Thaïlande 2017 - 2

Thaïlande 2017 - 2

(suite de Thailande 2017 - 1)

Mercredi 22 novembre 2017 - De Khun Yuam à Mae Na Chon, l'étape redoutée et ... redoutable !

C'était l'étape qui m'intriguait le plus dans le circuit. En raison de ce que j'avais pu lire et surtout parce que je visais un kilométrage peut-être un peu trop important au regard du nombre de bosses à franchir et du bipède qui actionnait le moulin qui devait hisser en gros près de 120 kg (bonhomme + mulet + charges sacoches). Le sommeil a été un peu en pointillés pour ces raisons mais j'étais dans des conditions excellentes de confort.
Ce matin, 6h05 le clairon sonne. J'ai eu droit à un breakfast solide (deux oeufs frits, saucisses, plusieurs fruits, tartines, café). J'ai pris trois bananes pour le voyage. Beaucoup de bruits dehors : un car de japonais reprenait la route dès 6h30. 
Grosse étape donc avec une dénivellation jamais imaginée et surtout avec des pentes également jamais gravies sur une aussi longue distance et surtout à répétition. J'ai fractionné mentalement en deux parties : la montée jusqu'à l'altitude maximale et ensuite la « descente » vers l'objectif du lieu de restauration et de couchage. Psychologiquement, c'était important pour moi. En gros de 7h à 12h-13h la « montée » et, après, la « descente ». En réalité, il y a eu partout et toujours des montées et des descentes !
Bilan : si j'ai souvent dû pédaler à 3,6 km/h en limite de chute, ce que je n'ai jamais fait dans aucun autre pays, j'ai fait l'étape de près de 75 km dans d'assez bonnes conditions. Ca fait bien longtemps que je n'avais pas mis ma carcasse à surpasser des difficultés. L'étape d'aujourd'hui vaut bien assez largement l'ascension d'un 6000 mètres. J'en sors assez réconforté.
La traversée depuis Khun Yuam passe par une multitude de vallons qu'il faut monter et descendre. Un seul gros groupement d'habitations avec des cultures à peu près partout dans les montagnes avec bien sûr du maïs mais aussi des tomates et des fraises et cela à plus de 1000 mètres d'altitude. Sinon, toute la traversée se fait bordée de forêts.
J'avais imaginé l'étape du soir dans un complexe bambous Hot Coffee totalement à l'écart de village, repéré par booking. Pas facile à trouver : merci la tablette avec la puce gps qui me permet de visualiser ma position sur fond de carte. L'établissement est saturé de ... moustiques mais est conçu de façon très artistique et pragmatique. J'ai droit à un bungalow privé en bambous avec grand lit, salle de bain, moustiquaire, bref de quoi remplumer un bipède aux orteils bien fatigués. L'établissement fait restaurant. Tout pour plaire donc !
Demain, courte étape pour Mae Chaem au pied du Doi Inthanon, point culminant de Thaïlande, que j'essaierai de grimper avec le Mulet après demain.

