout ratatiné avec son guidon de travers et ses pédales rentrés vers l'intérieur. Beaucoup de trous dans l'emballage, mais je verrai ça plus tard. Comme d'habitude, tout se remonte à peu près bien même si les pas de vis commencent un peu à foirer. Au bout d'une petite heure, le Mulet est d'aplomb, avec toutefois un des boulons de la béquille qui renâcle à se visser à fond. Je gonfle tant bien que mal. Test dans la rue …
Déjà à 9h, la chaleur est accablante. Chiang Maï est une ville grouillante avec plein de magasins, d'étals de rue. Je suis dans la vieille ville. Ambiance que l'on peut qualifier d'à peu près normale : les voitures ne roulent pas trop vite, les motos et scooters se font systématiquement arrêtés pour contrôle par la police, quelques vélos, des taxis rouges ... On ne se sent pas en grand danger. Vite à la recherche d'une station-service pour gonfler correctement le vélo. Je finis par faire le tour de la vieille ville pour trouver non pas une station-service mais un mécanicien cycliste qui, en touchant juste avec le pouce, déclare que le vélo est ... gonflé.
Pas facile de se retrouver dans cette ville importante puisque les noms des rues ne sont pas toujours écrits en une calligraphie compréhensible. La mémorisation des enseignes de magasin est finalement un bon moyen de retrouver All In One.
Immersion dans la chaleur tropicale aujourd'hui. J'ai pu trouver l'itinéraire de sortie de la ville pour demain, le vrai début du périple à vélo. Midi, l'heure de l'apéro ? Ici la sagesse doit l'emporter car il faut pédaler tous les jours. Une affichette retient mon attention : calamars à l'armoricaine. Trop bon ! C'est un cuisinier français qui les a préparés, venu ici il y a quatre ans, un fana de la course à pied qu'il pratique depuis 35 ans. Magasin 7 eleven. L'enseigne serait partout présente en Thaïlande. Presque tout le nécessaire pour le cycliste sauf les fruits ... Boites de thon, Coca-cola, sprite, biscuits ... de quoi tenir en mode survie. Quelques moines orangés, pas mal de locaux avec un masque couvrant la bouche et le nez, beaucoup de peaux blanches aussi ... Faut dire que c'est une affaire pour des européens : de la nourriture excellente pas chère avec un soleil quasiment assuré et des suites de temples bouddhistes ... un dépaysement assuré !
Ce soir, j'ai décidé d'être plus sage pour la nourriture. Manger classique pour assurer ... c'est un peu mon passe-partout. Pizza maison donc chez le parisien qui court au moins cinq fois par semaine, avec ... une bonne bière Chang très légère et désaltérante. Tout à côté se trouve un hybride entre bar-café-restaurant qui ne fait que des petits-déjeuners adaptés à chaque pays à partir de 6h58 (sic) le matin. Donc, demain matin, à 6h58 le vélo piaffera devant l'hybride !

Jeudi 16 novembre 2017 - Cool et ... le piège des pentes s'ouvre !