78 km   +2840 m   -2919 m

Jeudi 23 novembre 2017 - Mae Chaem, une ville-route …

L'hébergement du Hot Coffee est à recommander par la qualité de l'accueil, de la nourriture, mais aussi par l'ingéniosité artistique de tout ce qui a été bâti dans un lieu où l'on aurait volontiers mis une décharge car en pente à l'aplomb d'une rivière impétueuse. J'ai vu arriver une escouade de jeunes garçons et filles, balai à la main, frotter, nettoyer, ramasser les papiers, dégager les feuilles tombées des arbres ... C'est tout simplement les enfants de l'école chrétienne protestante juste de l'autre côté de la rivière qui comme à l'ordinaire faisaient ce petit travail en apparence sans aucune contrainte. On imagine les enfants de chez nous si on leur demandait de faire pareille chose ... Faut dire que le mari de la directrice du Hot Coffee est, lui, directeur de l'école.
Départ non pas aux aurores mais après avoir pris trois cafés (en général très bon en Thaïlande), mangé deux oeufs et deux tartines de pain confiture. La route est libre. Pas trop de camions comme dans la plupart des pays, mais des pick up, sortes de mulets mécaniques bons à tout faire. La campagne s'ouvre un peu plus que les jours précédents. Les cultures de maïs grimpent les pentes. Les rizières sont au fond des vallons mais aussi en terrasses. Tout se fait à la main ou presque. Mais l'heure de la récolte du maïs a sonné. Quel boulot ! Couper les panouilles, les mettre dans des sacs, les porter sur le pick up qui les conduit au lieu d'égrenage où se trouve un camion 4x4 ou un tracteur équipé de la machine à égréner, un autre pick up se place pour recueillir le maïs égrené tandis qu'un homme hisse les sacs de panouilles, les ouvre, les tend à un autre homme qui les verse dans l'égrenoir. La raffle vole projetée sur une énorme tas qui enfle de plus en plus. Bien sûr tout le monde est masqué. Les vaches voisines accourent et mangent avec délice les résidus. Très beau tableau pour peu qu'on prenne la peine de se poser un peu et de regarder. Tout cela se fait non pas dans des bâtiments d'une quelconque coopérative mais en bordure de champs. Le pick up vidé, l'autre pick up plein des grains de maïs, la machine à égrener s'arrête. Les voitures partent. Les suivantes se mettent en place …
L'étape est très courte aujourd'hui jusqu'à Mae Chaem. Un temple attire mon attention avec un escalier bordé de petites statuettes d'enfants rigolant, bien en chair. Des fonds de bougie restent encore collés au sol. Les lieux sont astiqués avec le plus grand soin. Mais personne …
L'entrée dans Mae Chaem est assez ordinaire voire presque lugubre avec toute une suite d'ateliers et de dépôts un peu glauques. On cherche le centre, en vain. Le repère est finalement un superbe bâtiment de police avec tout à côté une place qui finira par se remplir pour un marché de nuit probablement mais aussi avec une estrade pour grand orchestre avec les préparatifs qui vont bon train. Ce soir, est-ce la fête ? Le marché est au bord de la rivière Mae Chaem du même nom que le village, pas très aguichant bien que très populeux.
Je repère la route du Doi Inthanon, plus haute altitude terrestre de Thaïlande. Demain, c'est l'objectif : la grimpe de quelques 35 kilomètres de route pour atteindre les 2565 mètres. Une gesthouse m'accueille pour deux nuits. Difficile de communiquer même pour faire comprendre que je pars demain aux aurores et que le petit-déjeuner devrait être à 6h30. L'anglais n'est pas trop parlé ici. On verra bien ...

27 km   +449 m   -512 m

Vendredi 24 novembre 2017 - Trop dangereux, j'arrête à 2150 m

Aujourd'hui, l'objectif était d'atteindre le sommet routier du Doi Inthanon situé à 2565 mètres. Je suis parti allégé avec seulement nourriture, boissons, sacoche de réparation, nécessaire pour la pluie, puisque je dors encore cette nuit à Mae Chaem. Petit-déjeuner fantôme puisque j'ai droit seulement à du café et deux tartines de pain de mie sans rien de plus. Je dois rejoindre la route qui monte au Doi Inthanon et qui vient de Chiang Mai : 25 kilomètres environ qui sont d'après google earth assez continus montant à peine. La réalité est une route sans cesse tournante, très étroite, souvent défoncée, très empruntée par les pickups 4x4, et, bien sûr, avec des bosses aux pentes invraisemblables. Parfois je dois me pencher sur le devant du vélo pour ne pas basculer en arrière. Pas très pratique pour pédaler ... L'estomac criant famine, je fais deux arrêts pour ingurgiter un succulent chocolat au lait en bouteille et un yaourt multifruit (excellent pour le cycliste à toute heure de la journée). 
L'intersection avec la route venant de Chiang Mai arrive 25 kilomètres après. Un poste de police conséquent avec barrage vérifie les véhicules. Alors, stupéfaction pour une route de montagne qui se termine en cul de sac tout là haut : le trafic est continu beaucoup plus intense dans le sens de la montée. Faut y aller, cycliste ! L'asphalte est large sans aucune marque blanche, puis se réduit au fur et à mesure des grands virages bien pentus, un grand classique thaïlandais ! 
A plusieurs reprises, je sens que les véhicules arrivent assez vite, la voie le permettant, sauf que le cycliste ne va évidemment pas à la même allure et, dans les virages serrés et très pentus, il choisit d'aller sur la courbe la plus large pour monter plus aisément, et donc traverse bien sûr la chaussée pour aller à contresens. Cela dit, c'est bien préférable d'être à contresens pour le cycliste car il voit les véhicules venir vers lui …
Bien sûr, de nombreux gestes très attentionnés pour signifier au cycliste qu'il n'est pas dans le bon sens qu'il doit venir sur la bonne file. Bienheureux les innocents qui n'ont jamais grimpé avec un vélo dans des courbes pentues à plus de 13% ! Etant de bonne composition, j'obtempère et me range dans la bonne file montante.
C'est là que, à deux reprises assez rapprochées, deux minibus montant à bonne vitesse m'ont frôlé, et, évidemment, m'ont conduit à faire un gros écart pour éviter d'être balancé par terre. Inutile de dire que, après la surprise, vient le moment de lucidité. La circulation devenant vraiment intense, étant obligé de zigzaguer un tant soit peu du fait de la pente, j'étais une proie évidente pour être sérieusement attrapé par un véhicule. A hauteur de great holy relics pagoda (vers 2150 m), je décide d'opter pour la plus grande probabilité de survie donc de redescendre à Mae Chaem.
Je suis tout de même frappé par l'imprécision des pentes, des dénivellations données par la cartographie google earth. Ainsi, le graphique de la montée de Mae Chaem au Doi Inthanon donne une courbe assez régulière mais sans bosses marquées dans les 25 premiers kilomètres. La réalité est tout autre puisque, au total, sans être allé au sommet à 2560 mètres puisque je suis redescendu après avoir atteint 2150 mètres, j'ai tout de même fait +1875 mètres en cumul de dénivellation positive (et autant en négative puisque revenu au point de départ par la même route). Donc, au fond, une bonne journée de pédalage !