Ca y est. Enfin, je chevauche le Mulet chargé de tous ses atours habituels. Le petit-déjeuner est copieux, un américain teinté de français. La sortie sur l'artère de contournement de la vieille ville est difficile : penser à la conduite à gauche, à la lenteur du vélo, aux stationnements intempestifs des taxis, aux déports à droite l'oeil dans le rétroviseur que j'ai dû changer de côté. Le repérage de la veille me fait naviguer presque les yeux fermés. La sortie de la ville est très longue. Comme pour toutes les villes un peu conséquentes, l'étalement urbain s'opère principalement le long des axes routiers. Je longe pas mal de terrains militaires sur l'axe 107 : un superbe golf, des terrains pour le tir, pour les chevaux, pour l'artillerie. L'effigie du nouveau Roi est partout. La circulation urbaine dure au moins une trentaine de kilomètres. Après Mae Rim, bifurcation à gauche pour remonter la 1095. Ca roule tranquillement mais ça roule bien. La chaleur commence à sévir et ... les premières pentes surprennent. Arrêt café : étonnant de qualité ! Je demande un expresso et j'ai droit à un vrai expresso mais d'une finesse qui me fait interroger le tenancier. C'est du café local de l'arabica. J'oserai une comparaison avec le meilleur café de Colombie que m'avait fait découvrir Gustavo à Bogota. Ragaillardi, je continue mon pédalage mais ... ça s'incline et ça tourne ... durs ! Et ... ça n'en finit pas. J'ai failli m'arrêter pour continuer à pied en poussant le vélo. J'étais alors à 4 km/h et parfois à moins à la limite de la chute. J'avoue que j'ai dû aller au-delà de la limite que je ne veux pas dépasser de 75% de mes capacités. Arrivé en haut du premier col, vite manger et boire, je frise l'hypoglycémie : tout y passe banane, yaourt, biscuits, coca-cola, Fanta. Je pensais que c'était fini ! Les pentes reviennent encore plus fortes. Zigzags un peu obligés mais gare aux véhicules qui montent qui ne comprennent pas toujours qu'un cycliste est, par nature, en déséquilibre constant et donc louvoyant de côté. Je fais deux pauses boisson. Mais je remonte sur l'engin à pédales et pousse, pousse ... jusqu'à trouver le Cool Bananas, l'auberge réservé avec ... booking, et qui est en réalité un infâme taudis. Faut faire avec ! Je niche dans une case en bambous. C'est un écossais qui a construit ce Cool Bananas en pleine forêt de montagne. Tout est archi poussiéreux ... et je suis complaisant ! Pour manger il faut aller à plus d'un kilomètre en contrebas. J'écris ce texte de ce « resto » très typico thaïlandais, la télé à fond, les habitants tuant le temps attendant le client de la route. Et ... demain, l'écossais me dit que les pentes sont très ... pentues en faisant une grimace très éloquente.
Bref, pour un début, je suis soigné ! Sans doute vais-je revoir mes ambitions à la baisse ! Ce soir, je suis en bord de route, dans la montagne, dans la forêt, sans pouvoir manger correctement. Demain, je dois et m'économiser pour pouvoir tenir le coup, et arriver à surmonter les terribles cotes ... Pas sûr que ce soit très possible. 

67 km   +1270 m   -167 m

Vendredi 17 novembre 2017 - Plus facile en contournant le mauvais sort

Je n'étais pas très fier hier soir dans ma cabane en bambou. Comme repas du soir, une maigre boite de thon et une demi-pomme. Dans la nuit, j'ai remis ma cervelle en mode Thaïlande et ... ça m'a été bien utile ! Ce matin petit-déjeuner sous les bambous préparé par l'écossais : café pain miel oranges. Pas mal. Le miel était bien sûr dans une bouteille de ... scotch, écossais oblige ! Ce miel provient en réalité du ramassage dans la forêt par des locaux qui vont piller les essaims sauvages en coupant les rayons et en les pressant pour faire couler le miel. Je repars avec trois bananes en plus offerts par son épouse. Le jour pointe à peine. Je file …
Je me suis promis de ne jamais forcer ou presque. D'où rétrogradage des vitesses plus que d'habitude. Les montées et les descentes s'enfilent dans cette vallée où hormis la route tout est impénétrable. Bien souvent je pense à la région du café en Colombie. Je m'oblige des arrêts toutes les heures et demi pour boire un café (mais accompagné cette fois d'une tasse de thé), manger une banane. Les pentes me paraissent beaucoup moins problématiques à monter qu'hier. C'est très curieux. Et pourtant elles seraient plus fortes. Mais, à la différence d'hier, les portions pentues sont beaucoup plus courtes avec des replats qui font récupérer un peu.
On change de région avec entrée dans la région de Mae Hong Son. La chaussée devient assez dégradée. Beaucoup de virages, pas de perspectives paysagères notables sinon des forêts épaisses et pentues, un peu de culture de maïs, des rizières avec pas mal de main d'oeuvre y travaillant. La traversée en vélo se fait plus calme, moins de circulation. On peut voir des quantités de libellules et de papillons inconnus dans nos contrées, et des serpents écrasés (avec pour l'un de très beaux anneaux épais et très réguliers) ou même vivant levant la tête, essayant de traverser la chaussée en ouvrant une gueule impressionnante. Je l'ai contourné et ai eu le temps de le photographier.
Passage recommandé par le Memorial Bridge et le Pai Canyon, très prisés des touristes qui vont à Pai. Peu d'intérêt néanmoins.
Pai est une très grande ville. Beaucoup de propositions d'hébergements. J'ai trouvé un hôtel très correct qui me permet de bien récupérer. Journée bonne sans problème avec des pentes que j'ai pu apprivoiser. Demain, parait-il, un gros col à franchir ...