62 km +1875 m -1875 m

Samedi 25 novembre 2017 - Mae Chaem - Hot, retour des camions

Pas mal la guesthouse de Mae Chaem, sauf qu'ils sont en dessous de tout pour le petit-déjeuner. Le départ s'est fait encore au lever du jour (bien brumasseux) car c'est bien plus agréable de pédaler le nez au vent dans la campagne qui s'éveille. Et puis ... je ne sais pas la dénivellation que je vais avoir même si je sais que j'ai à peu près 65-70 kilomètres pour atteindre à Hot l'auberge de Sripun, une amie à Daniel Duvergne. Une petite partie de route est commune à celle que j'ai faite hier vers le Doi Inthanon, mais très vite les paysages sont totalement différents. Direction le Sud avec, enfin, le regard qui peut s'étaler sur des horizons non fermés par des arbres. Je suis une sorte de route secondaire qui court la campagne en zigzaguant bien sûr et en franchissant - Thaïlande oblige - une multitude de bosses vallonnées avec, comme il se doit, des remparts à grimper petit petit et le corps en avant pour ne pas lever la roue avant. C'est aux environs de 800 mètres d'altitude que l'on pratique un maraichage à grande échelle avec même des circuits d'aspersion fixés à demeure. Rien n'est plat, les ouvriers sont à la peine, par dizaine dans les champs, chacun avec sa binette en train de sarcler. Pas une seule herbe entre les rangs ! 
Arrive la jonction avec la route 108 appelée encore route de Mae Sariang. On change de monde ! Cette grande artère part de Chiang Mai et reste l'accès principal au moins pour les marchandises à tout le Nord-Ouest du pays. Là j'ai vu les camions à la queue leu leu filer à très vive allure sur du revêtement très rapiécé sur une largeur de chaussée qui permet à deux camions de se croiser mais s'il s'y ajoutent deux engins à deux roues, ça ne passe plus. On longe la bouillonnante rivière Mae Chaem. Point la peine d'épiloguer sur le calvaire du bipède à deux roues. 
Trois kilomètres avant le centre-ville de Hot, à droite, la guesthouse de Sripun. Logement idéal pour des cyclistes avec bungalow individuel tout confort, wifi, restauration possible, tout est tip top. J'ai eu droit à un Pad Thai maison pour cycliste affamé. Demain, Sripun me propose une escapade motorisée dans le parc national proche Op Luang.

69 km   +1018 m   -1214 m

Dimanche 26 novembre 2017 - Hot, Phrasingliao, Wat Sanku, Ob Luang, Doi Tao

Des noms surprises qu'un européen n'auraient pas trouvé facilement ! L'aubergiste Sripun m'a permis de découvrir de vraies originalités dans la région de Hot. D'abord, c'est le canyon de Phrasingliao aux colonnades de terre naturellement sculptées à environ 10 km du centre de Hot. Quelle n'a pas été ma surprise de voir pendue en surplomb une structure discoïdale extérieurement blanchâtre qui ressemble à un énorme rayon de cire d'abeilles. Puis, c'est l'entrée dans un vaste domaine bouddhiste. De très nombreux aménagements ont été bâtis pour recevoir les personnes souhaitant une ambiance de sénérité (avec des rappels qu'il convient de garder silence). Une école avec des jeunes élèves bouddhistes s'y trouvent. Certains s'affairent avec beaucoup de décontraction et de rires autour d'échaffaudages en bois. Un coin réception est assuré par quelques moines très au fait des nouvelles technologies électroniques. On souhaite une boisson ? On se fait servir, on ne demande pas d'argent mais un tronc est là qui au total fait plus donner d'argent. J'assiste à l'offrande de légumes portés par un homme avec une déférence, inhabituelle pour nous, envers le moine qui semble être très connu des lieux. Au fond d'une forêt du domaine, un lac artificiel avec en son milieu un temple, le Wat Sanku, une sculpture magistralement bâti en forme de pagode, le tout étant doré, aux reflets ondulents dans l'étang. Le tableau est impressionnant avec la lumière du soleil tamisée par les arbres.
Puis c'est la direction de l'entrée du parc national Ob Luang où Sripun retrouve trois autres collègues enseignantes qui animent une journée d'élèves sur les berges du torrent Mae Chaem. Ce parc national principalement forestier a été le lieu d'habitation sous porches et grottes 8000-9000 ans avant J.-C. Des peintures et des gravures ont été retrouvées. A noter que dans le hall d'exposition, on constate que les explications sont en thaïlandais, en anglais, en français. Apparemment des équipes françaises ont permis ces découvertes.
Dernier voyage de la journée : 30 kilomètres au sud de Hot, se trouve l'immense lac Doi Tao. C'est un lieu très touristique si l'on en croit la présence de nombreux petits restaurants sur des pontons en bordure de lac. Mais également la pêche semble être une activité lucrative et prisée. Les poissons sont séchés, grillés, vendus avec des conditionnements ou des présentations qui incitent à l'achat.
Demain, je file à Chiang Maï, aux aurores.