72 km   +1980 m   -2370 m

Samedi 18 novembre 2017 - Col de Phang Mapha, Soppong chez les Shan

Pai était en fête hier soir. La place du jardin public était remplie de manèges. Après la tombée du jour, les backpackers se sont repliés dans la rue principale jonchée d'étals en tout genre installés devant les magasins en dur. Ambiance festive et nocturne pour - voyez comme je suis sérieux - un plat de pâtes à la carbonara et une maxi bière. En réalité, de carbonara il n'y avait que l'étiquette : pas de parmesan ou de fromage rappé, pas d'oeuf, quelques bouts de ficelles de lardons, mais des oignons en plus des pâtes. En revenant à l'hôtel, surprise au pays du bouddhisme, deux femmes sont voilées de noir des pieds à la tête. Seuls leurs yeux jouent les périscopes. Ignorance totale des passants. 
Dodo tranquilou. Le petit-déjeuner a été vite enfilé car pas grand chose à se mettre sous la dent.
Je sors de la ville en passant devant l'aéroport. Direction : le col de Phang Mapha à 25 km. La montée se fait en mille virages avec parfois des pentes aux épingles à cheveux qui atteignent les 20%. Alors, l'oreille aux aguets, je traverse la chaussée pour prendre la partie large du virage, à contresens. C'est moins fatiguant. Une grande entrée à droite : c'est Lum Nam Pai Sanctuary Wildlife. J'entre dans le parc. Six militaires sont au pied d'un mât. J'entends les 8 coups de 8h sonner d'une pendule proche avec, comme chez nous ce fut une mode il y a une cinquantaine d'années, un carillon qui timbrait l'air de l'Ave Maria de Lourdes. Surprise ! De suite après, levée des couleurs : le drapeau thaïlandais est hissé.
Quelques morceaux de bravoure quand même avant d'atteindre le col. La vue de là haut est un peu bouchée sur les montagnes alentours. C'est le grand bric à brac pour touristes avec même une énorme roue qui semble amuser beaucoup de jeunes montés en motos ou en petits bus. Rencontre d'un cycliste irlandais qui pédale dans l'autre sens. Comme ce capharnaüm n'est pas trop mon truc, j'enfile la descente longue d'une vingtaine de kilomètres. Je suis en pays Shan, une ethnie venue de Birmanie. Les montagnes s'ouvrent sur des terres défrichées, travaillées quasiment sans moyens mécaniques : maïs, riz, élevage ... Soppong est le point de chute que je me suis fixé dans mon programme imaginé à partir de Google earth. Comme surgi de nulle part, un important lieu de négoces est là de part et d'autre de la route. C'est Soppong. J'ai envie d'une bonne soupe. Je vois pas mal de monde attablé. Donc, ce doit être bon ! Un régal ce fut ! Tout est bouilli donc pas de problème. A la table à côté, quatre moines bouddhistes semblent très occupés. Je sollicite une photo. Réponse positive. Un plat est apporté au centre de leur table. Chacun se sert avec des couverts, à tour de rôle, tout en gardant une main pour tapoter le ... smartphone. Les Shan seraient plutôt bouddhistes, mais j'ai vu aussi une croix juste à l'entrée de la localité.
Rassasié, je finis par trouver le Soppong River Inn, en bordure de rivière. Un petit cabanon avec tout confort m'est attribué. De quoi bien récupérer !

48 km +1220 m -995 m

Dimanche 19 novembre 2017 - Soppong à Mae Hong Son, courte mais grosse étape sous la canicule

Bonne nuit, mais petit-déjeuner très léger. Je veux partir aux aurores. L'itinéraire est simple : suivre les mille virages de la 1095. Simple mais très éprouvante pour les nerfs car ça ne fait que monter et descendre et remonter et ... jusqu'au dernier kilomètre avant d'arriver à Mae Hong Son. Chapeau les cyclistes qui peuvent faire cet itinéraire depuis Chiang Mai en deux fois moins de temps que moi ! Rien d'extraordinaire dans cette étape sinon qu'avec la quantité de virages est associée une même quantité de pentes explosives à près ou plus de 20%. Quelques-unes ... bon ... mais ça dure toute la journée. On passe encore quelques cols sans nom avec des descentes vertigineuses qui font le pendant des montées que l'on vient d'entreprendre.
Bref, il faut de la persévérance, surtout avec le poids à tirer, à hisser, sous ... un cagnard de plomb (plus de 35°C à partir de 11h). La fringale n'arrange pas les choses. C'est vrai qu'hier soir j'ai eu droit à un Pad Thai, bon certes, mais j'en aurai mangé trois. Je me suis arrêté à une vingtaine de kilomètres de Mae Hong Son pour manger une soupe : excellentes sont les soupes sur les bords de route avec plein de fines herbes odorantes, des bouts de viande porc, poulet, un jus qui vous fait trembler de plaisir l'estomac. En arrivant durement à Mae Hong Son car les coups de pédale sont lourds, je décide d'abord que j'ai très faim, très soif, ensuite que demain je dois avoir une journée sans pédalage.
Je trouve non sans mal un hôtel correct tranquille central pour donc deux nuits.
Sur les conseils de Daniel puis de deux Suisses rencontrés au bistrot où j'ai mangé ce soir, demain peut-être essaierai-je une virée motorisée vers un village chinois aux portes de la Birmanie.

72 km +1923 m -2256 m

Lundi 20 novembre 2017 - Immersion à Mae Hong Son et ... réparation !

8h ! Je n'étais pas encore sorti des nimbes bouddhiques que la montre a sonné la levée du corps. Finalement, j'ai fini par ne rien décider pour la visite touristique que j'envisageais hier. Bien m'en a pris.
Petit-déjeuner spartiate avec juste un peu de café et deux tartines confiturées. Le petit hôtel serait-il un peu chiche ? Flânerie, puis balade à pieds pour saluer les deux plus renommés temples de la ville : le Wat Chong Klang et le Wat Hua Wiang. Très entretenus, ces lieux sont des trésors d'architecture et de décoration. Les jeunes moines drappés de couleur orange jouent, rigolent, s'amusent avec chats et chiens en leur donnant quelques boulettes. Je suis frappé par leur jeunesse.
La descente au marché est toujours un choix favori lorsqu'on aborde une ville nouvelle étrangère. Ambiance sereine, beaucoup de monde dans les travées mais pas de hausses de tons de voix, pas d'esclandre. Imprégnation obligée car tout le monde se salue le plus souvent en joignant les mains. Quelques photos permises, rares sont les refus. Beaucoup de légumes, de fruits, de viandes souvent préparées en tout petits morceaux sur place par des femmes assises en tailleur et maniant une sorte d'énorme couteau entaillant au ras des doigts.
Hier soir, les deux Suisses me disaient que les Thaïlandais portaient très souvent un pistolet caché sous le vêtement et n'hésitaient pas à s'en servir ! Je leur disais qu'au contraire, la petite immersion que je fais depuis mardi me donne l'impression d'une extrême gentillesse et correction. Sans doute, ne suis-je pas resté encore assez longtemps ?
Gros déjeuner ce midi avec soupe et plat complet. Faut requinquer la bête ! En rentrant à l'hôtel, un pressentiment commence à devenir envahissant. Depuis Chiang Mai, dès que je dépasse une vitesse de l'ordre de 15 km/h, j'ai le vélo qui godille un peu de l'arrière comme si à chaque tour de roue quelqu'un donnait un coup de pied de travers. Rien ne frotte pourtant. Comme j'ai déjà eu ce type d'incident, je préfère éviter un possible éclatement. En regardant de très près, sur une vingtaine de centimètres l'enveloppe du pneu arrière est distendu, montrant un début de hernie. En regardant encore plus près, des fissures apparaissent ! De suite, je suis le conseil de Daniel qui m'a indiqué, au cas où un incident technique se produisait, l'atelier de Ed Titan, excellent réparateur de vélo. Je file vite dans la rue principale, fais trois fois l'aller-retour pour finalement atterrir à son petit atelier. Ed ? ... Oui. Je me sens déjà sauvé ! Explications tactiles pour qu'il voit bien où est le problème. Je lui demande de changer le pneu. Il n'en a qu'un ! Mais la chambre à air est aussi fissurée ... donc il change tout. Le réglage des freins est vérifié, ajusté. Les passages de vitesses sont auscultés avec force vis vissées, dévissées, réglages des dérailleurs avant et arrière. Le Mulet n'en peut plus de ... plaisir et ... le bonhomme qui pédale, lui, est aux anges !
Le pressentiment avait donc une vraie justification !
Dans les trois prochains jours, il y aurait encore beaucoup de virages donc beaucoup de pentes raides à gravir ...