Lundi 27 novembre 2017 - Hot - Chiang Maï, presque ... plat !

Il fait encore nuit ce matin lorsque j'harnache le Mulet. Un peu moins de 100 km, ce n'est pas beaucoup quand c'est plat mais ... je me méfie encore des bosses possibles de la Thaïlande. Sripun et sa soeur se sont levées pour me faire un petit-déjeuner : café, saucisses, pain de mie, confiture d'orange. Sripun ne cesse de vouloir des photos avec vélo, sans, en portrait, devant l'auberge ... pour son site facebook. Finalement, je ne pars qu'à 7h. Je découvre les joies ... d'une route, certes à grande circulation, mais presque plate où l'on pédale sans effort surhumain ! Le vélo a l'air tout content. Il ne fait aucun bruit, pas de cliquetis de chaîne ni de torsion du cadre. Un régal. La température est parfaite, l'humidité est un peu moins prégnante, le ciel est nuageux mais sans pluie. La route 108 qui mène à la capitale provinciale est une deux fois deux voies très roulante avec beaucoup de trafic dans les deux sens. On a l'impression que de Hot à Chiang Maï on ne sort jamais tout à fait de la ville tellement les abords de la route sont occupés par des ateliers, des magasins, des concessions de matériel, de voitures ... Quelques temples émergent dont le très célèbre temple bouddhiste chinois de Chom Thong, célèbre notamment en raison des très belles peintures polychromes sur bois. Les bords de route sont tellement occupés que l'on ne voit quasiment pas d'agriculture ni d'élevage. Arrêt yaourt et demi-litre de chocolat au lait. 
L'arrivée à Chiang Maï se fait sans surprise. On passe en bordure sud de l'aéroport. Un avion de la compagnie Lion atterrit juste à mon passage. C'est midi et demi, l'heure du casse-croute. Il n'y a que l'embarras du choix. Je piste les endroits où il y a le plus de monde, en général, pas trop mauvais signe pour le rapport qualité/prix. Je tombe sur un bistrot de marché où l'on présente une carte toute poisseuse et sans les prix, et qui sert aussi des bières ! Je choisis un mélange riz, haricots verts, porc, sauce ... piquante, oeuf frit. Bilan avec la bière Chang de 50 cl : 100 baths soit 2,5 euros.
Raguaillardi, j'entre dans Chiang Maï par le grand périphérique de la vieille ville qui est toujours carré et toujours avec 1,6 km de côté. Rien n'a évidemment changé depuis mon départ. L'accueil de Gilles à l'auberge All In One est parfait : « on t'attendait ! Tu as toujours la même chambre ». Sauf que l'employée me donne une autre chambre au rez-de-chaussée plus grande et plus confortable. Sympa ! Le carton du vélo est toujours là avec mes affaires laissées. Demain, je monte au Wat Doi Suthep puis au village Hmongs quelques kilomètres plus loin.

92 km +236 m -169 m

Mardi 28 novembre 2017 - Doi Suthep, temple majuscule, près des Hmongs

En écoutant les conseils de plusieurs qui sont montés au Wat Doi Suthep, un point commun ressortait : la pente terminale est terrible ! Bon, je me suis donc préparé mentalement et j'ai allégé au maximum le vélo. Donc juste la sacoche guidon avec les papiers et argent indispensables, l'appareil photo, le poncho au cas où, et un peu de liquide pour la soif. Léger, léger ! Je n'en revenais pas ce matin dans les embouteillages de Chiang Maï ! Je manoeuvrai du petit doigt ... Petit-déjeuner au spécial bar breakfast qui ouvre à 6h58. Puis, je file sur le boulevard de ceinture de la vieille cité (les deux côtés du carré) pour sortir à l'Ouest sur La route probablement la plus fréquentée des touristes ici. Tout une floppée de taxis rouges sont en attente. 
Alors que j'amorce la montée, je vois déjà quelques cyclistes avec des vélos tout légers (comme celui de Jean-Yves !) descendre : sont-ils montés de nuit ? La route est très bien asphaltée, large avec des courbes à grands rayons au moins en partie basse, trois voies dont deux pour monter. Je passe devant le zoo de Chiang Mai où se trouve un couple panda mais que l'on ne peut voir que derrière une baie vitrée selon deux Français vus hier. La pente est très régulière, pas très forte ... ça roule tranquillement et régulièrement autour de 7-9 km/h. A gauche, de jeunes élèves courent qui font une compétition pour un semi-marathon de Suthep. Très vite, les concurrents font l'élastique, très surveillés par des commissaires sur pickup avec boissons et téléphones portables en mode photos. Je lève le pouce en passant à leur hauteur. Ils rigolent. Finalement ça monte longtemps ainsi mais pas encore le mur que je m'attendais à trouver. Lorsqu'arrive le panneau du dernier kilomètre avant le Wat Doi Suthep, au loin je vois que la chaussée devient rouge. Je me dis que cette fois, le mur est là. Les Thailandais ont cette pratique de peindre l'asphalte en rouge dans les passages très délicats. Mais, le ruban est plus impressionnant que vraiment avec un angle de pente hors norme. Et c'est tout surpris que je vois tout le caravansérail des taxis rouges stationnés et des camelots hélant les clients.
Mais, monter au temple, se fait en grimpant fort avec des marches certes mais durant un bon quart d'heure. Je réussis à mettre le vélo un peu caché derrière un appentis en bois. Et, c'est le souffle un peu court que j'arrive là haut où se trouvent ... des centaines de personnes de toutes nationalités. Les constructions sont vraiment imposantes, originales, très nombreuses, toutes avec de multiples statues représentant Bouddha. Des cierges, des bougies sont allumés. Les marchands du temple proposent discrètement leurs produits. Un photographe certainement professionnel positionne ses clients pour un cadrage et un éclairage optimal. Quatre moines bouddhistes se font ainsi tirer le portrait. Ambiance à la fois de recueillement mais aussi un peu de foire du trône. 
Je reprends le vélo pour aller, 11 km plus haut, voir un village habité par une ethnie originaire de Chine : les Hmongs. Là, la route change de gabarit. Elle devient très étroite, et, après quelques kilomètres, la route est méconnaissable, pleine de trous à éviter. Heureusement, les taxis font très attention et passent à tour de rôle. Le brouillard est dense, la visibilité limitée à quelques dizaines de mètres de forêt. Après une surprenante descente à très fort pourcentage qui dure 1,5 km le village Hmong apparaît entre les arbres. Piège à touristes. De très nombreux étals avec probablement beaucoup de produits faits par les Hmongs. Pas de quoi mettre ce village comme un spot touristique ! Le café expresso est néanmoins très apprécié. Retour pour monter petit petit en se penchant en avant pour ne pas faire lever la roue avant. Puis, descente majestueuse derrière des taxis rouges jusqu'à Chiang Maï. Le Wat Doi Suthep est tout de même lui un vrai spot touristique de qualité.