Mardi 21 novembre 2017 - Mae Hong Son à Khun Yuam ... transition

Hier après-midi, surprise ! En rentrant à l'hôtel, trois policiers m'attendaient. Sans même dire bonjour, le passeport est demandé. Comme le chef tournait beaucoup les pages, je lui précise celle où se trouve le tampon avec la date d'entrée sur le territoire thaïlandais. Puis, je m'avance vers la dame tenancière mais, à peine ai-je esquissé un pas qu'un des policiers me somme de reculer d'un pas et de me mettre face au chef ! Ca me rappelle les pratiques en Chine où j'avais eu droit à une obligation de reculer de 50 mètres pour ensuite me faire fouiller par des contrôleurs gantés de blanc jusqu'à regarder mes photos une à une. Communication est faite de la copie de mon passeport par les moyens modernes du smartphone. Puis, l'ambiance s'apaise. Ils voient le vélo. Apparemment ils comprennent un peu l'anglais. Je leur dis que je viens de Chiang Maï. Ils me demandent mon âge. Epouvantés, ils s'en vont.
Je demande à la tenancière si les contrôles sont ainsi fréquents. Elle me répond que c'est la police pour l'immigration. Fin de l'épisode.
J'ai senti la tenancière un peu surprise quand même. Elle avait pourtant bien rempli la fiche du client avec toutes les indications réglementaires. Du coup, elle m'offre des crêpes, un peu spéciales car c'est fait avec de la farine de riz (de couleur verte) avec des graines de céréales et enrobant du sucre mais en cheveux. J'ai hésité puis ai goûté et en ai mangé plusieurs, avec demande d'avoir au petit-déjeuner deux crêpes. Excellente formule. Je n'ai pas osé en demander dix pour le vélo !
La route de Mae Hong Son à Khun Yuam est sans histoire, sans trop d'intérêt paysager. On traverse une zone de montagne boisée de partout, quasiment sans peuplement tout au moins en bordure de la route. Il semblerait qu'elle ait été sinon financée du moins très utilisée pour le transport militaire par les Japonais durant la deuxième guerre mondiale. C'est une douloureuse histoire et pour les japonais et pour les habitants de Khun Yuam cet épisode qui a fait l'objet d'un musée que je suis allé voir à l'entrée de Khun Yuam avec un beau monument financé par bon nombre de nations dont la France pour sceller la fraternisation entre les belligérants de l'époque.
Quelques gouttes de pluie sont tombées mais qui n'ont pas duré. Les deux ou trois jours qui suivent risquent être les plus redoutables si j'en crois les relations quasiment diaboliques de ceux qui ont osé s'aventurer à vélo sur cette portion qui doit culminer au Doi Inthanon, le point le plus haut de la Thaïlande. Point d'interrogation donc ! ...

72 km   +1320 m   -638 m

(suite Thaïlande 2017 - 2 )