 42 km  +1298 m   -1298 m

Mercredi 29 novembre 2017 - L'intelligence de l'éléphant .... Maesa

Aller voir les éléphants, les femmes girafes, les ethnies particulières ... nombre d'opinions trouvées sur divers sites de réseaux sociaux y sont défavorables et déconseillent de tels projets. Pour les animaux, le risque est grand de généraliser des excès, des comportements abrutissants de l'Homme sur l'animal. J'ai voulu aller voir ce qu'il en était pour l'éléphant dit domestiqué, après avoir vu de nombreux éléphants sauvages dans les parcs nationaux africains. Maesa est à 26 km de l'auberge All In One. Un camp pour les éléphants s'y trouve. J'y file en vélo allégé des sacoches. La sortie (comme le retour) de Chiang Maï est sportive avec l'obligation d'avoir l'oeil du caméléon qui tourne dans tous les sens pour éviter les accrochages. Ca se calme à Mae Rim lorsqu'on quitte la route 107 pour prendre la 1096. Maesa Elephant Camp a l'apparence d'un grand parc animalier avec toute l'organisation nécessaire à l'accueil de milliers de personnes par jour. Beaucoup de personnels pour assurer les caisses, la sureté, le nettoyage, les cornacs, la restauration. Le vélo doit rester à l'extérieur du camp. Une présentation du savoir-faire des éléphants a lieu trois fois par jour. J'opte pour celle de 10h30. Beaucoup de monde déjà, des cars avec beaucoup de touristes chinois. Les éléphants sont avec leurs cornacs, la plupart avec les défenses en ivoire sciées. On vend des régimes de bananes dont sont très friands les pachydermes. Les éléphants ne sont pas attachés, libres de leurs mouvements guidés par le cornac. La foule présente ne leur fait pas peur dans la mesure où ils ... récupèrent les bananes. Ils acceptent même de prendre doucement avec leur trompe ceux qui veulent se faire photographier. Cabotins les éléphants ? Oui mais ... quand on les approche de près, on voit leurs yeux avec de gros cils qui observent tout, distinguant parfaitement le risque de danger ou non (comme tous les animaux) et discernant parfaitement non seulement leur principal intérêt immédiat (la banane plutôt que l'appareil de photos) mais aussi le risque de faire mal. Etonnant de voir deux jeunes femmes entourées par les deux trompes de deux éléphants. Elles étaient un peu affolées mais l'étreinte des trompes est restée toute légère. Ceci sans aucune intervention des cornacs. 
L'heure de la démonstration a sonné. Des gradins entourent une surface proche de celle d'un terrain de foot. Tout est occupé. Se succèdent des jeux du cirque avec des éléphants qui saluent le public, font tournoyer la trompe, barrissent, jouent de l'harmonica, jouent au football en tirant des gros ballons sur le gardien éléphant qui réussit à dévier les premiers tirs mais se fait déborder avec le dernier tir qui entre dans les filets, tirent et entreposent des grumes, et ... prenant un pinceau peignent en direct sur du papier blanc de superbes et incroyables (si je ne l'avais pas vu !) tableaux : paysage, papillons, fleurs ... Tout cela sans un cri sans forçage des cornacs qui restent malgré tout toujours tout à côté de leur protégé.
Bilan Eléphant : j'ai découvert un animal extrêmement intelligent, sachant discerner, évaluer le contexte environnant, l'objectif cherché (par le cornac), avec une très grande conscience de leur force. Ainsi, un homme couché par terre devant l'éléphant, le pachyderme teste d'abord avec une patte effleurant le dos de la personne, puis allonge la patte pour la poser devant le corps et ensuite continue son chemin avec les trois autres pattes qui ne touchent pas la personne à terre. Je ne pense pas que l'on peut dresser des éléphants en les forçant, en les martyrisant. On ne peut qu'être admiratif de l'ingéniosité de l'Homme qui a su comprendre cet animal au point de devenir un vrai animal de compagnie (pour le cornac). Bien sûr, on entend dire que des éléphants ont tué leurs cornacs. Ce que j'ai vu, c'est une sorte de grand jeu (sans compter le plaisir de la baignade avec le brossage du corps) où l'animal ne paraît pas du tout être contraint, peut-être parce qu'il obtient aussi des récompenses (les bananes ...). Autre atout : les animaux ne sont pas enfermés ; ils sont dans un grand domaine forestier. Bilan positif  d'après ce que j'ai vu.
En retournant, une ferme aux insectes ! Impressionnant quand on rentre de voir une sorte de museum avec des pièces tapissées de milliers d'insectes séchés, épinglés. Excellente conservation au demeurant. Au fur et à mesure de l'avancée de la visite, on finit par tomber sur des animaux vivants avec même une nursery. On a des papillons qui volent partout, qui se posent sur vous, des espèces évidemment très différentes de celles que l'on a coutume de trouver dans nos contrées. On dit bonjour aux iguanes, aux grosses araignées bien poilues, aux scorpions ... Ah ! le vélo ...

52 km   +296 m   -296 m

Jeudi 30 novembre 2017 - Dernier jour plein !

On ne se refait pas. Les habitudes culinaires françaises ont tout de bon. Le cachet du croissant au beurre accompagnant le pain grillé beurré donne une touche de raffinement déterminante pour bien commencer la journée, associé bien sûr à l'excellent café thaïlandais. Finir la journée avec des calamars à l'armoricaine, un verre à pied de vin rouge, une crèpe au sucre, c'est sans nul doute le signe de la ligne d'arrivée !
Aujourd'hui, le Mulet a été désossé pour retrouver son cachot. Le carton d'emballage a été sacrément crevé, déchiré à l'aller. J'avais un peu prévu. Le scotch large et résistant a comblé nombre de blessures pour que le Mulet ne s'échappe pas et qu'il ne soit pas au courant d'air ! Deux heures quand même pour boucler l'affaire. J'ai tout de même un peu d'inquiétude car, sont-ce les chocs thermiques des soutes non climatisées (alors -40°C à plus de 10 000 mètres d'altitude), le carton est beaucoup plus mou. L'important est qu'il soit accepté dans le premier avion. Après, même ouvert, les avionneurs sont obligés de le faire arriver à destination.
Du temps pour flâner ! Aujourd'hui c'est possible. Donc chasse aux multiples temples de la ville de Chiang Maï. A chaque nouvelle visite, on est émerveillé par la richesse, le talent, la persévérance des artisans et artistes qui ont édifié ces monuments. Les touristes chinois sont partout, courant dans tous les sens, vous bousculant sans un mot mais parlant très fort à leurs congénères, habillés comme s'ils allaient à un mariage avec robes longues, décolletés, petites chaussures à talon haut, et ... le bus rutilant qui laisse ronfler le moteur pour maintenir la climatisation. C'est très rigolo d'observer cela. Partout le spectacle des chinois en Thaïlande est le même. Je m'en étais rendu compte au Wat Doi Suthep il y a quelques jours.
Les troncs pour recueillir de l'argent sont placés un peu comme les autels, bien en vue à l'intérieur et au milieu des temples. Un moine est là pour prier à haute voie à la demande de personnes qui se penchent avec humilité pendant cette prière. On peut encore acheter des feuilles d'or que l'acquéreur applique ensuite à froid avec ses doigts sur une statuette des représentations journalières de Bouddha.
Les moines en tunique orange sont présents à peu près partout. Il y a des moines pour dialoguer avec ceux qui le souhaitent. Beaucoup de bruit dans un bâtiment : c'est une université académique pour le bouddhisme. Beaucoup de salles équipées d'ordinateurs et de jeunes moines bouddhistes. Tous les matins, on trouve les moines souvent par deux faire la marche pour collecter les dons que la population veut bien leur donner. C'est un grand récipient de forme ronde tenu calé contre la hanche par un bras qui leur sert de cabas. 
Chiang Maï vieille cité avec les quelques restes d'anciennes fortifications délimitant un carré de 1,6 km de côté, s'est étendue de toutes parts, avec des ateliers, magasins, commerces, marchés, qui sont touche à touche hors la vieille cité. Mais la mine d'or de Chiang Maï reste l'économie du tourisme avec les temples bouddhiques, les ethnies importées, les éléphants, la Nature qualifiée de sauvage. Et ... on y trouve énormément de Farangs, blancs venus s'installer souvent pour commercer en zones franches de Thaïlande …

Le taxi a été commandé pour demain 15h30.

Vendredi 1er décembre 2017 - Coiffeur, taxi, cerbère guichetière !

Matinée occupée aux mille choses à ne pas oublier pour le retour. Avec une stratégie d'éviter de payer un surcoût pour le vélo. Bilan : deux sacoches pleines et une sacoche vide dans le grand sac qui sera « verrouillé » avec une grande élastique de 5 mètres. La quatrième sacoche sera le bagage cabine avec duvet, drap house, livres, polaire, anorak (puisqu'il parait que je serai accueilli par la neige), rouleau de collant pour le carton vélo, au cas où, tablette, sacoche de guidon avec les papiers. Le poids total ne doit pas dépasser sur la balance 30 kg alors que le poids réel est un peu supérieur. Tout va se jouer au comptoir d'enregistrement de Thai airways à l'aéroport.

Il y a un « barber » qui coiffe et rase en plein air. J'en profite pour lui faire faire une coupe « medium » comme il dit. Curieuse façon de couper : il utilise les ciseaux mais sur cheveux secs et, medium a dû vouloir dire la moitié de la tête ! Car il a cisaillé les deux côtés et l'arrière de la tronche, laissant intact tout le toit du cerveau (faut pas qu'il s'échappe !). Royalement fait pour deux euros ! 

Une petite virée dans le quartier des marchés, et l'estomac crie famine. Une bonne cote de porc avec ... devinez quoi !... des frites, accompagnée d'une excellente sauce et ... d'un verre de vin rouge d'Afrique du Sud, mais ... sorti du frigo donc sans trop de saveur. 
Le taxi commandé pour 15h30 arrive à 15h. Le chauffeur est excité comme une puce ! Il commence à soulever prestement la carton du vélo avec une main ! Je pousse un cri. Il lache tout. Cool mon gars ! ... Toute la guesthouse est alertée. Je lui montre comment charrier le précieux emballage. La voiture est trop courte. Le carton déborde. Il commence à vouloir le faire rentrer de force en poussant ! Je lui fais signe d'arrêter et lui montre qu'en soulevant délicatement et en renversant le Mulet on le met en appui sur le haut des banquettes arrières et ... que ça ferme !

Quelques embouteillages mais les Thailandais restent stoïques et gardent globalement une conduite apaisée, respectueuse de l'autre même si on leur fait des queues de poisson. Chariot à l'aéroport. Le carton est pité verticalement. Merci chauffeur !
Dès l'entrée dans l'aérogare, passage au contrôle de sécurité. Le carton doit passer dans la machine. Juste, juste ... Au comptoir d'enregistrement de Thai Airways, personne sauf trois employés derrière le guichet d'enregistrement et du pesage des bagages en soute. 30 kg admis ! Je choisis une tête apparemment compréhensive. Je tombe sur un cerbère féminin digne des bandes dessinées. Elle trouve mon nom pour les trois avions. Elle me dit de mettre le bagage : je mets le gros sac de sacoches qui réellement fait 9,8 kg. Donc il me reste 20,2 kg pour le Mulet. Elle m'ordonne de mettre le carton vélo sur le tapis. Bien sûr, voyant que la longueur du carton est plus grande que le tapis peseur, je ... ne peux pas faire autrement que d'appuyer l'avant du carton sur l'autre tapis qui lui ne pèse pas, et maintient de mon bras un peu caché l'autre bord du carton en surveillant l'affichage du poids, montrant à la guichetière que je suis obligé de tenir le carton pour éviter qu'il bascule sur ... elle. Et, l'affaire est dans le sac. Pas de surpoids, pas de surcoût. Un mâle employé arrive pour prendre en charge le carton. Il part sur le tapis roulant en tenant de champ le vélo. Salut Mulet ! Je joins les mains pour que l'accompagnant comprenne que c'est ... fragile. Fin de l'épisode carton-vélo. Les contrôles ne sont pas terminés. L'immigration avec le tampon du retour à apposer dans le passeport, la police avec un contrôle un peu long qui utilise aussi une caméra (peut-être que c'est l'histoire du coiffeur qui fait douter le policier ?), puis un nouveau passage dans la machine aux rayons pour le bagage cabine. Difficile de s'échapper de Thaïlande !

Bilan ?

La boucle vélo que j’ai réalisée est relativement courte en distance (environ 750 km), mais très exigeante en raison de l’inclinaison assez terrible de beaucoup de pentes. Les motards semblent la faire couramment mais eux comptent essentiellement les milliers de virages. Le tracé des routes en Thaïlande paraît tout à fait spécifique : on trace d'abord au plus facile en longeant les cours d'eau, puis lorsqu'il faut franchir des cols, pas de tunnel, pas de tranchées, on trace pour que la distance soit la plus courte possible. Donc on trace allègrement avec des virages serrés et des pentes qui dans beaucoup d'endroits sont à au moins 20%. J'ai choisi comme pour mes autres périples de voyager avec une sécurité maximale donc un vélo lourd avec notamment tente et duvet dont je n'ai pas eu à me servir ayant trouvé partout des possibilités de loger en dur. Dans certaines portions, on est obligé de se pencher vers l’avant du vélo pour éviter que la roue avant se soulève. C’est la première fois que j’ai eu à pédaler à 3,6 km/h en limite d’équilibre. Au total, en dénivellations cumulées, c’est près de 16 000 mètres de montées et un peu moins de 15 000 mètres de descentes. La démultiplication que j'ai choisie avec le plateau sur 22 dents et le dérailleur sur 32 dents m’a fait avancer de 1,32 m par tour de pédale. C'est très peu. Mais c'est cela qui m'a empêché de devoir descendre du vélo et monter à pied en poussant. 

Les paysages rencontrés sont en général assez fermés avec des forêts prédominantes. Les centres urbains les plus prisés par les touristes sont Chiang Maï et son agglomération, Pai, Mae Hong Son, et dans une moindre mesure Khun Yuam et Hot. Deux attractions majeures : la richesse artistique et le nombre des temples bouddhistes (et des moines), les éléphants et tout ce qui gravite autour : parcs, balades, soins, connaissance animalière.

Côté culinaire, pour le cycliste, les soupes vendues en bord de route sont très réconfortantes. Aucun risque puisque tout est cuit et recuit. Le jus des soupes est unique par les saveurs originales qu'on découvre. La café thaïlandais est vraiment de grande qualité. On trouve presque partout de l’expresso avec du café local, arabica principalement. En revanche, il est dur parfois d'avaler les plats trop épicés. Mais le très bon riz mis à toutes les occasions adoucit considérablement le feu avalé. Le mélange de saveurs de la cuisine thaïlandaise traduit un grand savoir-faire culinaire. Mais le cycliste solitaire devant assurer pour repartir le lendemain, je n'ai pas voulu faire trop d'expériences de nouveaux plats. Le Pad Thai est finalement un excellent compromis de plat unique. Il peut être d'ailleurs de plus ou moins grande complexité.

L'accueil des Thaïlandais est toujours et partout très doux et attentionné. Cependant, il est essentiel de respecter et de ne pas mettre en défaut l’honneur des Thaïlandais, au risque d’avoir des réactions insoupçonnées. On est dans une culture différente. A ne jamais oublier. 

Thaïlande 2017 - 1